Loin d’elle, Sarah Polley (2006)

Loin de nous, près de lui

Loin d’elle

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Away from Her

Année : 2006

Réalisation : Sarah Polley

Avec : Julie Christie, Gordon Pinsent

Un film qui se regarde avec beaucoup de plaisir. Même si je ne suis pas sûr que le mot « plaisir » soit le plus approprié… On est happés du début à la fin par cette histoire d’amour. On pourrait croire au début que c’est un film sur la maladie d’Alzheimer avec une description étape par étape de la lente descente vers la fin et l’oubli. Le film nous laisse d’ailleurs le croire pendant quelques minutes. En fait, la maladie, n’est qu’un contexte autour duquel se mettront en œuvre des événements rarement traités au cinéma (on peut penser à Amour de Haneke par exemple). Ce qui y est décrit toutefois serait assez éloigné de la réalité de la maladie. Chaque époque a ses tabous. Aujourd’hui, il semblerait que certaines maladies communes comme celle-ci, le cancer ou tout simplement la vieillesse sont des sujets qu’on préférerait éviter. On les traite sérieusement quand il serait plus judicieux pour les démystifier de les attaquer sur tous les fronts.

Loin d'elle, Sarah Polley (2006) Foundry Films, Capri Releasing, HanWay Films

 Loin d’elle, Sarah Polley (2006) | Foundry Films, Capri Releasing, HanWay Films

Dès le début du film, quelques indices nous suggèrent qu’il ne sera pas tout à fait ce qu’on attendait. Le montage présente en parallèle deux ou trois époques. À différents stades de la maladie. Seulement, on ne sait pas encore où et quand on est et pourquoi on nous montre certaines scènes. Ce mystère permet à Polley de faire avancer l’action comme un magicien présentant les différents éléments de son tour avant de l’exécuter. Un mystère qui demeurera finalement jusqu’à la fin. Des indices, mais aucune certitude. La position du spectateur est celle du mari, obligé à ne pouvoir donner aucune réponse à ces interrogations provoquées par le comportement de sa femme. Le film reste donc dans l’incertitude, faute de pouvoir partager avec elle des souvenirs rongés par la maladie.

On suit d’abord Julie Christie au premier stade de sa maladie. Pas d’annonce mélodramatique, elle le sait dès le début. L’introduction est tout juste utile à tisser les liens entre les deux mariés : une relation presque fusionnelle pour mieux la détruire par la suite. Elle décide qu’il vaut mieux qu’elle aille dans une institution spécialisée. Le mari la prie de ne pas le laisser seul. À cet instant, c’est encore lui qui est dans une position de faiblesse (comme beaucoup d’hommes suspendus aux décisions de leur femme). C’est possible tant qu’elle est en capacité de décider. Le drame suggéré ici, c’est la perte du contrôle de soi ; une perte d’autant plus grande que la femme avait un contrôle total sur sa vie (même principe pour ces secrets qui donneront l’impression de se perdre sans trace comme une carte au trésor jeté au feu).

Le mari est obligé de la laisser un mois dans cette maison sans la voir — règle étrange —, et quand il revient, elle s’est entichée d’un homme devenu muet après un petit séjour dans le coma. On ne peut qu’imaginer la souffrance de ce mari obligé de constater que sa femme s’est éloignée de lui. Il vient tous les jours pour essayer de recréer le lien perdu, mais sa femme s’accroche au bras de son amoureux légumineux. À travers diverses conversations avec elle, il commence à suspecter sa femme de lui avoir caché une aventure lointaine avec cet homme et doit la regarder sans broncher à la voir tous les jours heureuse auprès de son nouvel (ou ancien) amant.

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La femme de Monsieur Légume décide de le reprendre auprès d’elle ; le personnage de Julie Christie se retrouve désemparé. Comprenant sa souffrance, son mari prend contact avec Madame Légume. Et les deux amoureux malades sont à nouveau réunis… La réelle nature de cette relation restera une énigme. Comme le raconte le personnage d’Anthony Hopkins dans les Ombres du cœur (oui ça va, chacun les références qu’il peut) : on ne dissocie pas le personnage de l’intrigue, le personnage, c’est l’intrigue. Et alors, on ne se perd pas en pourquoi, on ne fait que suivre un personnage à travers un parcours, ses actions (il décide, il agit, on ne saura jamais pourquoi). Les origines de cet amour, donc, sont hors propos. Seules les conséquences comptent. Les différentes époques permettent une différente approche et peuvent laisser croire à une résolution, un dénouement, mais c’est mieux pour nous perdre. Une structure épique légitimée bien sûr par le sujet. La description chronologique d’une maladie, à la Love Story, tend naturellement au mélodrame larmoyant, facile et forcé. C’est donc aussi un moyen de prendre une distance nécessaire pour échapper à cet écueil d’un récit linéaire.

Bref, c’est drôlement bien monté. La mise en scène est épurée, simple, non intrusive, non directive. Sarah Polley a bien suivi les leçons de son maître, Atom Egoyan. Si le scénario n’a rien d’un Egoyan, la mise en scène se rapproche du style du cinéaste canadien.

Julie Christie est à tomber. Au fil du film bien sûr, on est un peu moins sous le charme, non pas parce que la maladie est plus présente, mais simplement parce qu’on s’éloigne d’elle, comme le titre l’indique, en adoptant le point de vue du mari.

Tous les acteurs sont parfaits. Ce n’est pas une surprise, être dirigé par une actrice est un gage de réussite à ce niveau. Honneur au muet Michael Murphy qui sait rester convaincant dans son rôle de Monsieur Légume. Sans trop en faire — bluffant.


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Liens externes :


La Vie des autres, Florian Henckel von Donnersmarck (2006)

Das Leben der AnderenLa Vie des autres (2006), Florian Henckel von DonnersmarckAnnée : 2006

Vu le : 20 mars 2007

Réalisation :

Florian Henckel von Donnersmarck

9/10  lien imdb

— TOP FILMS

Top films allemands

Listes sur IMDb :

Limguela top films

MyMovies: A-C+

Excellent (Oscar du meilleur film étranger). Jusqu’aux dernières séquences, le film est sérieux, appliqué (austère, diraient certains), et puis les multiples épilogues apportent chaque fois quelque chose de nouveau et de très émouvant. Pourtant le style reste toujours très dépouillé ; il en ressort quelque chose de digne qui émeut silencieusement.

Ça fait plaisir de voir de bons films allemands contemporains. Goodbye Lenine était plus un film gadget basé sur une bonne idée de départ parce qu’après la mise en scène ne laissait pas présager le meilleur. Il y avait du bon dans Cours Lola, — film techno qui donne mal à la tête. Il y a tellement de bons metteurs en scène ailleurs en Europe (hormis en Italie où c’est un peu le désert aussi) qu’on peut espérer qu’un nouveau Fassbinder apparaisse, ou du moins, que les meilleurs n’aillent pas pervertir leur talent aux USA.


Adieu Cuba, Andy García (2005)

Lost CityAdieu Cuba (2006), Andy García The Lost CityAnnée : 2005

 

Réalisation :

Andy García

5/10  lien imdb
 

Vu en mars 2007

En tout point raté. Quand pendant tout le film on se creuse la tête à comprendre ce qu’on regarde, il y a comme un hic. Ça parle bien de la période où l’île est passée aux mains des castristes mais aucun angle ne ressort véritablement derrière le contexte historique. Le film adopte le point de vue de ce patron de music-hall, seulement il n’a l’air de s’intéresser qu’à ses spectacles quand dehors gronde la révolution. L’angle aurait pu être là, l’obstination d’un manager à préserver ses spectacles en dépit de la crise, mais Andy Garcia met tellement peu d’entrain à ce qu’il fait qu’on peine à suivre ses non-aventures. C’est qu’il est impassible le Andy. Comme dans tous ses rôles d’ailleurs. Cette fois ça ne prend pas, il y a une grosse impression de vide quand on regarde sa trogne gominée et comme cette impassibilité transparaît jusque dans sa mise en scène, multipliant les scènes inutilement lentes, le film ne décolle jamais.

La présence de Bill Murray représente le seul intérêt du film. Sorte de confident fantôme. À l’image du film, on se demande à quoi sert son personnage sinon à faire le Murray dans son coin et à nous égayer un peu l’existence…


The Machinist, Brad Anderson (2004)

21 grammes

The Machinistthe-machinist-brad-anderson-2004Année : 2004

 

Réalisation :

Brad Anderson

5/10  lien imdb
 

Vu en 2007

Christian Bale fait peur en “gros” maigrichon (50 kg !!!).

La parano, la culpabilité… Un tout petit film, très intéressant. Un peu glauque aussi. D’ailleurs, il y a un filtre gris-vert…, mais mon Dieu qu’il est maigre…

En dehors de la « maigreur de l’automobiliste au moment de se sentir coupable », Bale est certes particulièrement impressionnant. Je n’aime vraiment pas l’acteur. Déjà dans L’Empire du soleil de Spielberg, à 12 ans il paraissait toujours arrogant ; dans Equilibrium, American Psycho et même Batman Begins, c’était toujours le même personnage froid, pervers… Plus de nuances ici. On voit que c’est un bon acteur dans les scènes où il est seul (et pas torse nu, maigre à gagner l’oscar du régime Dukan), il a une manière d’oublier la caméra, d’avoir un jeu spontané qui est vraiment impressionnant.

Après, je ne parle pas anglais assez bien pour juger du reste de la performance, mais de toute façon je l’ai vu en français, vu que l’autre version était en espagnol (bah…, c’est un film espagnol, et dans ce cas c’est comme les films de Leone, les vraies versions originales, ça n’existe pas, même s’il n’y a pas tant que ça d’acteurs espingouins dans le film).

Reste qu’aujourd’hui le film me laisse un mauvais souvenir… trop glauque quoi.