Les mots restent les mots, ce qu’on n’en fait n’ira jamais plus loin que la vie même…
Aussi loin que je m’en souvienne, je m’étais toujours levé de bonne heure à la campagne. Aujourd’hui pourtant, sans doute fatigué de la répétition des jours, je laissais le rêve se prolonger au-delà de la nuit. Je n’étais plus qu’un prince vagabond qui contemplait, mélancolique, sa longue retraite décrépie. Et ce rêve était comme ce vieux complice et ami de l’enfance, revenu du lointain et beau pays de la jeunesse… Il me traînait en dehors de la vie. Il aurait voulu courir, me tirer par la main, me ramener au plus près de cette chose inconnue et mystérieuse qui l’intéressait tant. Mais depuis longtemps, ce chemin qui longeait le fleuve n’était plus rien pour moi. Dans l’ivresse des habitudes, j’avais oublié qu’il fut autrefois le parcours errant et sauvage d’une âme égarée. Je savais qu’au fond de moi, je ne venais pas simplement y reposer mon vieux cœur fatigué. La culpabilité me rongeant l’esprit, seuls les rêves étouffés d’autrefois pourraient m’accorder le pardon.
Pour elle, il était temps :
« Éveille-toi un instant, poursuis tes rêves en plein jour, puis ferme la porte et reviens-moi… »
Fin
