A Girl at My Door, July Jung (2014)

A Girl at My Door

3/10 IMDb

Réalisation : July Jung

aka Dohee-ya

Top des films avec des femmes indépendantes

Scénario irréaliste dans un pays où la subtilité est sévèrement réprimée. Celui qui s’en rend coupable risque une Corée-ction…

On y apprend en tout cas que les services sociaux n’existent pas en Corée du Sud, pas plus que les avocats, les juges ou les psys. Une telle manière de procéder laisse penser qu’on est dans l’esprit d’une fillette de quatre ans à qui on demanderait avec ses moyens de raconter une histoire : les adultes sont soit de gentils individus ne nous voulant que du bien (les policiers en l’occurrence) soit des gens louches dont il faut se méfier. Pour faire semblant d’ajouter de l’épaisseur à son personnage principal July Jung lui invente une histoire de gourde à classer dans le rayon mystère à découvrir, et un passé forcément lourd et victimisant.

Il y a des personnes qui écrivent des scénarios et il y en a d’autres qui mettent sur papier, puis sur pellicule, leurs fantasmes, avant de les barioler pudiquement de caractères et de motifs mosaïques.

Assez navrant dans son écriture. Dommage parce qu’à la mise en scène July Jung se défend. Cette fois-ci, on tient bien une petite sœur de Hope en matière de subtilité. Tout le monde ne peut être Lee Chang-Dong (qui produit le film d’ailleurs).


 

A Girl at My Door, July Jung 2014 | Pine House, FilmNow Films


Oasis, Lee Chang-dong (2002)

Oasiseu

7/10 IMDb

Réalisation : Lee Chang-dong

Le défi ultime d’un cinéaste : arriver à mettre en scène l’amour d’un débile profond et d’une handicapée moteur.

Impossible à jouer avec des acteurs professionnels (un détail de l’intrigue interdit de pouvoir avoir recours à une vraie handicapée). Pourtant, ça marche plutôt bien grâce à une mise en scène retenue : je n’ai pas eu l’impression que Lee Chang-dong tirait sur la musique pour appuyer sur la corde sensible par exemple, et le rythme des séquences, avec des ellipses très efficaces, ne laisse en fait jamais le temps de trouver ça exaspérant. Habile…

Le plus dur avec un tel sujet, c’est de trouver la distance, entre le danger du ton sur ton en s’identifiant totalement à la situation, en appuyant chaque effet à la façon d’un Hope par exemple et pour rester en Corée, et entre une trop grande distance qui rendrait le tout ennuyeux ou grossier (la distance pouvant alors être un prétexte ou un moyen à en montrer toujours plus, plus longtemps). Sans la délicatesse d’un grand cinéaste une telle histoire serait franchement suspecte, le sujet étant malgré tout fort casse-gueule.

C’est peut-être d’ailleurs ce qui est étonnant dans le cinéma de Lee Chang-dong (Poetry ou Secret Sunshine, je mets à part Peppermint Candy, sophistiqué, certes, mais moins dans le ton des suivants). Il y a toujours dans ses histoires des détails ou des sujets sordides, mais le traitement qu’il en fait est toujours juste. Il y a un peu de Shôhei Imamura en lui.


 

Oasis, Lee Chang-dong 2002 | Dream Venture Capital, East Film Company, UniKorea Pictures


La Pointe courte, Agnès Varda (1955)

La Pointe courte

7/10 IMDb

Réalisation : Agnès Varda

Avec : Philippe Noiret, Silvia Monfort

Une histoire du cinéma français

Cent ans de cinéma Télérama

Les Indispensables du cinéma 1955

Varda qui invente presque le style Bresson avec une pointe de néoréalisme et qui précède la nouvelle vague (bande de Resnais-Marker oblige). Influence possible de Bergman, mais ça ressemble à peu de choses d’époque.

On y voit quelques travellings dans des espaces vides et ouverts (pas de ceux comme dans Sang et Or tournés à la grue, mais bien en gardant une ligne d’horizon fixe) qui pourraient bien avoir influencé Resnais notamment pour LAnnée dernière à Marienbad (il a monté le film), mais pas seulement (le final dans Profession : Reporter d’Antonioni), et une particularité des films tournés en extérieur avec de faibles moyens : la post-synchro obligatoire rendant le tout étrangement artificiel malgré les images voire les sujets (la révolution des micros miniatures est pour bientôt il me semble, au tournant des années 60).

C’est parfois un peu maladroit. Non pas que ce soit bavard (ça l’est, mais ce n’est pas un défaut tant qu’on a de tels acteurs et la possibilité de tout postsynchroniser en assumant ce caractère artificiel), mais certaines répliques sont à la limite du ridicule.

(Amusant de voir Philippe Noiret avec une coupe improbable au bol issue sans doute d’une pièce du TNP — Macbeth apparemment).


La Pointe courte, Agnès Varda 1955 | Ciné-tamaris


La Goualeuse, Fernand Rivers (1938)

La Goualeuse

6/10 IMDb

Réalisation : Fernand Rivers

Mélange étrange de mélodrame à l’ancienne (avec fils caché, lignes de l’intrigue nouées sans vraisemblance, dévouement pathétique pour l’être chéri…) et de comédie.

Grâce aux acteurs, le volet comique est réussi, le mélo un peu moins. Mais l’intérêt se cache surtout ailleurs : c’est le seul film ou presque dans lequel on peut voir chanter Lys Gauty, la goualeuse du titre, qui se met donc à chanter en plein milieu de n’importe quoi, et ça, ça vaut sérieusement le détour. Dommage qu’on ne puisse la voir et l’entendre par ailleurs : une voix et une interprétation exceptionnelles, combinées à une beauté espagnole à l’accent parigot, capables de vous « embarquer » loin. C’est aussi elle qui possède la meilleure tirade du film, avec son réquisitoire contre la justice des riches. Bel aphorisme : « L’honnêteté, c’est un bateau qui s’embarque vers nulle part. »

Une agréable trouvaille de la Cinémathèque, typique d’avant-guerre, honteusement oubliée, politique des auteurs oblige (parfois relayée par une politique des stars). Il serait temps de redécouvrir ce film (ainsi que beaucoup d’autres de son époque) et de lui rendre sa légitime place dans l’histoire du cinéma.


La Goualeuse, Fernand Rivers 1938 | Les Films Fernand Rivers


Le Feu, Giovanni Pastrone (1916)

Il fuoco (la favilla – la vampa – la cenere)

Le Feu Année : 1916

6/10 IMDb

Réalisation :

Giovanni Pastrone

Avec :

Pina Menichelli

Parangon du film de vamp populaire à l’époque. Le film est sous-titré la favilla — la vampa — la cenere. En français, l’étincelle, la vamp et la cendre, autrement dit une allégorie de l’inspiration artistique dans laquelle la muse de l’artiste devient maléfique… On peut alors retraduire le titre par « elle l’allume, le vampirise (ou l’aspire, là où les vraies muses inspirent) et le grille ».

Repérée dans Cabiria, Pina Menichelli se voit ici proposer le premier rôle par Giovanni Pastrone, délaissant ainsi un temps les péplums pour profiter de la popularité du phénomène « vamp ». C’est simple et efficace, le film étant structuré autour des trois parties de son sous-titre, et Pastrone propose deux ou trois travellings à la Cabiria en plus de nombreux panoramiques.

À noter l’utilisation du hibou pour illustrer symboliquement le caractère sournois et malfaisant du personnage féminin (Pina Menichelli porte même une sorte de diadème rappelant la coiffe d’un hibou…). Y a des symboles étranges : Ridley Scott reprendra l’animal aux côtés d’une autre femme fatale dans Blade Runner


Le Feu, Giovanni Pastrone 1916 Il fuoco (la favilla – la vampa – la cenere) | Itala Film


La Bonne Année, Claude Lelouch (1973)

Un homme, une femme, un pote, une bijouterie

Note : 4 sur 5.

La Bonne Année

Année : 1973

Réalisation : Claude Lelouch

Avec : Lino Ventura, Françoise Fabian, Charles Gérard

Probablement le meilleur Lelouch, mais je ne m’infligerais certainement pas le reste pour m’en convaincre. Tout Lelouch est là, le meilleur, sans les excès. Du moins, il faut reconnaître certaines bonnes idées bien exploitées, et une distribution, un trio surtout, qui marche comme rarement.

Lelouch, c’est quoi ? Les femmes, les copains, le cinéma, la technique, les voitures, les histoires de hasard… Et surtout, trop souvent, des poncifs à l’œil, des bons sentiments dans des magasins de porcelaine… Bref, c’est lisse et sans consistance. On attend là où ça gratte un peu, et ça vient jamais. Ça ne gratte pas plus ici, mais il faut savoir accepter de temps en temps les petits défauts d’un cinéaste plein de bonnes intentions. Et en dehors de quelques leloucheries qui parsèment le film, on prend d’abord plaisir à voir Lino Ventura et Françoise Fabian se tourner autour, ou encore le même Ventura et Charles Gérard se chambrer. Parce que Lelouch, c’est aussi ça, les face-à-face. Tout semble toujours affaire de séduction chez lui, même entre potes. De mémoire, dans Un homme et une femme, l’expérience tournait à vide parce que ça manquait de personnages : l’intimité, ou l’exclusivité, la frontalité, d’un face-à-face confine parfois à l’ennui, alors qu’ici Lelouch use de quelques artifices pour au moins servir de prétexte à revenir à ce qui l’intéresse. Plus tard, ce sera le contraire, on verra « défiler des stars pour Lelouch ». Ici, le juste milieu est parfait à tous les niveaux, et c’est parfois tellement compliqué à structurer un film autour de ces rapports qui peuvent paraître évidents alors que quand ça manque et que par exemple ces « stars » ont peu de scènes en commun, ça saute aux yeux, on peut donc bien lui reconnaître cette réussite dans La Bonne Année.

On oubliera aussi un certain maniérisme dans la narration. Chose qui passera toujours chez un Godard parce qu’il a du génie. Lelouch n’aura au mieux que des coups de génie. Le petit péché mignon dans son cinéma, c’est sa trop grande confiance aux séquences qu’il écrit. Au théâtre, on dirait qu’il s’installe. Or si au théâtre, c’est aux acteurs de faire avancer le rythme, au cinéma, c’est à travers le montage (le découpage) qu’on avance. Son trop grand amour sans doute pour ses acteurs, qu’il se plaît à mettre en situation. Seulement Lelouch pense à ces situations pour elles seules au lieu de chercher à les intégrer dans une logique d’ensemble. Ce qui produit chez lui un rythme lent, ou creux, vide, mou, lisse, stagnant. Impression confirmée par ailleurs par le manque d’intérêt qu’on peut avoir pour les personnages décrits : la bienveillance permanente que porte Lelouch pour ses acteurs, voire ses personnages, avec pas une once de vice (sinon des vices réels montrés comme des vertus : libertinage, goût du vol et de l’escroquerie). Ça fait peser sur ses films une forme de positivisme naïf, posé là comme une évidence, mais que les spectateurs prendront plus volontiers pour une injure à leur goût, eux, pour des personnages plus torturés, plus malades, plus fous ou malsains. Le désamour ou l’agacement des films de Lelouch à mon avis vient pour une bonne part à cette naïveté un peu pesante et systématique. Lelouch mettrait en scène un meurtrier qu’il finirait par être tellement fasciné par lui qu’il en ferait un personnage positif. Et ça c’est louche, Claude. Les évidences, les facilités, et le positivisme, le public il a horreur de ça. Les questions, il veut que ce soit lui qui se les pose. Pour ça, il faut éviter les poncifs, les leçons de morale, et surtout nuancer à la fois les personnages et la morale que le spectateur pourrait en tirer. Pourrait, parce que tout doit être suggéré. Et Lelouch, à la suggestion, il ne connaît rien. Il dit tout, il montre tout. C’est un obsédé des évidences, et il veut en plus que chacun assiste à ses grandes découvertes. « Ce matin, j’ai enfoncé une porte qui était déjà ouverte ! » Merci Claude. Et sinon, le hors-champ ? est-ce que tu nous laisses de temps en temps nous questionner sur ce qu’on voit, réfléchir, faire appel à notre propre imagination, Claude ? Non. Tout est là. On a des stars, on a son œil derrière la caméra, et on doit s’en contenter parce que rien que ça… c’est formidable.

Et pour cette fois, il n’a pas tout à fait tort.

Parce que ses acteurs sont formidables, c’est vrai. Parce que son intrigue sent bon le petit polar sans prétention, un peu comme un Bob le flambeur revisité par un étudiant en cinéma. Ah, les casses à la française… Dans lesquels, on prend plus plaisir à cuisiner qu’à déguster. Melville, le rythme, il l’a. C’est un rythme lent, pesant, qui intrigue et fascine. Lelouch, c’est le rythme zéro, celui de la vraie vie, celui des bavardages, celui des dragues un peu lourdes mais polies des types maladroits qui ne savent pas y faire et qu’on laisse faire parce qu’ils se rêvent en romantiques. Comme Ventura dans le film. Lelouch aime quand ça pétille, eh ben là, l’effet nounours de Ventura, mêler aux échanges croquignolets avec son acolyte, c’est l’alchimie parfaite. On accepte le faux rythme parce que le reste est beau.

Lelouch fait donc confiance aux acteurs (parfois trop jusqu’à s’en rendre esclave), et ça marche. Françoise Fabian explique la méthode : Lelouch filmait d’abord la séquence telle qu’elle était écrite, ensuite il leur demandait d’improviser et de s’amuser. Au montage, Lelouch n’aurait jamais gardé la première prise. L’un des trucs de Lelouch, il est là. Il aime les acteurs, et il trouve moyen de les mettre dans des bonnes conditions quand ils sont bons. Ce n’est rien de plus ni moins que de l’improvisation dirigée (il aura recours à d’autres artifices, de mémoire, pour diriger les acteurs plus tard, et arriver à leur faire dire ce qu’il souhaite). Lino Ventura aurait ainsi été l’auteur de certains poncifs qui seraient peut-être plus efficaces si on ne sentait pas la volonté permanente d’en trouver. Mais l’improvisation, ça limite tout de même les possibilités de trop en faire dans ce domaine. Et on ne s’improvise pas Audiard ou Jeanson.

Autre aspect positif du film, la technique. On refuse parfois de l’admettre parce que Lelouch ne fait pas sérieux et qu’il a un petit côté délégué de la classe dans une classe de casse-pieds géniaux dont l’enthousiasme peut irriter, mais oui, Lelouch, c’est aussi la nouvelle vague, autrement dit, aussi, la capacité de filmer avec des dispositifs légers sans pour autant faire artie ou expérimental. La technique au service de l’acteur… et de l’amour. Dans l’imaginaire, il y a l’avant, quand les cinéastes, c’était des types avec un cigare, assis sur une chaise aux côtés de mille techniciens et dirigeant de loin les acteurs, et l’après. L’après, ça pourrait être Godard dans un chariot filmant un travelling pour À bout de souffle ; ou ça pourrait être Lelouch à l’œilleton dans toutes les positions. Le génie technologique français n’a pas seulement inventé le Minitel ou le Bi-Bop, mais la caméra mobile (enfin réinventé). Kubrick et Pollack auraient été très impressionnés par les gesticulations du cinéaste sur ce film. Et pas seulement je serais tenté de dire. Dans l’emploi de certains objectifs en intérieur, jusqu’au traitement des couleurs en intérieur, on y retrouve un petit quelque chose de kubrickien, c’est vrai (notamment lors du repas de réveillon chez Françoise Fabian).

Un dernier mot sur un procédé de montage, presque expérimental, audacieux (comme peut l’être Lelouch, c’est-à-dire mêlé d’un enthousiasme un peu fou), mais pas forcément exploité jusqu’au bout. Lelouch nous propose deux ou trois fois des bribes de scènes qui se révèlent être des possibilités non pas narratives (ou quantiques…) mais personnelles : ce qui pourrait ou aurait pu se produire si Ventura agissait autrement. Toutes ces séquences sont bien intégrées au montage, sauf la première, celle dans la prison. Peut-être parce qu’on ne comprend pas tout de suite… (Un autre procédé est une leloucherie typique : la fausse bonne idée d’employer le noir et blanc pour les séquences au « présent », et les autres en couleurs pour le cœur du film.)


La Bonne Année, Claude Lelouch 1973 | Les Films 13, Rizzoli Film


Sur La Saveur des goûts amers :

Top Films français

Les Indispensables du cinéma 1973

Liens externes :


Détective, Jean-Luc Godard (1985)

Détective

7/10 IMDb

Réalisation : Jean-Luc Godard

Un film de Godard, c’est comme une tablette de Toblerone. Un gros Toblerone. T — O — B — L — E — R — O — N — E. *

(* écrit en néon sur le toit d’un immeuble)

En gros, tu bouffes un morceau, un tableau, t’as tout vu et rien compris. Les noisettes, ce sont les références permanentes qu’il sera le seul à comprendre (on ne voit parfois même pas ce que lisent ses personnages, mais c’est sûr, voir plein de bouquins à l’écran, c’est aussi classe que des acteurs en train fumer), et le chocolat, ce sont ces éternels aphorismes visuels. Parfois c’est poétique, mais c’est vide et plein de prétention. Un boxeur qui file une gauche, puis une droite à deux nichons dont la propriétaire l’incite à travailler encore et encore ses enchaînements, c’est vrai, c’est mignon.

On peut au moins apprécier les acteurs. La théâtralité cinématographique de Laurent Terzieff face à l’autre, celle-ci non cinématographique, de Alain Cuny ; la spontanéité des Nathalie Baye, de Claude Brasseur, de Emmanuelle Seigner, ou de Julie Delpy ; et puis l’étrange et éternelle fantaisie de Jean-Pierre Léaud. Johnny quant à lui est nul, mais est-ce étonnant ? Godard de toute façon ne dirige personne, il caste et se détourne ensuite de ses acteurs pour s’intéresser aux objets : des slogans aphoriens autour de marques au sol, des jump cuts inondés de musique intempestive très pète-cul, partout des inserts beaucoup plus intelligents que tout le monde.

Même le titre sonne comme une marque de parfum. Tout chez JLG est cosmétique, publicitaire, cruciverbeux. Au mieux son cinéma est ludique, indolore.


Détective, Jean-Luc Godard 1985 | Sara Films, JLG Films


Dokoku / Lamentation, Shin Saburi (1952)

Dokoku / Lamentation

Dokuku Année : 1952

5/10 IMDb

Réalisation :

Shin Saburi

Avec :

Sumiko Abe
Michiyo Kogure
Tatsuya Mihashi
Kuniko Miyake
Shin Saburi

Shin Saburi devant et derrière la caméra. On le connaît surtout comme acteur, et il fait appel à d’autres têtes connues pour l’occasion. Vendu par la Maison de la culture du Japon où il est projeté comme une sorte de Eve japonais, ce serait plutôt The Actress (tourné l’année suivante).

Difficile de s’émouvoir pour une telle histoire : le personnage principal de l’actrice est insupportable, prête à tout pour réussir ; et l’écrivain ainsi assailli paraît un mollusque à se laisser manipuler sans jamais se départir de son insupportable nonchalance.

Les effets de mise en scène n’y changeront rien. Impossible de s’intéresser au destin de personnages antipathiques. En général, tous les acteurs veulent rendre leur personnage plus sympathique qu’il ne devrait l’être, là Shin Saburi ne se fait pas prier…

On se demande comment un tel film a pu être sélectionné par la revue Kinema Junmpo pour être un des meilleurs films de l’année 52.


Trois Places pour le 26, Jacques Demy (1988)

Trois Places pour le 26

5/10 IMDb

Réalisation : Jacques Demy

Une histoire du cinéma français

« De Montand on pouvait niquer sa fille sans que ça pose aucun problème… »

Voilà comment pourrait être sous-titré le film. La légèreté douteuse de Jacques Demy… En somme, c’est Peau d’âne + Œdipe que Demy tente de nous faire passer pour quelque chose de fun… L’inceste est un vrai sujet de film qui ne peut être accessoire autour d’une vieille histoire d’amour et d’un film sur l’ambition (ou sur l’arrivisme). Traité par-dessus la jambe, ça devient vulgaire. Surtout quand la trame est ainsi cousue de fil blanc, quand on voit le truc consternant arriver bien avant, et quand on y fonce droit. Des petits cris quand les masques tombent, et là où commence Œdipe, Demy lui finit son spectacle d’un haussement d’épaules :

« Mais voyons, c’est pas grave : c’est fou ce que tu ressembles à ta mère. »

Sinon, (mauvais) hommage aux rehearsal movies de l’âge d’or. On n’aura finalement qu’une confrontation entre Montand et Françoise Fabian (Dieu qu’elle est belle), pas assez pour créer une tension, évoquer les souvenirs, les problèmes, se moquer de l’autre, etc. Quant à la partition purement rehearsal, c’est complètement raté : la fille remplace au pied levé la comédienne prévue, et peu alors de rebondissements suivent.

Exploitation lisse et maladroite. C’est vrai aussi que ce qui est apprécié chez Jacques Demy, c’est son amateurisme, sa naïveté. On y retrouve d’ailleurs pas mal de Golden Eighties tourné deux ans plus tôt par Chantal Akerman.


Trois Places pour le 26, Jacques Demy 1988 | Renn Productions


La Prise de pouvoir par Louis XIV, Roberto Rossellini (1966)

La Prise de pouvoir par Louis XIV

7/10 IMDb

Réalisation : Roberto Rossellini

Les Indispensables du cinéma 1966

Excellent scénario, sorte de docufiction très informatif. Reconstitution parfaite. Reste la direction d’acteurs quasi inexistante.

C’est paradoxalement un des Rossellini les plus supportables, probablement parce qu’il n’y a pas grand-chose de lui dans le film.

Et bon film de l’ORTF. C’est laid, mal fagoté, dirigé avec les pieds, mais on apprend deux ou trois choses (pas forcément historiquement fiables d’ailleurs, mais on fera semblant), aucun élément n’est pour ainsi dire développé après avoir été annoncé, un peu comme on balance des anecdotes de pouvoir, mais avec un tel sujet c’est bien le principal.

Faire « un peu » d’histoire, sans prétendre à en faire une fiction et flirter avec le dramatique (et ça, c’est peut-être finalement assez rossellinien).


La Prise de pouvoir par Louis XIV, Roberto Rossellini 1966 | ORTF