
On parlait déjà du manque de visibilité du basket en France, il y a vingt ans, je vois que les temps n’ont pas changé.
Il y a plusieurs raisons qui peuvent expliquer la frilosité des diffuseurs et médias. Et ces raisons sont globalement les mêmes qu’on pointait du doigt il y a vingt ans.
D’abord, la tradition. Il est très difficile de faire changer des habitudes. À vue de nez, le seul sport qui a profité d’un nouvel intérêt ces dernières années, c’est le football féminin. Un intérêt qui est probablement le résultat de deux facteurs cumulés : l’investissement, notamment lyonnais, puis parisien, dans le foot féminin et une réaction des médias scandalisés par le comportement des joueurs masculins à Knysna lors de la Coupe du monde 2010. Grâce à ces deux facteurs, probable encore que le football féminin ait pu voir débarquer des joueuses dans les clubs. Mais les traditions sont dures à changer : si les médias s’intéressent beaucoup plus au foot féminin, moi je le vois à travers la visibilité sur France Info, on y parle que de la Coupe du monde, et depuis quelque temps de Coupe d’Europe. Il y a clairement une volonté de féminiser le sport, et donc de donner de la visibilité aux sports féminins dans les médias. Mais c’est encore le sport numéro un qui en profite. C’est bien pour le foot féminin, mais c’est autant de « temps disponible » qui ne profite pas à d’éventuels événements basket.
Tradition encore, qu’est-ce que le basket ? Il y a quarante ans, le basket, c’était un sport de Blancs des campagnes. On en voit encore les traces dans les places fortes du basket en France : Pau, Limoges, Cholet. Pour beaucoup de médias encore, le basket, c’est le Puy du fou.
Ou le Puits du foot.
Arrive un premier électrochoc : la participation des stars NBA aux JO de 92. Un électrochoc à double-tranchant qui façonne encore la perception du basket aujourd’hui. D’un côté, des jeunes qui voient des personnes qui leur ressemblent aux JO se disent qu’il n’y a peut-être pas que le foot dans la vie ; de l’autre, les médias ne verront plus le basket qu’à travers Team USA et les JO. Au contraire de l’électrochoc Knysna qui avait réveillé le foot féminin domestique, l’électrochoc du basket concernait une compétition qui ne se jouait que tous les quatre ans et une équipe étrangère dont les joueurs participaient quotidiennement à une ligue domestique ayant lieu, pour nous,… la nuit.
Le basket était passé d’un sport de province et de campagne à un sport de niche réservé aux noctambules pouvant suivre des matchs sur une chaîne cryptée payante où ils pouvaient en même temps voir du porno.
Au tournant du siècle, le basket domestique devait en plus gérer un nouveau choc culturel, mais cette fois à l’écart des médias : tous les jeunes de banlieue qui avaient grandi avec la Dream Team pointaient le bout de leur nez dans les clubs de campagne. Les frères Gadou doivent faire de la place aux frères Pietrus. La nouvelle génération va bientôt s’imposer, la formation à la française intègre plutôt bien ces jeunes, on découvre que la mixité ça peut être aussi un atout. C’est même peut-être la grande réussite du basket hexagonal de ces vingt dernières années. On a coutume de dire que tous les profils de joueurs peuvent jouer au rugby, eh bien, au basket, c’est quasiment pareil. À l’image de ce qu’il se fait au foot, l’équipe de France de basket devient un magnifique exemple de la diversité positive qui fait l’identité de la France. Seulement, cette réussite se fait à l’abri des regards des médias. Le basket reste, et reste encore, un sport de campagnes qui se joue à cinq, et à la fin, c’est Team USA qui gagne.
Ligue domestique, Euroleague et Équipes de France, hors JO, zéro intérêt.
On l’a vu avec le foot féminin : il faut plusieurs facteurs pour développer un sport, transformer les habitudes et les usages, éveiller l’intérêt des diffuseurs et… des investisseurs.
Le foot féminin a profité d’un intérêt grandissant aussi des investisseurs : les clubs pros masculins ont commencé à investir dans des sections féminines. Tout le réservoir des gamines qui avaient commencé à jouer pouvait avoir une visibilité, un espoir de vie professionnel et sportif.
Pas d’investisseurs, pas de diffuseurs. Pas de diffuseurs, pas d’investisseurs.
Monaco est l’arbre qui cache la forêt. Qui a envie de s’identifier à un club détenu par un milliardaire douteux, dans une ville qui n’est ni une de ces villes des campagnes qui ont représenté le basket depuis des décennies, qui ne forme pas ses joueurs, qui a sous contrat des joueurs étrangers qui quitteront le club l’année suivante, qui n’est pas une capitale régionale, et qui n’est même pas… française ?
Est-ce que ça peut servir d’électrochoc pour que les diffuseurs s’intéressent au basket ? Bof.
Le diffuseur reste donc le même pétro-diffuseur étranger dont l’intérêt est de faire briller ses intérêts étrangers, voire des micro-diffuseurs… de niche, dont la qualité des retransmissions laisse souvent à désirer (montage intempestif coupant les actions de jeu, commentateurs bavardant au lieu de commenter les actions ou de donner des éléments de contexte, aucun travail sur les statistiques, erreurs ou absence d’informations en inscription, manque de caméras et de moyens, etc.).
Autre facteur : l’incompétence des instances dirigeantes. Si les clubs formateurs, la fédération ont su bien intégrer les jeunes qui rêvent de NBA ou ont la culture playground, les dirigeants ont toujours soigné leur relation avec des diffuseurs parfois uniques, historiques et de niche. Aucune politique de long terme : on ne construit pas un palace à partir d’une niche.
Épisodiquement, le championnat domestique a pu s’exiler sur des diffuseurs en clair. France 3 région. Autre niche. Si tu es diffusé dans une niche, personne ne s’intéresse à toi. France Télévision, c’est une fausse bonne idée : ils sont globalement incompétents et ils ont tellement de chaînes que la dilution est totale. « Si vous nous rejoignez sur France 3 Auvergne… » Qui allume par hasard sa TV sur France 3 Auvergne ? Non, il n’y a que les galériens du basket, ceux qu’on trimballe depuis vingt ans d’un réseau obscur à un autre, qui mâtent. Tu ne tombes pas par hasard sur du basket. Donc pas de visibilité, pas d’engouement, pas d’engouement, pas d’investissements, pas d’investissements, pas d’argent, pas d’argent, pas de résultats, pas de résultats, pas de visibilité, etc.
Arrive un nouveau génie à la tête d’une ligue qui a une idée brillante. Le constat est bon : pas de visibilité, pas de visibilité (comme dirait Gérard Darmon). Il se dit donc : il faut un diffuseur national en clair. Et le mec fait le forcing pour intéresser la chaîne du foot et du vélo.
La chaîne L’Équipe. Aucune culture basket. La chaîne de l’information du sport n’en a jamais rien eu à foutre du basket, mais pourquoi pas. Sur un malentendu tout est possible. En multipliant les événements surtout. Deux matchs par semaine, parfois, entre ProA et Euroleague, avec des matchs qui commencent entre 19h et 21h ?
Et puis, autre idée de génie : la durée du contrat de diffusion.
Pour forcer la main du diffuseur, le mec leur brade son produit et leur vend ça pour une décennie. On peut parier : L’Équipe en aura rien à faire de son créneau basket : dix minutes avant, on aura un championnat de caisses de savon et une fois terminé, on revient aux choses sérieuses : on parle de foot en plateau. Lors des divers flashs, sur le site et par ricochet dans les autres médias, le basket, ça restera le sport de campagne joué par des bouseux et des banlieusards.
Autre facteur : l’éclatement des compétitions. Tu veux faire décoller le basket ? Tu priorises quoi ? L’équipe nationale, le championnat domestique, l’Euroleague, la NBA ?
Le rugby a historiquement pu surfer sur le Tournoi des cinq puis des six nations. Comme catalyseur, le basket n’a rien du tout. Tous les quatre ans, l’équipe de France aux JO, entre une médaille en judo et une autre en escrime.
Et enfin, dernier facteur : si on considère que le catalyseur, ça doit être le championnat domestique, on peut difficilement s’attacher à une équipe qui change de joueurs principaux tous les ans, où les ricains sont de passages, les jeunes relégués sur le banc et font la gueule.
Et si le catalyseur, c’est l’équipe de France, au lieu de faire les yeux doux à L’Équipe pour finir sur France 4 (au mieux), tu vises… TF1 ou France 2. Un placard, ça ressemble relativement bien à une niche. France 4 est un placard.
Et BeIn reste une niche.