OSS 117 : Le Caire, nid d’espions, Michel Hazanavicius (2006)

SOS qualité française

OSS 117Année : 2006

 

Réalisation :

Michel Hazanavicius

5/10  lien imdb
 

Vu en mars 2007

Il est loin l’âge des bonnes comédies populaires d’autrefois.

Choix ou pas de mise en scène, la production fait cheap (pour nous faire croire qu’on est en 1950, on nous fout des plans d’archives avec bagnoles dans les rues…). Dujardin est un pitre, pas un acteur. Même dans la comédie, il faut de la sincérité et de la justesse dans l’excès. Un sourire niais, une mimique, un brushing, pour remplacer le vide du scénario. Aucun acteur n’arriverait à rendre meilleurs des dialogues insipides et grossiers, alors Dujardin, certainement pas. Un personnage doit vivre non seulement grâce aux détails d’une histoire, mais aussi à travers l’imagination de l’acteur. Et ça, l’imagination, ça lui est totalement étranger à Dujardin. Tout le film d’ailleurs est comme ça. Le hors-champ a une importance capitale dans un film. Ce qui est suggéré, c’est ce qui permet de nous représenter un monde. Si tout est devant nos yeux, sans profondeur, sans faire vivre l’arrière-plan, et je ne parle pas que de l’image, ça pue l’artificiel. On me dira que c’est précisément ce que le réalisateur a voulu, il a voulu la facilité oui. C’est comme renoncer à l’exigence. On pourrait y adhérer si par ailleurs le fond avait meilleure allure.

Le casting est désastreux. Les deux gonzesses en particulier sont loin d’être à l’aise. Depuis Émilie Dequenne dans le Pacte des loups pour afficher un nom au film, je croyais avoir vu le pire. Ça se vaut presque. Si les acteurs français sont globalement à la ramasse face à leurs collègues étrangers, c’est d’abord à cause de ces maudites années 60 et ce mirage poursuivi par des cinéastes ni artisans, ni écrivains, ni théâtreux : la vérité. Pour être vrai, il suffisait de prendre des gens dans la rue. Bah oui, c’est évident. Certains ne s’en sont pas trop mal sortis en développant des méthodes propres souvent basées sur l’improvisation, mais c’est toute la production qui en a souffert.

Traditionnellement, un metteur en scène est un acteur. C’est en tout cas les plus efficaces. Parce qu’ils connaissent tous les écueils et les fausses promesses de certaines évidences. Pour être vrai, il faut passer par le faux. Un Delon qui arrive à être vrai en “étant” Delon, c’est rare. Pour les autres acteurs, il faut passer par le faux : la technique. Une fois qu’on maîtrise certains principes, qu’on les a éprouvés sur scène, on est prêt pour se livrer à un metteur en scène qui connaît cette fois les difficultés pour passer d’une “technique” de théâtre à celle du cinéma. À moins d’avoir un génie qui peut comprendre ça instinctivement, ou à moins de savoir déjà bien s’entourer, la distribution et la direction d’acteurs, un metteur en scène ne connaissant rien aux acteurs aura de grandes chances de faire n’importe quoi. Et c’est ce qu’on voit ici. Mais c’est une constante depuis que les cinéastes sont des critiques de cinéma, pas des artistes. Pour jouer des femmes, et des femmes d’un certain niveau social, on prend donc des gamines dans la rue. Tu es jolie, fais donc du cinéma ! Ce serait un peu comme voir Arletty dans les rôles de Michèle Morgan ou Giulietta Masina dans celui de Sissi. Un maintien de femmes du trottoir…

Et il faut croire que l’exigence du public est presque aussi grande que ceux qui leur montrent des films puisqu’il — le public – n’y voit rien de choquant. Normal : les dames du monde, ça n’existe plus. Il y en aurait du monde à passer entre les mains du Professeur Higgins ! Le pire, ce n’est pas qu’on fasse de tels films avec des acteurs aussi médiocres. C’est surtout qu’on ne trouve rien à y redire, et qu’on pourrait tout autant voir une bergère dans un rôle de reine de France (une Kirsten Dunst jouant Marie-Antoinette par exemple…).

Le rythme est également affreusement lent. On veut couper avec le “théâtral” (c’est devenu un gros mot) mais en revanche, par facilité, on a gardé le principe des scènes où on s’installe pendant des heures… Le film ici ferait à peine un quart d’heure dans Austin Power. On pourra s’étonner que le film donne une grande impression de vide… C’est un art qui se rapproche de celui de la narration, à la composition littéraire (un roman a moins de contrainte spatiale que le théâtre…). Pas besoin de couper à la sauvage ou de créer trop grossièrement une précipitation des événements. Mais si on peut donner une information sans devoir y rester des plombes, autant le faire pour donner autre chose à manger à son spectateur. Ça permet également les changements de rythme, les mises en relief, ou s’attarder… Il semblerait que pour monter un film l’exigence et le talent soient inutiles. Une mention « vu à la TV » suffit.

Delon disait qu’il n’y avait plus de star, il avait bien raison. Il n’y a plus non plus de cinéma populaire. Rien que des téléfilms. Avec Belmondo, voire Defunès, c’était bien autre chose.


Blood Diamond, Edward Zwick (2006)

Jennifer sur le gâteau

Blood Diamondblood-diamond-edward-zwick-2006Année : 2006

 

Réalisation :

Edward Zwick

5/10  lien imdb
 

Vu le : 20 mars 2007

 

Dans le genre « c’est beau, c’est pauvre l’Afrique, mais les Occidentaux y foutent la merde et n’y arrangent rien »…

Le personnage que joue Jennifer Connelly est de trop : l’histoire d’amour avec Leonardo édulcore à la fin le film qui aurait plus gagné en unité d’action. Rester sur la quête du diamant, la fuite — ou en tout cas mieux intégrer le rôle de la journaliste dans l’histoire. Si c’est un personnage principal elle doit rester avec eux jusqu’à la fin et son personnage doit suivre une vraie évolution ; s’il est secondaire, il faut lui donner un peu moins d’importance et surtout ne pas la faire réapparaître dans une scène ridicule où DiCaprio, à l’agonie, l’appelle avec son cellulaire : lui dans la brousse, elle à une terrasse d’un café en Europe… — Ridicule.


Loin d’elle, Sarah Polley (2006)

Loin de nous, près de lui

Loin d’elle

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Away from Her

Année : 2006

Réalisation : Sarah Polley

Avec : Julie Christie, Gordon Pinsent

Un film qui se regarde avec beaucoup de plaisir. Même si je ne suis pas sûr que le mot « plaisir » soit le plus approprié… On est happés du début à la fin par cette histoire d’amour. On pourrait croire au début que c’est un film sur la maladie d’Alzheimer avec une description étape par étape de la lente descente vers la fin et l’oubli. Le film nous laisse d’ailleurs le croire pendant quelques minutes. En fait, la maladie, n’est qu’un contexte autour duquel se mettront en œuvre des événements rarement traités au cinéma (on peut penser à Amour de Haneke par exemple). Ce qui y est décrit toutefois serait assez éloigné de la réalité de la maladie. Chaque époque a ses tabous. Aujourd’hui, il semblerait que certaines maladies communes comme celle-ci, le cancer ou tout simplement la vieillesse sont des sujets qu’on préférerait éviter. On les traite sérieusement quand il serait plus judicieux pour les démystifier de les attaquer sur tous les fronts.

Loin d'elle, Sarah Polley (2006) Foundry Films, Capri Releasing, HanWay Films

 Loin d’elle, Sarah Polley (2006) | Foundry Films, Capri Releasing, HanWay Films

Dès le début du film, quelques indices nous suggèrent qu’il ne sera pas tout à fait ce qu’on attendait. Le montage présente en parallèle deux ou trois époques. À différents stades de la maladie. Seulement, on ne sait pas encore où et quand on est et pourquoi on nous montre certaines scènes. Ce mystère permet à Polley de faire avancer l’action comme un magicien présentant les différents éléments de son tour avant de l’exécuter. Un mystère qui demeurera finalement jusqu’à la fin. Des indices, mais aucune certitude. La position du spectateur est celle du mari, obligé à ne pouvoir donner aucune réponse à ces interrogations provoquées par le comportement de sa femme. Le film reste donc dans l’incertitude, faute de pouvoir partager avec elle des souvenirs rongés par la maladie.

On suit d’abord Julie Christie au premier stade de sa maladie. Pas d’annonce mélodramatique, elle le sait dès le début. L’introduction est tout juste utile à tisser les liens entre les deux mariés : une relation presque fusionnelle pour mieux la détruire par la suite. Elle décide qu’il vaut mieux qu’elle aille dans une institution spécialisée. Le mari la prie de ne pas le laisser seul. À cet instant, c’est encore lui qui est dans une position de faiblesse (comme beaucoup d’hommes suspendus aux décisions de leur femme). C’est possible tant qu’elle est en capacité de décider. Le drame suggéré ici, c’est la perte du contrôle de soi ; une perte d’autant plus grande que la femme avait un contrôle total sur sa vie (même principe pour ces secrets qui donneront l’impression de se perdre sans trace comme une carte au trésor jeté au feu).

Le mari est obligé de la laisser un mois dans cette maison sans la voir — règle étrange —, et quand il revient, elle s’est entichée d’un homme devenu muet après un petit séjour dans le coma. On ne peut qu’imaginer la souffrance de ce mari obligé de constater que sa femme s’est éloignée de lui. Il vient tous les jours pour essayer de recréer le lien perdu, mais sa femme s’accroche au bras de son amoureux légumineux. À travers diverses conversations avec elle, il commence à suspecter sa femme de lui avoir caché une aventure lointaine avec cet homme et doit la regarder sans broncher à la voir tous les jours heureuse auprès de son nouvel (ou ancien) amant.

Loin d'elle, Sarah Polley (2006) Foundry Films, Capri Releasing, HanWay Films 2

La femme de Monsieur Légume décide de le reprendre auprès d’elle ; le personnage de Julie Christie se retrouve désemparé. Comprenant sa souffrance, son mari prend contact avec Madame Légume. Et les deux amoureux malades sont à nouveau réunis… La réelle nature de cette relation restera une énigme. Comme le raconte le personnage d’Anthony Hopkins dans les Ombres du cœur (oui ça va, chacun les références qu’il peut) : on ne dissocie pas le personnage de l’intrigue, le personnage, c’est l’intrigue. Et alors, on ne se perd pas en pourquoi, on ne fait que suivre un personnage à travers un parcours, ses actions (il décide, il agit, on ne saura jamais pourquoi). Les origines de cet amour, donc, sont hors propos. Seules les conséquences comptent. Les différentes époques permettent une différente approche et peuvent laisser croire à une résolution, un dénouement, mais c’est mieux pour nous perdre. Une structure épique légitimée bien sûr par le sujet. La description chronologique d’une maladie, à la Love Story, tend naturellement au mélodrame larmoyant, facile et forcé. C’est donc aussi un moyen de prendre une distance nécessaire pour échapper à cet écueil d’un récit linéaire.

Bref, c’est drôlement bien monté. La mise en scène est épurée, simple, non intrusive, non directive. Sarah Polley a bien suivi les leçons de son maître, Atom Egoyan. Si le scénario n’a rien d’un Egoyan, la mise en scène se rapproche du style du cinéaste canadien.

Julie Christie est à tomber. Au fil du film bien sûr, on est un peu moins sous le charme, non pas parce que la maladie est plus présente, mais simplement parce qu’on s’éloigne d’elle, comme le titre l’indique, en adoptant le point de vue du mari.

Tous les acteurs sont parfaits. Ce n’est pas une surprise, être dirigé par une actrice est un gage de réussite à ce niveau. Honneur au muet Michael Murphy qui sait rester convaincant dans son rôle de Monsieur Légume. Sans trop en faire — bluffant.


Loin d'elle, Sarah Polley (2006) Foundry Films, Capri Releasing, HanWay Films 3


Liens externes :


La Vie des autres, Florian Henckel von Donnersmarck (2006)

Das Leben der AnderenLa Vie des autres (2006), Florian Henckel von DonnersmarckAnnée : 2006

Vu le : 20 mars 2007

Réalisation :

Florian Henckel von Donnersmarck

9/10  lien imdb

— TOP FILMS

Top films allemands

Listes sur IMDb :

Limguela top films

MyMovies: A-C+

Excellent (Oscar du meilleur film étranger). Jusqu’aux dernières séquences, le film est sérieux, appliqué (austère, diraient certains), et puis les multiples épilogues apportent chaque fois quelque chose de nouveau et de très émouvant. Pourtant le style reste toujours très dépouillé ; il en ressort quelque chose de digne qui émeut silencieusement.

Ça fait plaisir de voir de bons films allemands contemporains. Goodbye Lenine était plus un film gadget basé sur une bonne idée de départ parce qu’après la mise en scène ne laissait pas présager le meilleur. Il y avait du bon dans Cours Lola, — film techno qui donne mal à la tête. Il y a tellement de bons metteurs en scène ailleurs en Europe (hormis en Italie où c’est un peu le désert aussi) qu’on peut espérer qu’un nouveau Fassbinder apparaisse, ou du moins, que les meilleurs n’aillent pas pervertir leur talent aux USA.


Une vérité qui dérange, Davis Guggenheim (2006)

« Je vous l’avait bien dit ! » leurre dira-t-il

Une vérité qui dérange

An Inconvenient Truth

Note : 3 sur 5.

Titre original : An Inconvenient Truth

Année : 2006

Réalisation : Davis Guggenheim

Heureusement que l’Amérique est là pour nous prévenir que la Terre est en danger. Vous verrez que dans cinquante ans, ils auront réécrit l’histoire :

« L’Amérique était la seule puissance internationale à dénoncer les abus de l’hyper-consommation. Nous allions droit dans le mur et nous avons été les premiers à réagir. Puisque tout le monde envie notre manière de vivre et nous écoute, tous les pays se sont finalement rangés de notre côté pour sauver la planète. »

Les USA ont au moins cette qualité de pouvoir changer radicalement de cap quand c’est nécessaire, mais aussi de s’approprier les idées des autres pour en tirer le meilleur. Je parie donc que dans 50 ans, les USA seront plus écolos que n’importe qui, et auront — eux — réussi à convaincre de changer les règles…

Ou pas. À mesure qu’un pays s’encroûte et s’embourgeoise, l’inertie politique augmente (selon le théorème Pitigros). L’autocongratulation aussi. Depuis le film, les démocrates sont repassés au pouvoir et rien n’a changé. Globalement, le réchauffement climatique, l’Américain n’en a rien à foutre. Quand on a toujours foi en l’avenir, on croit aussi qu’on sera toujours en capacité de s’adapter. C’est le problème de la question posée : on parle de réchauffement climatique et non de ses conséquences directes. La réponse de l’Amérique pourrait tout aussi bien être : « La clim’ pour tous ! ». Quand certains se chamaillent pour savoir s’il est légitime de lancer l’alerte ou oublie la conséquence principale du réchauffement : la perte de la diversité biologique. Même dit comme ça, ça ressemble à une revendication écolo, alors on va essayer une autre expression : sixième extinction massive des espèces.

Le début de l’extinction massive des espèces coïnciderait avec le développement des civilisations humaines. Elle s’est accentuée au rythme de l’expansion de l’homme sur la planète. Vue du ciel, l’empreinte de l’homme semble minime. La part des villes est ridicule. Seulement, partout les zones urbaines ne cessent d’augmenter. La vérité (qui dérange ou pas), elle se situe plutôt là. Est-on prêts à nous interroger sur le modèle de développement et en particulier sur le principe de croissance ? Parler uniquement du réchauffement climatique permet un peu trop facilement de pointer du doigt les industriels quand ils ne font que prospérer selon les règles établies par les sociétés. Il y a quelque chose de bien hypocrite là-dedans. La responsabilité, elle est politique, commune. Il n’y a pas d’un côté les méchants industriels qui seraient des profiteurs et des pollueurs, et d’un autre côté, des populations victimes. Jamais il n’y a eu autant de systèmes démocratiques, jamais la connaissance n’a été aussi facilement accessible, et c’est paradoxalement aujourd’hui que l’inertie est la plus grande. La mondialisation et la démocratie diluent les responsabilités et développent la bonne conscience individuelle face à la reconnaissance de notre propre incapacité à changer les choses. Alors, à y réfléchir, croire que l’Amérique puisse être ce guide attendu nous menant à la vertu c’est croire au Père Noël. L’Amérique, c’est une pisseuse qui voudrait se libérer de toutes les contraintes possibles. Comment croire que des décisions soient prises pour le bien commun dans un pays où cette notion est perçue comme le diable, et où pour beaucoup moins d’État, moins de politique, est toujours la meilleure option possible ? Est-ce qu’on imaginerait une Athènes antique rêvant de moins de politique ?… Est-ce que l’Amérique de Gore peut donc devenir tout à coup écolo ? Peu probable.

Peut-être justement parce qu’il y a deux Amériques. Irréconciliable. Les Lumières ont illuminé le monde en déchargeant leur carbone dans l’atmosphère… comment faire comprendre ce paradoxe aux obscurantistes qui profitent eux aussi de ces lumières ?…

Une vérité qui dérangerait, ce serait de voir que finalement, ceux qui seraient les mieux placés pour opérer et imposer ce changement, ce sont les Chinois. Parce qu’entendre Gore dire, dix ans après, qu’il y a une vérité qui dérange, ça ressemble plus à l’aveu du gosse de riches ayant repris l’affaire de papa révélant que son rêve aurait été d’être musicien. Ah oui putain, la vérité qui tue !… Dire que le monde va mal et qu’on ne va nulle part, ça dérange, Al ? C’est bien d’enfoncer les portes ouvertes. L’écologie de bobo, c’est l’écologie d’une élite éclairée, celle qui prétend détenir la vérité et les clés d’un monde meilleur. L’écologie elle s’impose à tous ou à personne. Si elle n’est pas une évidence pour tous, eh bien qu’on crève. Mais qu’on crève les yeux bien ouverts sur le monde qu’on est en train de créer. Qu’on en souffre jusqu’à notre dernier souffle. Et comme on plonge un doigt mouillé dans un verre d’eau en nous écriant « tempête ! », on pourrait aussi à l’image de ce qui se fait pour le tabac, planter le message « voter tue » sur les urnes électorales, « consommer tue » sur chaque ticket de caisse, « se reproduire tue » sur le cul de bébé. On pourrait aussi adopter comme devise « tout ce qui nous rend plus forts nous tue ». Bref, merci pour toute cette bonne conscience. On ne peut pas chercher à être Priam et Cassandre à la fois, ou à tour de rôle. « Après moi le déluge ». Oui, oui merci.


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