Aventures en Birmanie, Raoul Walsh (1945)

L’Enfer, maintenant.

Aventures en Birmanie

Note : 4 sur 5.

Titre original : Objective, Burma!

Année : 1945

Réalisation : Raoul Walsh

Avec : Errol Flynn, James Brown, William Prince

Un bon film de guerre est le plus souvent antimilitariste. Ce n’est pas aussi criant que dans un Kubrick ou dans Men in War par exemple, mais comment ne pas ressortir d’une telle expérience avec encore plus de dégoût pour la guerre ?

Comme tout film de pure propagande, il a ses élans lyriques voire épiques, mais ce n’est que pour mieux montrer la barbarie de la guerre. Le lyrisme tend parfois à la tragédie. En l’occurrence, il ne faut pas se cacher qu’il n’y en a que pour la violence des Japonais.

Dans cette guerre, on y entre de plain-pied. Pas la guerre frontale et déshumanisée avec tranchées, chars, etc. Non la guerre d’infiltration où on cherche une cible et où on évite soigneusement l’ennemi. La cible est une station radar japonaise située en pleine jungle birmane qui permet aux Japonais de surveiller les mouvements des positions alliées jusqu’en Chine. Le personnage qu’interprète Errol Flynn prend donc le commandement d’un bataillon de parachutistes pour s’infiltrer pendant la nuit dans la jungle et partir à la rencontre de ce radar à faire exploser.

À ce niveau, pour un enfant des années 80, on pense inévitablement au Retour du Jedi. Même ambiance, même mission, mêmes personnages (mais qui ne font que de la figuration chez Lucas), parfois même type de dialogues (qu’on retrouve plus dans les autres volets de la trilogie paradoxalement, preuve peut-être que le film était une référence pour Lucas). Bien sûr tout est bien plus propre dans le Retour du Jedi : c’est une histoire pour les enfants, un conte beaucoup plus positif, avec la simple volonté de distraire. Aventures en Birmanie est un film de propagande de fin de guerre : la volonté est sans aucun doute de mettre en scène les soldats, ne pas mentir sur leurs conditions de vie, sur le danger, mais ainsi faire d’eux des héros, des soldats capables de se sacrifier pour leur nation (chose qui ne passera plus vingt ans plus tard).

Il est passionnant de relever les différences de rapports à la guerre à cette époque, sans doute bien retranscrit dans le film, et notre époque actuelle. La mentalité n’est pas du tout la même. Si en France, le sens du devoir patriotique a laissé place à une sorte de combat universel contre les désastres apportés par les guerres (avec la bonne conscience et l’esprit interventionniste des « French doctors ») ; aux États-Unis, sans doute porté par la culture rock, nihiliste, consumériste et irrévérencieuse de la nouvelle jeunesse du baby-boom, on voit la guerre désormais comme un jeu, où il est facile de vaincre face à une armée ennemie forcément arriérée.

Il y a donc une différence majeure de contexte et de comportement entre la génération qu’on trouve dans le film et celle qui sera plus tard mise en scène dans les films sur le Vietnam par exemple. Ça donne à ce film une atmosphère un peu de « guerre à papa ». On ne retrouverait plus aujourd’hui le même rapport à l’autorité, au patriotisme, ou au même sens du devoir. Même si cinq ans après en Corée, les soldats pouvaient encore se poser des questions sur l’utilité d’une telle guerre, c’était encore une génération liée à celle ayant gagné la Seconde Guerre mondiale, on n’y trouvait pas tout à fait encore l’esprit qui commencera à poindre dans les années 60.

Ainsi, ici, tous les personnages sont empreints d’une certaine gravité, d’une retenue, d’une maturité aussi, face au contexte difficile de la guerre (ce qui n’empêche pas bien sûr les comportements de peur, etc.). Ce qui est le plus marquant, c’est l’extrême sérieux, la dignité et un sens assez peu développé de l’égoïsme (les Américains avec les Trente glorieuses se rattraperont, à moins que ce soit un aspect qu’on s’autorise plus volontiers à montrer dans les films plus récents). Ils ne pensaient qu’à survivre, mais étaient rarement en défiance avec leur propre pouvoir : restait en tête l’idée bien présente d’une guerre juste. Le caractère antimilitariste du film perçu aujourd’hui n’était sans doute pas volontaire à l’époque où la cruauté est toujours celle de l’ennemi. Tandis que les soldats actuels, sont des mômes, qui bien vite, en perdant leurs illusions de petits soldats, cherchent un moyen détourné pour s’amuser, prendre du bon temps et se défouler. Curieux de voir ce changement de mentalité. Et ce n’est pas seulement dû à l’évolution d’écrire des histoires et de les représenter à l’écran. On sent réellement un changement de mentalité, entre ceux qui ont toujours su qu’ils pouvaient être envoyés à la guerre comme leurs parents qui ont connu les atrocités sur les champs de bataille durant la première guerre mondiale ; et ceux qu’on envoie à la guerre dans des conflits dont on comprend mal le sens, et alors qu’on commence toujours plus tard à rentrer dans l’âge adulte, parfois même en n’y rentrant jamais (phénomène qui est encore plus spécifique à nos générations élevées aux dessins animés, Starwars et autres jeux vidéo).

Bref, après une longue digression, Errol Flynn retrouve son chemin et se faufile dans la jungle avec son bataillon à ses ordres. Très vite, l’objectif est atteint. Le radar est détruit. Mission accomplished. Ils n’ont plus qu’à rejoindre leur point de ralliement, là où un avion devrait venir les récupérer. Jusque-là tout va bien, le film pourrait se terminer et on en est qu’à vingt minutes. Seulement les Japonais rappliquent et les avions sont obligés de repartir.

Technique efficace, quand on introduit au début du récit un objectif qu’on ne pense atteindre qu’à la fin du film, et qu’on prend très vite des chemins inattendus.

Le groupe se retrouve sans moyen de subsistance, sans possibilité de passer les lignes ennemies, livré à lui-même. Ils pourront compter sur le lancement de vivres, mais une fois leur radio HS… ils seront seuls dans une jungle hostile où n’importe quel « jap » peut venir leur éclater la gueule. À ce moment, le film exploite au mieux le mythe de l’individu perdu au milieu de nulle part, rappelant au spectateur ses peurs les plus primaires.

Leur seule porte de sortie : un dernier rendez-vous, situé plusieurs centaines de kilomètres plus au nord. Ils ne savent pas ce qui les y attend mais n’ont pas le choix.

Au fil du récit, on en élimine forcément. Et après des rencontres avec des indigènes, des batailles sanglantes face à l’ennemi, après le manque de vivres, la fatigue, la maladie, les embuscades, les crises de folie, de peur, ils retrouveront le chemin du retour, non sans avoir affronté une dernière fois, dans la nuit, nos ignobles soldats japonais.

Le film est servi par des dialogues et des personnages dans le ton. On ne s’ennuie pas une seule seconde, passant d’une scène à une autre sans le moindre temps mort. Et Flynn est convaincant dans la peau de cet officier pour qui ses soldats feraient n’importe quoi.

Superbe film.

On peut lire sur le Net que la trame a été inspirée du film de Vidor, Le Grand Passage avec Spencer Tracy. Il y a des similitudes, c’est certain, mais je ne me rappelle pas suffisamment du film pour y voir des correspondances frappantes. En revanche, Walsh aurait fait avec Distant Drums un remake de ce film. Je viens de le voir. Et si on peut là encore y voir pas mal de similitudes, on peut aussi s’amuser à noter ce qui ne correspond pas. Si Aventures en Birmanie est purement un film de guerre, au sens strict (sur le front), Distant Drums, avec l’ajout d’un personnage féminin, est également plus une romance (dans le ton de ce qu’on faisait dans les années 30), voire purement un film d’aventures ; les atrocités de la guerre n’y sont pas montrées comme ici. Ce n’est pas le même contexte : le premier est un film clairement de propagande pour exalter l’élan patriotique des Américains face aux atrocités commises par le camp ennemi (le film a été produit avant la fin de la guerre et projeté huit mois avant la capitulation japonaise), le second est un divertissement racontant les faits d’une… distante histoire qu’on s’est déjà chargée d’écrire pour l’avoir gagné, la guerre.


Aventures en Birmanie, Raoul Walsh 1945 Objective, Burma! | Warner Bros


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Lettres d’Iwo Jima, Clint Eastwood (2006)

Lettres d’Iwo Jima

Letters from Iwo JimaLettres d'Iwo Jima, Clint Eastwood (2006)Année : 2006

7/10

IMDb iCM

Vu le : 16 septembre 2007

Réalisation :
Clint Eastwood

Avec :

Ken Watanabe
Kazunari Ninomiya
Tsuyoshi Ihara

Second volet de sa fenêtre « guerre du pacifique : la guerre c’est pas bien ».

Ce n’est pas si mal que ça. Contemplatif, comme du Eastwood, mais avec des acteurs japonais. Surprenant toutefois, comment un metteur en scène peut-il diriger des acteurs qui parlent une autre langue que la sienne ? Le résultat a toujours donné — en tout cas en français, pour ce que je peux en juger — des catastrophes. Le japonais n’était pas ma langue maternelle, difficile de juger du résultat… Il n’y a finalement aucun recoupement avec le premier film, et c’est sans doute pas plus mal — cela aurait été un peu gadget. Mais on a du mal à s’attacher à ces personnages enfermés dans leur trou. Malgré le savoir-faire, dans le rythme surtout d’Eastwood, on finit par se moquer de leur sort, sans doute parce que Clint s’en moquait aussi. Pas de scènes références, longues comme dans Un monde parfait par exemple. Chez Eastwood, c’est souvent à la fin qu’il nous tient — là rien.

Un coup pour rien malgré la bonne tenue générale, mais on attend toujours du vieux Clint quelque chose qui fasse mouche. Chez lui, c’est souvent le sujet qui importe, et c’est bien là où le film peine à nous intéresser. Encore une fausse bonne idée (je parle du diptyque).


Lettres d’Iwo Jima, Clint Eastwood (2006) | DreamWorks, Warner Bros., Malpaso Productions


Flags of Our Fathers (mémoires de nos pères), Clint Eastwood (2006)

Flags of Our Fathers

Mémoires de nos pères

Note : 4 sur 5.

Titre original : Flags of Our Fathers

Année : 2006

Réalisation : Clint Eastwood

Avec : Ryan Phillippe, Barry Pepper, Joseph Cross

Sans doute le plus gros film d’Eastwood, en matière de production. Aidé ici par Spielberg, il fallait bien.

Le Clint élargit sa palette de manière étonnante… Après avoir fait des westerns, des films de complot, des thrillers, des comédies douces-amères, des road-movies, des chroniques, le voilà maintenant avec un film « historique », façon Il faut sauver le Soldat Ryan. Le plus étonnant encore, c’est qu’on reconnaîtra toujours sa patte : sans corrompre son talent dans de grands effets de mise en scène, il colle au plus près de l’histoire et va à l’essentiel. Ce qui offre au récit une structure dense et transparente.

On accroche moins parce que c’est beau ou parce qu’il y a « matière à voir ou à regarder », mais parce qu’on entre toujours de la meilleure des manières dans l’histoire, en collant au plus près des personnages. Les enjeux sont simples et clairement définis, on sait où il veut en venir, et cela procure à la vision une certaine confiance, un abandon, parce que sachant qu’il nous mène quelque part, on le sait aussi capable de résister à la tentation d’une scène à faire parce que « tiens, ce serait intéressant de faire ça… »

C’est un auteur à la Howard Hawks, capable de s’adapter à son sujet avec la même maîtrise. Malheureusement, c’est sans doute avec le recul qu’on s’apercevra qu’il est l’un des réalisateurs les plus importants du cinéma, parce qu’il a touché à tout. Pour beaucoup, il reste encore l’Inspecteur Harry ou l’acteur de western spaghetti… Il n’y a guère qu’en France où il passe pour un excellent réalisateur. Étonnant pour un style si académique. Honkytong Man, Un monde parfait, Sur la route de Madison, Impitoyable (que personnellement je n’aime pas), et bien d’autres westerns, ça tient souvent la route (c’est le cas de le dire). Jamais le même film, mais un thème qui pourrait être récurrent : qui sommes-nous derrière les apparences ? On y retrouve souvent un certain dépit, une mélancolie, et cette ironie qu’il avait quand il faisait l’acteur et qu’on décelait à peine derrière le masque…

Sinon, le film ? Il est bien. (Je fais des progrès, je ne spoile pas).

(Commentaire sur Lettres d’Iwo Jima)


Flags of Our Fathers, Clint Eastwood (2006) | DreamWorks, Warner Bros., Amblin Entertainment


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