Le film de Dolan (2016)

Juste n’importe quoi

Juste la fin du mondejuste-la-fin-du-mondeAnnée : 2016

Vu le : 11 octobre 2016

IMDb  iCM 3/10

 

Réalisation :

 

Xavier Dolan

Avec :

Nathalie Baye
Vincent Cassel
Marion Cotillard

Dolan est un génie de la médiocrité (ce terme me paraît même un peu fade, ça fait bizarre de l’avouer). C’était pas assez d’écrire ses propres films et d’en tirer ce qu’il y a sans doute de pire dans le cinéma actuellement, il a donc le génie de faire pire encore avec une idée, forcément… de génie : adapter une pièce de théâtre.

Il lui reste quoi à faire pour tomber encore plus bas et nous faire marrer d’autant de bêtise et de mauvais goût ? Quelle créativité du pire, c’est un véritable miracle de la culture poubelle ce garçon.

Comble du mauvais goût et preuve si c’était encore nécessaire de prouver que le garçon est un directeur d’acteurs d’opérette, il arrive à rendre Nathalie Baye… nulle, à vomir, écœurante. Et je l’adore Nathalie, elle était, elle, parfaite dans le précédent (ou un autre, me rappelle plus). Ne rien comprendre à la direction d’acteurs et mettre en scène, au cinéma, des dialogues de théâtre (une horreur aussi), faut quand même un culot énorme.

En général, quand on est nul à ce point (et j’en ai vu des gratinés, seulement, ils n’avaient pas une caméra), on se cache, on a honte. Lui en rajoute. C’est peut-être ça d’ailleurs le génie. L’outrance dans la médiocrité. C’est tellement gros que ça ne peut être qu’un malentendu. Il le fait exprès. C’est un génie, un vrai, se faisant passer pour un crétin fini… Mais non, je pense vraiment qu’il ne faut qu’un crétin fini pour pondre ces horreurs. De là à comprendre ce qu’il passe par la tête de ceux qui apprécient ça, je suis tolérant, là j’ai mal à ma tolérance. On travaille toute sa vie pour essayer de sauver ce qui végète dans la médiocrité, on cherche des excuses, on se fait l’avocat du diable, on essaie d’adopter un point de vue différent… Mais face à autant d’horreur, de vulgarité, de mauvais goût, d’absence totale de subtilité, d’excès sans fin, on en vient presque à douter de sa foi. Quelle souffrance. Indescriptible.

Les seules horreurs qui me reviennent en mémoire et qui peuvent rivaliser avec cette vulgarité, c’est d’un côté Loft Story. De l’autre, les films de Poiré. Poiré pensait que pour que ce soit drôle, il fallait interdire le spectateur de réfléchir, ainsi il ne lui laissait aucun répit et ce qu’il pensait être le “rythme” était insupportable car aller à toute berzingue, c’est le contraire du rythme. Parce que le rythme, c’est la nuance, le mesure, l’accélération, le ralentissement, la pause (si nécessaire à la comédie…). Eh ben Dolan possède le même non-savoir-faire : tout son film est sur un climax permanent. Il faut que tout soit “émouvant”, excessif, et quand tout l’est, rien ne peut plus l’être. Quand on est déjà au sommet que reste-t-il à atteindre ? Il y a une notion dans l’art qui doit bien lui être inconnu à ce petit bonhomme de rien du tout : le médium. Ça vaut pour les chanteurs et pour les acteurs, mais ça vaut un peu aussi pour le reste. Le médium permet de ne pas forcer (donc de crisper le spectateur) et surtout permet de descendre ou de monter. Le plaisir naît à la fois du confort, de l’aisance de celui qui « l’ouvre », mais aussi de cet inconnu mélodique : va-t-on descendre ou monter. Dolan ne descend ni ne monte, il adopte une posture, et demande aux autres de lui tourner autour, de le soulever.

Moi je le mets directement à la cave. Ce mec est une poire. Qu’on le foute au fond d’une bouteille et des extraterrestres dans deux siècles y trouveront là certainement de quoi s’émouvoir. Cul sec.


Gone Baby Gone, Ben Affleck (2007)

Prétoire sur trottoir

Note : 4 sur 5.

Gone Baby Gone

Année : 2007

Réalisation : Ben Affleck

Avec : Casey Affleck, Michelle Monaghan, Ed Harris, Morgan Freeman

Polar inspiré. On y retrouve certains éléments de Mystic River (adaptés tous deux de Dennis Lehane). Pas friand du tout des multiples rebondissements finaux ni de certains partis pris (il aurait été plus avisé, pour éviter le ton sur ton, ou le stéréotype, que du duo de détectives, ce soit Kenzie qui préfère ne pas remuer le passé, laisser les choses en l’état et que la voix de la raison vienne comme d’habitude de sa copine, sinon Gennaro semble trop jouer les utilités ou les faire-valoir).

En revanche, l’exécution est particulièrement brillante. Et le thème de la justice, comme toujours quand il est bien traité, propose des questions qui dépassent le cadre du cinéma.

La mise en scène de Ben Affleck montre déjà qu’il a tout compris, adoptant des techniques efficaces sans être tape-à-l’œil ou racoleuses. En dehors des plans d’introduction et de conclusion du film faisant documentaire et de quelques montages-séquences* de transition trop conventionnels, la maîtrise est impressionnante. Le ton et le rythme sont toujours parfaits. Et si c’était encore à prouver, en dirigeant ici son frère Casey, Ben Affleck démontre une nouvelle fois qu’il n’y a pas mieux qu’un excellent acteur pour en diriger d’autres. Il aurait été particulièrement difficile de représenter des camés, des brutes, des pervers, en en faisant trop, pourtant ses acteurs sont toujours dans le ton, justes. Les mauvais acteurs (et les mauvais spectateurs qui pensent qu’un bon acteur c’est celui qui fait une « performance ») préfèrent l’esbroufe, donc le grotesque, l’ostentatoire, à l’authenticité ou la simplicité. Un bon directeur d’acteurs sait canaliser ça et leur demander d’en faire toujours moins. Des stars (Morgan Freeman et Ed Harris) aux rôles secondaires (en particulier le dénommé Slaine jouant ici l’indic et l’ami), tout le monde joue la même partition.

Au niveau de la thématique. Le jeu des apparences est fascinant et a le mérite de poser un certain nombre de questions récurrentes en ce début de XXIᵉ siècle. A-t-on le droit de transgresser volontairement les lois pour rendre une justice qu’on estime déficiente et pas assez protectrice ? A-t-on le droit alors de proposer une forme de justice alternative non légitime et personnelle ? Autrement dit, peut-on tromper la justice pour protéger les plus faibles (en l’occurrence ici une enfant) ?

Ces interrogations se posent au moins trois fois dans le film. Chaque fois (avant la décision finale), les personnages prennent le parti du plus faible pensant « détordre » ce qui a été à l’origine « tordu » par les manquements de la justice. Et chaque fois, cela semble au contraire entraîner une chaîne d’événements tragiques et de nouveaux mensonges sans fin. Dès qu’il est question de protéger l’intégrité des enfants, il semblerait que l’on soit plus prompt à tomber dans la justification d’idées extrémistes, dans les certitudes rassurantes et bien-pensantes (du moins, on voudrait le croire, qu’y a-t-il de plus noble que de défendre les plus faibles ?). Et c’est compréhensible. Mais compréhensible ne veut pas dire acceptable. Ou juste.

Note spoiler et pour mémoire : le premier tournant, c’est quand les personnages décident de se servir du magot retrouvé comme monnaie d’échange avec la petite, ce qui précipitera sa « perte » ; le deuxième, quand Kenzie exécute le « monstre tueur d’enfants », ce qui lui vaudra la pleine reconnaissance de la police et le maquillage des pièces à conviction afin de faire passer ça pour de la légitime défense ; et enfin quand Kenzie comprend que tout est une vaste manipulation dans le but de tirer la fillette des mains de sa mère indigne, ce qui peut paraître au début être une action plutôt noble, mais une magouille qui fera beaucoup de morts, y compris ceux en partie qui en avaient eu l’idée…, et qui fera éclater notre couple de joyeux détectives. Toute action, a fortiori illégale, et même quand elle vise à réparer une injustice, produit une chaîne d’événements incontrôlables. CQFD. Brillant.


Gone Baby Gone, Ben Affleck 2007 | Miramax, The Ladd Company, LivePlanet


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Article connexe : l’art du montage-séquence

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L’Île nue, Kaneto Shindô (1960)

Travail et artifices

Note : 5 sur 5.

L’Île nue

Titre original : Hadaka no shima

Année : 1960

Réalisation : Kaneto Shindô

Avec : Nobuko Otowa, Taiji Tonoyama

TOP FILMS

Sur l’artifice :

Louer les valeurs du travail, de l’effort, le retour à la terre, le minimalisme non austère, la famille, l’humilité…, ce sont des valeurs assez universelles. Rien à voir par exemple avec un Nolan, un Noé ou un Dolan dont l’artifice assumé peut cliver. C’est sûr qu’ici il y a l’artifice du sans dialogues, mais ça ne me paraît pas être la marque principale du film. Il y a des documentaires muets qui utilisent le même procédé, et ça vise plutôt la distance, donc la retenue. C’est probablement quand l’artifice tend à forcer quelque chose, surenchérir qu’on risque le surdosage, le mauvais goût. Et c’est d’autant moins artificiel si on sait l’amour que porte le cinéaste dans d’autres films à tout ce qui est lié à l’humain, les gens simples, les gestes simples…

L'île nue, Kaneto Shindo (1961) Kindai Eiga Kyokai

L’Île nue, Kaneto Shindô (1960) | Kindai Eiga Kyokai

Je pense qu’on peut même voir dans la mise en scène de cette scène fameuse et critiquée de la gifle, tout le génie du cinéaste. C’est subtil, et parfois la sensibilité ou les a priori (qu’on a tous, même favorables) de chacun sont trop forts pour être cette fois sensibles à cette subtilité. Si on voit un mari gifler sa femme parce qu’elle a fait une connerie, bien sûr que ça choque, mais ce que Kaneto Shindô montre, c’est moins la gifle que les réactions qui suivent. Il n’y a pas de rapport de force entre une femme docile ou qui rechigne à se rebiffer et un mari violent ; ce qu’on voit c’est deux êtres qui prennent conscience pour la énième fois qu’ils sont sur une pente glissante : il y en a un qui dérape, et ce sont les deux (ou leur fragile château de cartes) qui s’effondrent. Il y a la même absurdité à la Sisyphe que dans La Femme des sables, sauf que dans l’un ils fabriquent un petit monticule de terre fragile, dans l’autre il le creuse. On dirait deux faces d’une même pièce mêlées en une seule image à force de rouler au hasard… Le génie de la direction d’acteurs ici, c’est de jouer autre chose que la gifle ; la gifle déclenche une prise de conscience, comme un Sisyphe reprenant son souffle, levant la tête et s’interrogeant une énième fois sur le sens de la vie. Ils finissent par exprimer la même chose dans cette scène où ils ne font que se regarder après la “claque”. Il est là le génie. Le sous-texte que certains, s’ils arrivent à mettre certaines considérations éthiques compréhensibles de côté, peuvent percevoir ici, c’est un de ces instants rares au cinéma où on pense déceler quelque chose qui dépasse (transcende presque…) le simple cinéma. Ce n’est plus du cinéma, c’est de l’humanisme.

L'île nue, Kaneto Shindo (1960) Kindai Eiga KyokaiL'île nue, Kaneto Shindo (1964) Kindai Eiga Kyokai

Il y a fort à parier que Shindô connaissait l’existence de certains courts-métrages documentaires, en particulier en Italie, ceux de Vittorio de Seta :

Isole de fueco (1955) :

https://www.youtube.com/watch?v=v4qOTIMqAjM

Parabola d’oro (1955) :
https://www.youtube.com/watch?v=dmnElKdBTfI

I dementicati (1959) :
https://www.youtube.com/watch?v=n3iwkzkpphM

Lu tempu di li pisci spata (1955) :
https://www.youtube.com/watch?v=27hEMKj8MKo

Tout est déjà là. La gifle en moins.

L'île nue, Kaneto Shindo (1966) Kindai Eiga Kyokai


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Winter’s Bone, Debra Granik (2010)

Jennifer is Born

Note : 3.5 sur 5.

Winter’s Bone

Année : 2010

Réalisation : Debra Granik

Avec : Jennifer Lawrence, John Hawkes, Garret Dillahunt

Il faut longtemps pour que le polar se mette réellement en place. Bien une heure pour que l’héroïne se fasse méchamment amocher. Avant ça, la quête de la fille devant chercher son père aurait pu aussi bien être la chronique ordinaire d’une quête à vide (le procédé peut être utilisé tant en comédie — Chacun cherche son chat —, que dans le western — La Prisonnière du désert —, que le polar — Hardcore). Et jusque-là, et de mémoire, ça fait un peu penser à Frozen River. À ce moment, le côté naturaliste finit par lasser un peu. Et puis, fini les menaces, on ne tape plus dans le vide : notre amie en prend, enfin, plein la mâchoire. Le polar polaire, ou neo-noir, commence. Ça ne vole jamais bien haut, mais face à ce qu’on a enduré précédemment, le dégel est appréciable.

Le film tient en fait par la seule présence de Jennifer Lawrence (comme un peu tous les films qu’elle fera par la suite, et dans un genre évidemment à mille lieues de ce qu’on voit ici). C’est amusant de voir l’actrice peu de temps après Amour défendu où Barbara Stanwyck éclabousse le film de sa même présence autoritaire et encore juvénile. Chez certains acteurs, il y a comme une évidence. Rares sont ceux capables d’offrir la même sincérité. La justesse est peut-être pour un acteur ce qu’il y a de plus dur à trouver, et le plus souvent cela passe par la simplicité. Il est remarquable de constater que pour chacun de ses partenaires, chaque réplique semble être appuyée, toujours un peu trop, voire pas assez, et on se dit alors qu’il serait impossible d’être juste avec de tels dialogues. Et en revanche, avec Jennifer Lawrence, tout paraît simple. Quand en plus l’actrice a une autorité naturelle qui nous ferait penser qu’elle a déjà tout vécu, pourrait tout supporter, ou aurait toujours réponse à tout, ça impressionne. L’aisance encore, en plus de l’insolence ou de l’ironie. L’aisance, ou la capacité d’apprendre un geste pour un rôle, et donner l’impression qu’on l’a fait toute sa vie, avec détachement, simplicité et assurance. Offrir chez un acteur toutes ces qualités en même temps, c’est donc très rare. Et souvent ça vous éclate à la figure au plus jeune âge. On l’a, ou on ne l’a pas. L’évidence.


Winter’s Bone, Debra Granik 2010 | Anonymous Content, Winter’s Bone Productions


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L’Enjeu, Frank Capra (1948)

L’Homme de la haute

State of the UnionState of the UnionAnnée : 1948

6,5/10 IMDb iCM

Réalisation :

Frank Capra

Avec :

Spencer Tracy, Katharine Hepburn, Van Johnson, Adolphe Menjou, Angela Lansbury

Frank Capra peine un peu à faire oublier l’origine théâtrale de cette histoire. De nombreuses séquences traînent en longueur. Même s’il faut reconnaître l’habilité de Capra et de ses interprètes à remplir cet espace immobile…

Capra semble vouloir tenter de reproduire les recettes de ses succès précédents. Manque cependant un aspect important de ces films qui n’apparaît pas ici : l’homme de la rue face aux institutions.

Le personnage de Spencer Tracy est certes sympathique, honnête, mais la marche qui lui reste à faire pour grimper dans l’échelon, se mesurer aux politiques, découvrir leurs magouilles, n’est pas si grande. L’opposition est moins efficace. Sa femme, un peu trop vertueuse aussi.

Le retournement attendu final et commun à presque tous ces films de Capra est peut-être le seul véritable instant de bravoure du film. Il est précédé aussi de la seule scène hilarante, et arrosée, “opposant” le personnage de Katharine Hepburn (femme d’un candidat à l’investiture républicaine) et une femme démocrate habituée à noyer ses soirées de campagne pour le parti républicain de son mari dans l’alcool et la bonne humeur…

Pas essentiel.


L’Enjeu, Frank Capra 1948 State of the Union | MGM, Liberty Films


Héros d’occasion, Preston Sturges (1944)

Héros d’occasion

Hail the Conquering Hero Hail the Conquering Hero Année : 1944

Réalisation :

Preston Sturges

Avec :

Eddie Bracken
Ella Raines
Raymond Walburn

7,5/10 IMDb iCM

Listes :

MyMovies: A-C+

Lim’s favorite comedies

Bonne surprise. Preston Sturges maîtrise son sujet de bout en bout et sur tous les plans. Sans doute aurait-il mérité une vedette pour le rôle principal (même si Eddie Bracken mérite ses médailles, on ne pourra prétendre qu’il aura laissé une grande place dans l’histoire du septième art) ; ce film ne manquait que de ça. Les acteurs secondaires sont parfaits, signe du soin apporté d’abord dans l’écriture par Preston Sturges pour développer ses personnages, mais également le savoir-faire du cinéaste dans la direction et le choix de ses acteurs.

L’enchaînement des péripéties ne laisse pas un moment de répit au spectateur. C’était un pari assez difficile de pouvoir offrir ainsi en temps de guerre une comédie capable de donner de l’élan et de l’espoir aux troupes, surtout aux hommes et aux femmes restés au pays… Et Sturges le remporte haut la main.

Avec Preston Sturges, c’est souvent tout ou rien, je le remercie au moins pour cette fois de m’autoriser… un enthousiasme modéré. La marque peut-être des grands cinéastes : une certaine capacité, en roue libre, à offrir des œuvres de qualité, ni plus, ni moins. Enfin.

Héros d’occasion, Preston Sturges 1944 Hail the Conquering Hero | Paramount