Man of Steel / Superman vs Batman, Zack Snyder (2013-2016)

Man of Steel / Superman vs Batman

Man of Steel / Superman vs Batman Année : 2013-2016

4/10 IMDb

Réalisation :

Zack Snyder

Avec :

Henry Cavill, Amy Adams, Michael Shannon, Ben Affleck

C’est amusant de voir Christopher Nolan à la production, on sent parfaitement sa pâte dans ces opus franchisés DC Comics. L’absence totale d’humour, l’adoption systématique de la variante sombre de Batman, la musique laide d’Hans Zimmer, les dialogues insignifiants… Du Nolan tout crashé.

Dans le détail, le premier volet sur Superman peut encore tenir la route. L’acteur qui remplace Christopher Reeve est très limité : des muscles ridicules, mais il faut sans doute faire avec, c’est de circonstance, surtout une absence problématique de charisme et de charme. Le bonhomme fronce les sourcils vers le haut en permanence pour se donner un air à la fois gentil et concerné, mais il arrive juste à avoir l’air stupide. Si DC était cohérent, ils auraient centré leur personnage pour en faire un roc assez inexpressif, figé, sombre et sans la moindre douceur juvénile, or là on sent encore l’influence du premier film avec le charme doux de Reeve sans jamais lui arriver à la cheville. Un entre-deux pour le moins stérile.

L’influence de l’ancêtre cinématographique se retrouve également dans le choix du récit présenté : pourquoi nous resservir une nouvelle fois l’origine du personnage si c’était pour nous bâcler l’affaire à force de multiplier les bastons et les surenchères pyrotechniques ? Alors que le film de Richard Donner remplissait si bien cette mission ? Si on oublie ses origines, ça permet de se concentrer sur un Superman adulte et charismatique, déjà conscient de ses pouvoirs, avec une planète déjà à la page… Zorg peut alors venir se mêler à la fête. L’idée au début, d’ailleurs, de faire de Clark Kent un fugitif à la Wolfverine, c’est du grand n’importe quoi… Et je ne sais pas ce qu’il en est du Comic mais aussi peu crédible que cela puisse paraître, déflorer l’identité et la sexualité de Superman à travers Loïs Lane, ça me paraît une nouvelle fois pas franchement une grande idée (on les voit même baiser dans une baignoire dans le second volet, je sais pas, c’est un peu comme si Zorro sodomisait Bernardo derrière un buisson). Et puis, au bout de quelques minutes, Nolan oblige, on arrête de raconter une histoire, et ce n’est plus qu’une suite de séquences de baston à rallonge.

Tout cela empire dans le second volet. Le bal masqué attendu se mue vite en festival d’erreurs de casting. J’adore Ben Affleck, mais on se demande ce que Daredevil vient foutre dans l’affaire. Même s’il correspond assez bien à certaines variantes de Batman, le souci, c’est à la fois de le montrer saillir ses muscles en permanence (à l’image des acteurs de péplum des années 50-60, il est presque plus large que long) et de le diriger. Le monteur semble avoir peiné à trouver des plans de coupe de lui avec ses scènes avec Jeremy Irons (autre catastrophe de casting) où il ne soit pas ridicule. Et qu’est-ce que c’est que cette histoire de concurrence et de baston avec Superman ? Je n’ai absolument rien compris de pourquoi ils se crêpaient le chignon, encore moins pourquoi ils arrêtaient d’un coup (« ta mère s’appelle Martha ? ah bon ? OK, on arrête de se battre, copain », wtf). Lex Luthor uploadé dans une matrice Facebook, ça reste encore la pire idée qui soit. Djamel Debouze aurait tout aussi bien pu faire l’affaire à ce stade… Le scénario est incompréhensible. En revanche, on a le placement produit le plus classe de l’histoire : coucou, c’est moi, je m’appelle Wonder Woman et je suis aussi une marque DC Comics. Accessoirement cette Wonder Woman a été miss Israël et aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est la seule chose de réussi dans le film. Pas besoin de froncer les sourcils comme Superman pour avoir du charisme, pas besoin de soulever de la fonte comme Batman, non, assez convaincante. Dommage de ne pas avoir le produit Wonder Woman en stock, ça fait très envie pour le coup.


 

Premier Contact, Denis Villeneuve (2016)

Les Galettes de Pont-Aven

Arrival

ArrivalAnnée : 2016

Réalisation :

Denis Villeneuve

Avec :

Amy Adams

Jeremy Renner

Forest Whitaker

7/10 IMDb   iCM

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SF préférés

On attend encore la fiction qui saura exprimer au mieux une des grandes révolutions scientifiques du XXᵉ siècle dont personne n’a jamais compris grand-chose, la physique quantique. Si personne n’a jamais pu proposer une histoire capable de convaincre à ce niveau, c’est précisément que fiction et science du XXᵉ siècle sont incompatibles. Joli paradoxe, puisqu’on en reste encore finalement il me semble à une vision de la science du temps de Mary Shelley.

Un récit a besoin de cohérence et adresse sa logique au plus grand nombre ; il fait appel au sens commun. Autrement dit, une histoire ne fait jamais rien d’autre qu’enfoncer des portes ouvertes, redire les vieilles conneries que nos anciens nous contaient déjà dans les cavernes magiques. C’est une connaissance empirique qui se transmet à travers la culture. Toutes les cultures, toutes les histoires, procèdent de la même manière, parce que le cerveau d’un petit Chinois du XXIᵉ siècle diffère en rien d’un petit homo sapiens d’Afrique de l’âge de pierre. Notre cerveau obéit à une logique (qui n’est pas, toutefois, totalement affranchie des mirages, illusions ou autres biais cognitifs), et c’est cette logique qui nous a permis d’appréhender le monde qui nous entoure. À notre échelle, tout se tient, et les histoires, leur logique propre, ont suivi ce même élan. Parce qu’à ce stade, science technique et science narrative pouvaient se confondre. La seconde accompagnait la première pour en répandre les principes (souvent fallacieux quand il était question de transmettre des idées sur le monde qui échappaient justement à l’échelle de l’homme, quand celui-ci cherchait à interpréter le cosmos sans avoir les outils pour l’observer) ; et la science pouvait à son tour se nourrir des interrogations exprimées à travers les histoires.

Mais une fois que la physique quantique est apparue, les faiseurs d’histoires et les scientifiques eux-mêmes se sont toujours heurtés au même écueil : sa vulgarisation. La science, quand elle interroge le cosmos, peut encore nous éblouir face à une multitude de questions que l’homme s’est toujours posé et certaines applications concrètes de la relativité générale ou restreinte ont été bien intégrées dans la fiction (le paradoxe des jumeaux dans Interstellar par exemple). Mais quand on en vient à la science des particules, à une tentative d’illustrer une quelconque théorie du tout, ça se complique. Aucune fiction n’est jamais parvenue, non pas à nous l’expliquer, car ce n’est pas le rôle de la fiction d’expliquer, mais de nous permettre de la comprendre. Tout simplement parce que la physique quantique n’obéit pas à la logique classique de l’homme, telle qu’il a su la développer à l’intérieur du monde, local, dans lequel il vit. C’est un casse-tête sans fin qui risque de ne voir jamais de solution… S’il faut attendre pour voir notre cerveau adopter une logique différente de ce que le monde qui l’entoure lui dicte tous les jours, on va pouvoir attendre longtemps parce que ça n’arrivera jamais.

Le souci dans Premier Contact, c’est peut-être moins qu’il soit impossible de conjuguer logique quantique et logique narrative puisque personne n’y est jamais parvenu, que le fait que certains auteurs s’appuient sur de vagues connaissances scientifiques ou oublient à quel point leurs théories (parfois même leurs hypothèses) sont limitées à un cadre particulier, et surtout que cette science est depuis un siècle face à un dilemme, un mystère, une incompréhension qui devrait rendre plus humbles les faiseurs d’histoires et les rendre moins attachés à expliquer non seulement ce qui est impossible à rendre intelligible à travers une histoire, mais surtout devraient les obliger à insister sur la nature bancale, inachevée, de ces théories. La science donne souvent à voir qu’elle est statique, impérieuse, alors que son principal moteur, c’est le doute. Un doute qui permet ses évolutions (ou avancées) permanentes. Or une histoire, si elle peut finir sur des incertitudes, doit poser des interrogations claires, autrement dit il faut que le monde dans lequel évolue les personnages ait une cohérence propre, une cosmologie éprouvée et incontestable (sinon le spectateur ne cesse de remettre en question la logique de ce qu’il voit). La question du déterminisme dans le film est intéressante, mais elle prend comme acquis, ce qui en science peut l’être au niveau des particules mais qu’il est très compliqué d’observer à une autre échelle. Le film ira baser toute sa logique propre (lié aux possibilités illustrées dans le dénouement) sur une cosmologie bancale mais présentée comme acquise, arrêtée, irréfutable. Ce ne serait pas embarrassant si les scientifiques au début du film émettaient des commentaires pour évoquer cette difficulté, et sans cesse, et n’y comprenant finalement que peu de choses, j’y sens comme un manque, une maladresse qui interroge la cohérence des possibilités proposées par la fable. Bien sûr, l’intérêt de la science-fiction, c’est de mettre à l’épreuve ces théories, mais quand les théories elles-mêmes restent imparfaites et font encore l’objet de tant d’études, ça peut paraître un peu idiot de prendre pour acquis ce qui ne l’est pas. La science-fiction me paraît intéressante quand elle pose les problèmes clairement de notre époque en brodant sur des possibilités, mais quand la fiction se met à tirer dans tous les sens en « tirant des plans sur la comète », je ne peux que m’interroger sur la pertinence de la démarche. Est-ce de la (hard) science-fiction ou de la fantaisie ? Si on ressort toujours d’un de ces films avec des interrogations, il y aurait un peu comme une arnaque à en ressortir non pas avec celles soulevées par les recherches en la matière ces cent dernières années, mais avec des monstres nolaniens ou la science ne sert plus que de prétexte à supporter de nouveaux mystères, de nouvelles conceptions fantaisistes du monde.

De ces difficultés pour le récit à transmettre des principes de deux sciences aux logiques complexes, naîtra pour l’auteur la nécessité de tout expliquer à son public quand lui-même n’y comprend pas grand-chose (pourquoi y aurait-il une logique narrative du « tout » quand la science n’y arrive pas elle-même ?). Au mieux, c’est chiant à force de devoir se farcir des discours ronflants comme on expliquerait à Ulysse que le vent doit souffler dans la voile de son navire pour qu’il avance… au pire, un peu comme dans ce commentaire, on gesticule en laissant penser qu’on a tout compris, et on entoure tout ça de poésie pour en masquer l’imposture et les belles prétentions. Nolan m’a toujours agacé en allant dans ce sens, et même si on y échappe pour une grande part dans Premier Contact, ça va encore trop loin à mon goût.

Il y a deux cinéastes qui me gonflent à ce niveau depuis une quinzaine d’années : Nolan, on l’aura compris, et Malick.

Villeneuve fait mieux que ces deux-là, c’est déjà ça de gagné, mais que ce soit dans l’approche paradoxale du temps ou dans la mise en scène faite de flashs (forward) au téléobjectif et contre-jours, il y a dans certaines séquences trop de niaiserie dégoulinante pour que je me laisse complètement aller à mon plaisir. La seule question du « contact », puis celle passionnante du langage, aurait dû suffire. Seulement il faut toujours qu’un personnage joue les héros (les élus, presque) et vienne y donner de sa personne pour sauver le monde. Peut-être que mêler histoires individuelles avec les préoccupations du monde est une manière de proposer une de ces théories du tout (narratif), sauf que ça me met toujours mal à l’aise. J’aimerais tellement voir une approche plus distante, échappant à l’émotion, aux révélations nécessaires en fin de trajet, au parcours du héros classique alors que la conception de la science évoquée ne l’est plus… Il y aurait un genre hybride entre documentaire et fiction qui mettrait sans doute beaucoup mieux ça en scène. Les spectateurs sont déjà fascinés par certaines des problématiques exposées dans le film, comme la question cruciale du langage, il n’est donc pas nécessaire de faire intervenir une dramaturgie classique, des héros, pour leur faire comprendre tous les enjeux d’une telle rencontre. Après tout, notre goût pour la transmission, notre soif d’apprendre, ne se limite pas qu’au seul plaisir d’écouter ou de voir des histoires ; certaines questions essentielles peuvent très bien nous passionner sans avoir à passer par des personnages centraux ou des arabesques dramatiques, révolutionnaires, pour ne pas dire répétitives. On éviterait alors l’écueil de l’explicatif, puisqu’un tel film, sans oublier les belles images ou la chronologie des événements sous un angle non personnel se contenterait de n’être plus que didactique. Vive le docusfiction.

(Au spectateur déçu la liberté de pleurer le film qu’il aurait voulu voir…)

Parce que quand on doit traduire toute cette complexité en action, c’est peut-être l’époque qui veut ça, mais ça tombe très vite dans le mystère et la révélation sans fin, un peu à la Lost, ou donc, encore, à la Nolan. On n’échappe alors jamais aux questions du spectateur qui me semble à chaque fois légitimes.

Pourquoi les Aliens, s’ils sont plus évolués que nous pour savoir eux taper à notre porte, sont-ils incapables de se mettre à notre hauteur et font-ils les difficiles en ne prenant même pas soin d’apprendre notre mode de communication primitif ? Pour nous forcer à faire l’effort de nous mettre, nous petits lutins, à leur hauteur ? Parce qu’après avoir passés quelques milliers d’années dans l’espace, ils ne se seraient pas seulement ramollis physiquement comme des poulpes, mais leur intelligence en aurait aussi souffert ?!…

Une idée intéressante (qui est à peine suggérée dans le film parce qu’on ne voit pas débarquer les Aliens au fond : ils apparaissent) aurait été de voir émises certaines interrogations sur leur nature extraterrestre (hypothèse de la Terre creuse, engins humains venus du futur), voire douter un peu plus de leur intelligence (suggérant par là qu’une intelligence étrangère qu’on suspecte d’être supérieure pourrait tout à fait donner l’impression d’être incohérente pour notre propre intelligence). Pourquoi préjuger en effet que de tels objets célestes soient des voyageurs de l’espace ? En ufologie, on adore procéder à ce genre de raisonnements dont les conclusions farfelues seront d’autant plus facilement acceptées qu’elles procèdent à toute une culture foisonnante (et souvent contradictoire) favorable à l’hypothèse extraterrestre (HET, pour les intimes) ; or il n’aurait pas été vain de voir des scientifiques (ou des militaires), émettre dans cette histoire des doutes quant à l’origine de ces engins, tout simplement parce que ce serait réaliste : rares sont les scientifiques et militaires tenants de l’HET, donc avant de se plonger tête baissée dans la gueule du monstre et y voir tout de suite des visiteurs de l’espace, une simple évocation à cette question aurait fait le plus grand bien. La thématique de la communication est passionnante, mais dans Rencontres du troisième type par exemple, Spielberg montrait parfaitement cette mouvance culturelle. Là on a l’impression qu’en choisissant de ne pas évoquer la question ufologique, c’est la fiction malgré les apparences qui dévore un peu trop la science et toutes ses interrogations légitimes… Le résultat était déjà moisi quand on évoquait la science à travers ses paradoxes temporaux, mais là la question ufologique n’est même pas évoquée. Ils sont là, point, c’est forcé qu’ils viennent de l’espace. Ah ?… Comment le sait-on ? Ils l’ont… dit ?

Pour les aspects positifs du film. En vrac : le refus du tout technologique avec des vaisseaux qui tels des pierres ponces voudraient seulement venir nous chatouiller la croûte. Les créatures sont plutôt réussies : des mains de vieillards, ou des troncs aux racines apparentes, postillonnant des quipus d’encre en forme d’anneaux stellaires… On échappe (mais pas complètement) aux scènes d’émeutes et à la surenchère militaire (on frise la crise diplomatique avec les vilains petits canards habituels, Russie et Chine en tête, heureusement le salut viendra de la Chine… guidée par la sainte matrone américaine). Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu Forest Whitaker aussi bon : en une séquence tout en sobriété, il est arrivé à me convaincre, et peu importe si on ne le voit plus par la suite sinon pour jouer les contradicteurs de service… Dommage que Jeremy Renner n’ait pu profiter d’une telle séquence introductive, parce qu’on ne le voit que trop effacé par la suite face à une Amy Adams omniprésente. Enfin, si on passe tous les effets malikiens qui se répandent comme une nausée contagieuse dans le cinéma en ce début de XXIᵉ siècle, Villeneuve maîtrise son sujet, avec un rythme non-agressif rappelant les meilleurs passages de Le jour où la terre s’arrêta, de Contact ou de Rencontres du troisième type.

Les meilleurs films de science-fiction sont toujours à venir. Beaucoup de belles promesses, toujours des déceptions.