Mustang, Deniz Gamze Ergüven (2015)

Quatre mariages, un enterrement… et un cheval qui fait vroum vroum pour délivrer les deux dernières de Troie…

Mustang Année : 2015

6/10 ICM  IMDb

 

Réalisation :

Deniz Gamze Ergüven

Très belle mise en scène (direction d’acteurs parfaite, du naturalisme efficace, et de jolies lumières), mais beaucoup de réserves quant au scénario et aux personnages. La force du sujet cache pas mal les bugs monstres de la trame ; on se retrouve assez comme devant un film écrit sur un fait divers avec un même sujet qui accapare toute l’attention et qui laisse de côté pas mal d’incohérences ou d’étrangetés que dans une fiction, d’habitude, on accepte mal.

La situation de départ assez confuse, mal amenée et assez peu crédible : on sait peu de choses de leur passé, tout juste qu’elles vivent chez leur oncle et leur grand-mère ; aucun lien n’est jamais évoqué avec leurs parents, comme s’ils n’existaient pas. On voit alors la famille cadenasser d’un coup, pour une sortie sur la plage montrée pourtant de façon anodine, et très tôt dans le récit (jamais on ne comprend au moment de le voir, que c’est une scène qui aura de telles conséquences ; si c’est voulu pour jouer sur l’effet de surprise, c’est surtout mal fichu). Sauf que ce revirement familial paraît peu crédible quand on considère la manière dont elles vivaient jusque-là. Des motivations, des craintes, des convictions de l’oncle et de la grand-mère, on n’en saura pas beaucoup plus pour justifier, au fil du récit, ce changement soudain.

On enchaîne les mariages comme dans un film à élimination sans souci de cohérence. Parce qu’on a affaire à des gamines très libres. Mais jamais ne nous est expliqué ce hiatus entre leur mode de vie (sans doute lié à leurs parents disparus) et celui de leurs parents restant souhaitant leur faire adopter un autre. D’ailleurs, on ne connaît pas plus les motivations et les sentiments des jeunes filles : tout ce qui donnerait du sens et de la profondeur à leur personnage demeure un peu vague, puisque les séquences alternent entre des scènes de rencontres avec les familles des prétendants à qui il faut offrir le thé, et de nombreuses autres où les filles s’amusent (sans que l’on sache ce qu’elles pensent de leur sort) ou tentent de s’évader de leur prison (ce qui ne vaut plus que pour les deux dernières). D’accord, rien ne vaut l’action pour faire comprendre qu’elles veulent recouvrer leur liberté, et on cherche peut-être à éviter les répliques explicatives, mais ce n’est pas si simple : certaines se résignent, et aucun signe ne nous le laisse penser, vu qu’aucune séquence, ou simples répliques, ne vient éclairer ce qu’elles pensent au fond d’elles, ou bien les différends qu’elles pourraient avoir, les différences de vue même si elles partagent le même objectif (ne serait-ce que s’interroger sur leur situation, leur acceptation de la vie qu’on cherche à leur imposer, leurs envies réelles, la manière dont elles pensent pouvoir s’en sortir, dont elles appréhendent ces mariages forcés, etc.). Ça paraît assez bancal cette affaire, et ça n’aide pas à rentrer dans le film, malgré l’excellente mise en scène, laissant une impression de fausseté (il n’y a pas que les mariages qui sont forcés).

L’aspect Virgin Suicides pourrait séduire, c’est toujours réjouissant de regarder de jolies filles ou de mettre des enfants pour amadouer comme on le fait en publicité, mais on serait peut-être en droit de se demander en quoi justement c’est crédible. Il y a une sorte de mélange des genres qui me paraît là encore assez bancal : d’un côté, on choisit un sujet fort qui sert un peu de véhicule à un message quasi politique, et de l’autre, une volonté de faire joli et finalement de dénoncer avec force le carcan d’une société pour s’enfermer dans les codes d’une autre société consumériste et… un peu à cheval sur des principes par franchement féministes (le diktat de l’esthétique féminin essayant d’expliquer aux petites filles, que pour être une femme, il faut être féminine, et que pour être féminine, il faut être jolie comme un cœur). Je voudrais voir le même film avec des laiderons et une empathie mieux entretenue par le sort réservé à ces gamines, à leur abnégation, leur caractère, que véhiculée par leur seul joli minois.

Il faut peut-être voir par là, à travers le choix de ce sujet, un appel à l’émotion (ou à la politique pro-occidentale) trop facile. Un peu comme un documentaire US dénonçant les guerres sales des États-Unis en adoptant un point de vue “européen” (pour faire court). Le film a disposé de fonds européens (et en particulier français), or il va justement dans le sens de la “politique” européenne. C’est du soft power qui va peut-être dans le bon sens, mais il ne faudrait pas être naïf et y voir dans ce sujet soit une forme de courage pour celles qui l’ont fait ou déjà d’un signe de leur talent. Enfoncer des portes ouvertes, c’est pas franchement le propre des grands artistes. Ce genre de films sont nombreux à se faire, grâce à l’appui de fonds européens, et je doute franchement qu’ils servent à faire autre chose que nous donner une mauvaise image des situations dans  ces pays : le regard qu’ils portent adopte une vision européenne des choses (voire métissés ou hybrides) et pourrait être vu en retour par ceux qui les regardent en Europe comme une nouvelle forme d’exotisme flattant leur mode de vie. Après celui un peu daté qui nous plongeait autrefois dans des jungles imaginaires peuplées de sauvages incarnés par des acteurs grimés et hurlants, « world films » coproduits par l’Europe.


 

Uzak, Nuri Bilge Ceylan (2002)

Uzak

Uzak Année : 2002

Réalisation :

Nuri Bilge Ceylan

5/10  IMDb

 

Une seule chose à retenir de ce film très moyen sur un plouc turc venant rejoindre un cousin à Istanbul pour trouver du travail… Les deux sont paumés… Le stambouliote est fan de Tarkovski, comme le cinéaste semble-t-il, et pour obliger son cousin à aller au lit parce qu’il se ferait bien un film de cul, il lui met Stalker. Une autre fois, il regarde seul le meilleur film de Tarko, Le Miroir… il semble apprécier le cinéaste soviétique mais la lenteur ne fait pas tout, ce qui fait le charme de Tarko c’est la qualité visuelle et poétique des images… Là, pas grand-chose à part deux ou trois sourires et l’ennui.

Nuri Bilge Ceylan

 

Classement :

 

10/10

9/10

  • Winter Sleep (2014)
  • Il était une fois en Anatolie (2011)

8/10

7/10

6/10

  • Le Poirier sauvage (2018)
  • Koza (1995 – court)

5/10

  • Uzak (2002)

*Films commentés (articles) :

Uzak, Nuri Bilge Ceylan (2002)

Simples notes

Uzak (2002)

Une seule chose à retenir de ce film très moyen sur un plouc turc venant rejoindre un cousin à Istanbul pour trouver du travail… Les deux sont paumés… Le stambouliote est fan de Tarkovski, comme le cinéaste semble-t-il, et pour obliger son cousin à aller au lit parce qu’il se ferait bien un film de cul, il lui met Stalker. Une autre fois, il regarde seul le meilleur film de Tarko, Le Miroir… il semble apprécier le cinéaste soviétique mais la lenteur ne fait pas tout, ce qui fait le charme de Tarko c’est la qualité visuelle et poétique des images… Là, pas grand-chose à part deux ou trois sourires et l’ennui.



Nuri Bilge Ceylan

Yol, la Permission, Serif Gören et Yilmaz Güney (1982)

Yol

La Permission Année : 1982

6/10 IMDb

 

Réalisation :

Serif Gören, Yilmaz Güney


Les films du siècle selon Télérama

Vu le : 21 mai 1997

Journal d’un cinéphile prépubère : le 21 mai 1997

Un bon film, mais je reste assez hermétique à ce genre de films didactiques, explicatifs, dénonciateurs, illustratifs. Tant de talent gâché dans la mise en scène, une histoire si peu dramatique et spectaculaire.

Une scène échappe à la règle, et pour cause, elle se situe en pleine montagne, entre le mari, la femme et le fils : la situation est épique, et on rêve à ce qu’aurait pu être une fresque familiale (un peu comme America, America).

Le montage est excellent, trop peut-être. Il devient chaotique, et on se désintéresse du contenu : trop de choses montrées, et on ne voit finalement plus rien. Pas le temps de s’attarder sur un essentiel, pas assez claire, trop modeste dans ces effets employés qui n’ont aucune perspective.