L’art du plagiat selon Nezumi Page 9


L’art du plagiat

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Conclusions : conséquences et implications

Vingt ans de toupet à pirater le travail des autres, professionnels comme amateurs, en toute impunité.

Je n’ai gratté sans doute que la surface, mais j’ai pu établir au moins 300 articles plagiés pour 135 sites, revues ou auteurs victimes de ces plagiats.

En bas de page de son site, le plagiaire écrit : « 1999-2024 by jean dumousseaux reproduction possible avec mention du nom de l’auteur pour les textes. »

Comme il est aisé d’être généreux avec le travail des autres !…

Il serait peut-être temps que les moteurs de recherche se servent de la puissance de leurs algorithmes pour démasquer ces falsificateurs et cessent au contraire de partager leurs noms de domaines au-dessus des auteurs lésés… Parce que les faussaires existent depuis toujours. En revanche, les outils pour qu’ils empêchent de nuire existent, et ils sont détenus par de grosses entreprises. Ce sont ces entreprises qui se servent de leur contenu et le proposent au public. La grande majorité de ces sites ou auteurs ne font pas le poids face à de grandes entreprises. Le problème, ce n’est pas le plagiaire. Le problème, c’est les largesses qui lui ont permis de plagier des centaines d’articles depuis l’origine de l’Internet 2.0 sans représailles.

Pourquoi est-ce problématique ?

Précisons pour commencer qu’il est peu vraisemblable que le plagiaire tire bénéfice de ses copies : beaucoup de sites peuvent reproduire parfois trois ou quatre fois un même patchwork de textes plagiés, mais pas de publicité. En dehors des moteurs de recherche qui apprécient l’ancienneté des pages, leur nombre et les références mutuelles, ces sites ont assez peu d’impact sur les réseaux : à quelques reprises seulement, le plagiaire est pris en référence sur d’autres sites. Le problème n’est donc pas là.

Certains de ces plagiats pourraient traîner sur Internet depuis une vingtaine d’années. Et l’on pourrait se dire qu’après tout, les sites ne paient pas de mine, et cela fait tellement longtemps que ces plagiats sont exposés aux regards de tous… En quoi les victimes devraient-elles se sentir flouées ?…

D’abord, par l’ampleur de la fraude. De nombreuses pages vides prouvent que des victimes pourraient avoir déjà fait valoir leurs droits. Mais en multipliant les articles sur différents sites se recopiant les uns les autres sur la base de contenus volés, les sites du plagiaire limitent les possibilités aux victimes de faire supprimer tout le contenu. On tombe au hasard sur un texte plagié, on ne va pas passer des mois comme je viens de le faire à vérifier des centaines d’articles.

La masse d’articles plagiés pose aussi et surtout un problème de qualité des sources et des recherches en vampirisant à son profit les résultats de recherches et en invisibilisant parfois les sites plagiés. Les moteurs de recherche considèrent par exemple un site comme fandom.com plus fiable et source première, alors que nombre des contributions du plagiaire sur ce site wiki sont des plagiats (Google masque ainsi des résultats liés à des articles plagiés au profit de pages du plagiaire. Ces articles plagiés n’apparaissent plus qu’en cliquant sur le lien « relancer la recherche pour inclure les résultats omis »).

Le problème, ensuite, quand on évoque les droits d’auteur, on parle généralement moins en réalité des auteurs que des entreprises audiovisuelles ou des riches propriétaires qui les possèdent. Les contenus écrits dans la presse ou sur le web sont à la fois les plus faciles à contrefaire et probablement les moins défendus avec les vidéos de journalisme indépendant souvent reprises par des médias de mêmes groupes surpuissants. En dehors peut-être ici de quelques textes recopiés du Figaro et du Monde, les grands groupes semblent relativement épargnés par le plagiaire. Il leur préfère le Cinéclub de Caen ou DVDClassik par exemple. Mais il y a surtout des dizaines de sites indépendants qui ne comptent qu’un seul texte plagié. Pour ces sites, souvent personnels, cela peut être démoralisant de voir son travail repris ailleurs. Piller les plus faibles (et, au hasard…, les femmes), diversifier ses victimes, vous permet au moins de vous mettre à l’abri des attaques. Vu l’ampleur du plagiat, si chaque auteur, tombant par hasard sur un de ses textes, demande dans son coin que le plagiat soit supprimé, le responsable n’a aucune raison de modifier ses méthodes et de se penser inquiété avec plusieurs milliers de pages construites sur ce modèle.

Les moteurs de recherche et les pouvoirs publics auraient conjointement tout à fait les moyens de trouver ces voleurs puisque tout est public. Mais une critique de presse, celle d’un site ou d’un blog pèse peu de chose dans « l’industrie de la création ». Pour les critiques semi-professionnelles, les employés/plumes de grandes revues ou journaux et les simples amateurs, ces pratiques portent un réel préjudice parce qu’elles peuvent nuire à leur désir, d’écrire, de transmettre, de partager leur travail. Si le propriétaire de quelques sites de plagiat sur le cinéma peut opérer tranquillement depuis tant d’années, tout porte à croire (surtout depuis l’avènement des outils de l’IA) que d’autres faussaires sévissent sur le Net avec d’autres méthodes et que ces usages se développent à l’avenir. Qui aurait alors envie d’écrire si Internet baigne dans un vaste contenu non authentique et volé ? Les moteurs de recherche devraient s’interroger sur la pertinence de mettre en avant des résultats de si faible qualité et si peu éthiques…

C’est surtout une question de principe. Notez que dans son attaque pauvrophobe en janvier 2024, Gabriel Attal avait oublié de mentionner le vol. « Tu casses, tu répares. Tu salis, tu nettoies. Tu défies l’autorité, on t’apprend à la respecter. » Un simple oubli sans doute. Voler aux riches, encore, cela poserait réellement problème, car cela ne saurait se faire sans violence. La fameuse violence des plus faibles. Voler aux pauvres (donc aux journaux et sites indépendants), être violent envers eux, en revanche, la bonne affaire. Surtout quand le voleur n’a rien du petit mec de banlieue si facile à stigmatiser. Le profil du plagiaire : à vue de nez, un homme blanc déjà bien avancé en âge, donc d’un certain statut social, impliqué dans la vie de la cité, et un homme dont les plagiats en ligne peuvent lui assurer une petite renommée locale, voire associative. Pas vraiment le profil sur qui les bourgeois qui décident de tout dans le pays auraient envie de taper.

Puisqu’il leur ressemble.

Dans ce domaine, comme dans d’autres, ceux-là pensent toujours qu’il y a un bénéfice à tirer en privilégiant la copie à l’original.



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