La Sentinelle, Arnaud Desplechin (1992)

La SentinelleLa Sentinelle, Arnaud Desplechin (1992)Année : 1992

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Note : 8

Vu le : 4 septembre 1995

Réalisateur :

Arnaud Desplechin

Avec  :

Emmanuel Salinger,
Thibault de Montalembert,
Jean-Louis Richard, Marianne Denicourt,
Emmanuelle Devos

Scénario : Arnaud Desplechin, Pascale Ferran, Noémie Lvosky et Emmanuel Salinger (également interprète).

Journal d’un cinéphile prépubère : 4 septembre 1995

(Texte confus)

Ce film remet en cause quelques-uns de mes préjugés concernant le cinéma. En effet, jusqu’à maintenant, je distinguais deux films radicalement opposés au niveau du jeu, c’est-à-dire de sa mise en scène (ou direction d’acteurs). Il y avait le style très souvent médiocre où le metteur en scène et les acteurs tentent d’être le plus « naturel » possible ; c’est une catastrophe bien souvent due au manque d’unité entre le script et la mise en scène ; le script ne préparant pas du tout à un jeu naturaliste. Et il y avait le style traditionnel de jeu cinématographique, auquel on s’est habitués si bien qu’on le perçoit parfois comme naturaliste (d’où la confusion de certains cinéastes à vouloir faire du mauvais ou « faux » naturalisme). Ce jeu, c’est celui des films à situations romanesques : le jeu des grands acteurs. Mais voici donc que mon idée sur le jeu intermédiaire à ces deux styles apparaît ici sans que je puisse identifier duquel des deux est idéal.

Il y a le naturalisme raisonnable. Les acteurs ne cherchent pas à être « naturels », car c’est une faute. Leur jeu est perçu comme une réalité quotidienne grâce à une recherche permanente du ton et de l’intention juste, pour chaque réplique ; ce qui ne semble pas pourtant être un travail important au préalable ; les acteurs savent immédiatement quoi ressentir et quoi exprimer ; il s’agit d’un jeu de nuances. Ces acteurs font donc ce que la plupart des acteurs et metteurs en scène refusaient de faire ou ne savaient pas faire.

Nous remarquons dans ce film, et sans aucun doute, la marque des comédiens du conservatoire. Tout paraît simple et compliqué : la difficulté est de trouver la simplicité dans la bonne expression, ce qui nécessite une humilité de la part des comédiens aguerris grâce à une certaine expérience, non l’expérience maximale, car on sait que chez certains acteurs cette expérience pousse à la stagnation créative. Il ne faut pas oublier que le comédien doit en principe se soumettre à un travail de composition, d’interprétation, et ces « grands acteurs expérimentés » en viennent à jouer par habitude toujours le même personnage ; souvent même à la demande du cinéaste qui les dirige et qui est en recherche d’une authenticité primitive. Ils sont déjà « le personnage » et ces acteurs sont les rois, car un scénario se construit à leur image, celle du personnage qu’ils se sont construits. C’est donc entre 20 et 30 ans que cette expérience est fructueuse, créatrice. Mais pour les pousser vers cette création, il faut une œuvre capable de leur mettre sous les mains de véritables personnages. À cet âge, on en est encore capables ; sauf si on a déjà pu imposer son propre personnage, à travers une forte personnalité (dans ce cas, plus aucune évolution vers la composition n’est possible).

Nous l’avons donc compris, le jeu et la mise en scène dans le film sont exceptionnels. Cette exception a été rendue possible par un script au ton équivalent, respectant sans doute la volonté unique du réalisateur. On comprend alors le style naturaliste du film. Il ne serait pas étonnant par ailleurs que chaque acteur ait participé pour ses propres répliques ; ce serait… naturel.

Peu de choses à dire concernant la réalisation, la mise en scène de l’image. Un procédé narratif m’a particulièrement interpellé. Les incrustations de titres pour chaque partie. Ça a le don de tenir en haleine le spectateur, par une sorte de mystère sur l’intérêt dramatique de la scène à suivre. On ne peut pas parler de drame ; ce serait plutôt une chronique muette. On ne cherche pas à éclairer le spectateur évoluant dans un drame où l’objectif serait clair. Au contraire, on nous invite à comprendre le film, la situation (là où finalement, il n’y a rien à comprendre d’autre que ce qui est déjà énoncé). Il n’y a jamais d’explications concrètes : une fois que le spectateur comprend, l’effet produit stoppe brutalement l’intérêt du spectateur pour le film. Il doit toujours y avoir une part de mystère non résolue. Cela semble contribuer à l’unité de l’œuvre et à donner une impression de continuité. Le procédé est d’autant plus nécessaire si l’explication ou l’éclaircissement envisagé ne surprend pas. Comme un effet de suspense hitchcockien. Et d’autant plus nécessaire dans la Sentinelle où le mystère réside dans le crime même : s’il y a seulement un crime. Chose qu’on n’a jamais vue chez Hitchcock.

Bref, ce qui fait la force et la qualité de cette œuvre, c’est le rapport entre les qualités réunies de la mise en scène, du scénario et de la réalisation*.

*à une époque je considérais que la mise en scène concernait le travail de direction d’acteur dans le champ, et la réalisation, le travail de découpage et de cadrage.


La Sentinelle, Arnaud Desplechin (1992) | Why Not Productions, 2001 Audiovisuel, La Sept Cinéma

Blanche et Marie, Jacques Renard (1985)

Blanche et Marieblanche-et-marie-jacques-renard-1985Année : 1985

Réalisation :

Jacques Renard

6/10  lien imdb

Journal d’un cinéphile prépubère 22 août 95

Le film ne développe pas bien, ou pas assez, certains thèmes brisant les préjugés sur la Résistance. Ce qui aurait dû être au centre de l’action principale ne devient que de vils prétextes anecdotiques pour constituer l’ambiance et le contexte du film. Par conséquent le drame est mou, creux, et mal raconté. Il manque au film un canevas, une ligne dramatique jonchée de problèmes à résoudre, ce qui aurait été initié dans un film plus thématique. Le film est un démonstration niaise, sans structure, chaotique.

Pourtant les scénaristes étaient parvenus à déceler dans cette mine d’or historique quelques bons trésors mais ils apparaissent sans éclat. Certains choix désastreux ont amené à offrir au spectateur une vision glorifiante de la Résistance. L’accent aurait pu être mis sur le résistant qui voulait violer Marie, sur la pharmacienne portée en triomphe à la fin de la guerre. L’histoire ne se souvient que de ses héros, mais la fiction peut apporter un contrepoint nécessaire. La Résistance n’était pas forcément composée que de bons patriotes et de bonnes personnes. Si la fiction ne sert pas à questionner l’histoire, les mythes, à quoi peut-elle donc bien servir ?

Un été en Louisiane, Robert Mulligan (1991)

Un été 95

Un été en Louisiane

The Man in the Moon

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : The Man in the Moon

Année : 1991

Réalisation : Robert Mulligan

Avec : Reese Witherspoon

15 août 1995

L’essentiel en peu de choses.

Un film sans brutalité. Une peinture de la vie. Il n’y a pas de bon et de mauvais ; il n’y a qu’une histoire simple et belle. Il n’y a pas à proprement parler de drame, c’est juste une histoire sur la famille, l’adolescence, l’amour et la beauté de la Louisiane.

Vraiment magnifique, au point de tomber amoureux de la Louisiane et de la petite Dani. L’une ou l’autre sont magnifiquement filmées. La jeune Reese Witherspoon est parfaitement dirigée par Robert Mulligan.

Le scénario, l’histoire représentent ce qu’on imagine des romans du sud des États-Unis. Dans ce genre de film, on laisse de côté la réalisation, peu importante. Ce qui compte, c’est bien l’histoire. On ne voit pas le temps passer. C’est si simple. Le genre de film que l’on imagine dans un monde presque parfait, paisible. La fin a beau être tragique, on est toujours contents et heureux. On pense avoir trouvé la simplicité et le plaisir. Un film avec les mêmes couleurs que certains films de Spielberg : optimiste, serein et beau. Dans de superbes décors naturels.

C’est certainement une impression, une couleur que je souhaiterai retrouver. Le jugement est simple là encore. On aime, ou non. Il n’y a pas d’explication, pas d’intellectualisme (qui ne sert à rien de toute manière). Si le réalisateur a un devoir utopiste (?!), ce n’est pas en dénonçant le mal et les problèmes, mais au contraire en faisant rêver et aimer. En espérant toucher.



(Vingt ans après : il faudrait que ce petit homme regarde certains films « utopistes », parfois révoltants, parfois justes, qui aident en tout cas à regarder le monde autrement ; sans pour autant tomber dans une « dénonciation ».)


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