The Big Short, Adam McKay (2015)

The Big Short

The Big Short Année : 2015

7/10 iCM  IMDb

Réalisation :

Adam McKay

Avec :

Christian Bale, Steve Carell, Ryan Gosling, Brad Pitt

Listes :

MyMovies: A-C+

Sujet passionnant, mais traité avec les pires méthodes hollywoodiennes. Paradoxalement (cf. lire mon commentaire sur Fury), celui qui s’en tire le mieux ici, ça reste Brad Pitt. Non seulement par sa sobriété, mais aussi par le message du personnage qu’il interprète et que le film peut-être perd un peu trop souvent de vue : inutile de parader sur le fait d’avoir raison avant tout le monde ou de se faire du fric en pariant à la baisse, parce que la réalité c’est bien les conséquences dramatiques sociales que ça implique (d’ailleurs, rien que le fait de rendre possible le fait de parier à la baisse, c’est en soi une des nombreuses dérives de la finance).

Le film vaut donc surtout pour son intérêt informatif, malheureusement bien trop souvent noyé derrière une forme en totale inadéquation avec son sujet (le film est même catalogué « comédie » par IMDb, et à juste titre, ça, ça dénote d’un certain mauvais goût). Si la voix off ou les interludes explicatifs ne sont pas si mal car nécessaires, tout l’aspect « comédie dramatique en costumes » avec la même fascination que Scorsese pour ces escrocs dans Le Loup de Wall Street, ça me gonfle bien plus. C’est un sujet sérieux, pourtant on sort les violons quand il est question d’évoquer les tragédies humaines que ça implique, et surtout on utilise une forme satirique des plus dépassées, parce qu’on se moque en fait de ces outsiders qui ont parié contre le système, qui étaient honnêtes, et que les escrocs, malgré tout, s’ils sont montrés comme des rapaces, représentent toujours cette même image de golden boys positifs dans cette Amérique. Approche plutôt étrange, ce serait un peu comme nous dire : ils ont raison, mais ils étaient un peu craignos quand même. Comme si, comme pour le politique, l’accusation ne se tournait en fait jamais vers les criminels en col blanc, mais sur les petites gens, les ringards, les losers. D’ailleurs, le titre français achève ce paradoxe : « le casse du siècle », c’est de voir des losers s’en foutre plein les poches. Un vol, sérieux ? Donc il y a comme un léger hiatus entre ce que nous disent certaines répliques bien vues du film (en particulier celles de Steve Carell à la fin du film) et son approche. Il semblerait qu’on ait encore bien du mal à pointer du doigt les véritables coupables de ces arnaques, qui courent toujours, et qui manifestement continuent leur numéro avec la complicité des banques centrales, des États et de la presse financière…

To be continued en effet…


 

Le Loup de Wall Street, Martin Scorsese (2013)

La fin du western

The Wolf of Wall StreetLe Loup de Wall Street, Martin Scorsese (2013)Année : 2013

IMDb  iCM
Réalisateur :

Martin Scorsese

 

Avec  :

Leonardo DiCaprio
Jonah Hill
Margot Robbie

Note : 3/10

 

Vu le : 14 mars 2014

Quelle horreur de film… Je me trompe où non seulement ce film a vingt ou trente ans de retard sur son époque, mais en plus le point de vue qu’il adopte n’est pas sans rappeler l’insipide et vulgaire Call Me : The Rise and Fall of Heidi Fleiss ?

Scorsese ne cesse de s’imiter lui-même en alternant les séquences « dans le milieu » et « dans la famille ». Les scènes de jalousie hystérique à la New York New York, à la Casino ou à la Raging Bull, la caméra qui virevolte entre les lignes pour nous présenter les personnages de la boîte (dont finalement on ne saura jamais rien) ; mais à force de vouloir tout dire, de tout montrer, Scorsese, pourtant avec trois heures de film, ne montre rien. Terence Winter n’est pas Paul Schrader, et même Schrader aurait eu du mal à trouver un sens à cette autobiographie, ou auto-hagiographie devrait-on dire. Terence Winter, c’est le scénariste de Xena la guerrière, et ça se voit, il n’y a absolument rien à sauver dans ce film. Les cinq minutes passées avec Matthew McConaughey à la rigueur. Une belle ironie d’ailleurs, parce que son personnage est typique des golden boys des années 80. On se dit que Belfort changera de méthode, absolument pas. À quoi bon revenir vingt après sur le Wall Street[1] d’Oliver Stone ? Une suite ne suffisait pas ? Mais Belfort est plus trash me direz-vous… Et alors ? Un petit gars de la middle class qui se prend pour Tony Montana… mais Belfort, c’est Baby Face, pas Scarface. Belfort… rien que le nom, on aurait l’impression de voir un Channel jouer les caïds.

Casino était déjà pas mal passé de mode comme un western des années 80, y rajouter une couche, quel était l’intérêt ? Parce que si l’époque est bien, à nouveau, aux crapules de la finance, elle est moins à ces petits cons cocaïnomanes des années 80 qu’aux escrocs de haute volée sachant parfaitement s’immiscer aux affaires au point d’arriver à en changer les règles et de mettre les politiciens dans la poche. On l’a souvent entendu dire ces dernières années, la crise de 2008, c’est une crise systémique. Ce n’est pas l’affaire d’un petit truand s’ouvrant tout seul les portes de Wall Street. L’idée du Loup de Wall Street, c’est l’idée d’un loup entrant dans la bergerie. Wall Street serait donc cette bergerie. C’est le point de vue de Belfort. C’est son El Dorado. Cinq ans après, c’est ça la vision critique qu’on peut avoir sur Wall Street ou sur le milieu de la finance ? Wall Street est une bergerie ?! Désolé, Martin, t’as rien compris à l’histoire. Mettre en scène l’hagiographie d’une petite crapule (même pas une grosse, un psychopathe pour lequel on pourrait au moins s’intéresser parce qu’il est un monstre ; parce qu’ici, Belfort n’est rien de plus qu’un gars ordinaire, c’est presque toujours le mythe du rêve américain, la réussite à tout prix, et c’est là qu’on est plus proche de Heidi Fleiss que de Scarface…) quand c’est toute la finance qui est pourrie de l’intérieur, ça sonne comme une tentative de diversion. Ce n’est évidemment ni l’intention de Scorsese, ni celle de Belfort, qui lui ne cherche qu’à nous vendre sa vie de merde comme parfaitement honnête comme il vend des stylos (la drogue et la baise, ça permet, entre deux tranches de vérités, de mieux faire passer le reste).

Le film souffre pas mal de personnages à la fois antipathiques et trop brièvement esquissés. Belfort pour commencer, a autant de charisme et de remords qu’un vendeur de voiture, et le trio Belfort-Winter-DiCaprio n’arrive pas à la cheville du duo Baldwin-Mamet dans Glengarry Glen Ross. Belfort est un connard, mais il n’a même pas la politesse d’être un génie, ni même un sadique. En quoi serait-il fascinant ? Un vendeur de voiture qui cherche à se faire du fric, rien de plus. Tout est dit quand il demande aux autres de lui montrer comment vendre un stylo. Il se contente le reste du temps de convaincre, micro à la main, tel un prêcheur devant sa paroisse. Mais Belfort n’est pas non plus Elmer Gantry. Sans parler que Scorsese, comme à son habitude, choisit un des acteurs les plus insipides de sa génération, convaincant, seulement, quand lui aussi, doit refaire du réchauffé, à savoir s’imiter dans Gilbert Grape[2]. Le personnage de la première femme de Belfort passe globalement à la trappe, alors que Scorsese la traite dans une ou deux scènes comme si elle était au centre de l’histoire. Le meilleur pote est tout aussi ridicule, comme le personnage de Jean Dujardin, toujours aussi peu convaincant dans tout ce qu’il fait…

Le film n’échappe pas non plus à la vulgarité. Orgie de nibards, de coke, de fellations ou de baise… Quel intérêt sérieux ?…

Est-ce que Scorsese dénonce la vulgarité de son personnage ? Certainement pas. On pourrait douter de ses intentions, mais celles-ci ne se voient jamais à travers un récit. Il est donc dangereux de vouloir traiter un tel sujet en prétendant ensuite jouer le second degré, à l’image de Tueurs nés[3]. Quand on fait un film sur la violence, on prend le risque de faire juste un film violent. Quand on fait un film sur la vulgarité, on prend le risque d’être juste vulgaire. Question de mesure à chaque fois, d’interprétation. Mais Martin Scorsese ne cesse jamais ici d’être dans l’excès. Difficile de penser qu’il ne se serait pas laissé prendre à son propre jeu…

Même épandage grossier dans les images, le montage, les extérieurs, pour en foutre plein les yeux aux spectateurs. On pourrait y attendre au bout d’un moment un petit regard cynique, désabusé, critique quoi… non, non, tout ça était bien au premier degré. Quand je dis qu’on est resté aux années 80, c’est bien ça. La référence ultime du film, c’est même la Ferrari blanche de Miami Vice… Oui désolé, c’était déjà bien ringard à son époque, mais vingt ans après, rester à cet étalage puant et grossier, ça aide pas à me rendre le film sympathique. Je crois même qu’à la fin du film sur la vie de la Madame Claude de Hollywood, Heidi Fleiss, elle arrivait au moins à attirer la sympathie. Ici même pas. La fin est claire : je n’ai aucun remords, et on me paie même pour donner des séminaires et continuer à prêcher la bonne parole. On aurait tort d’y voir une conclusion cynique. C’est bien un happy end qu’on nous présente là. Non seulement le message est puant, mais Scorsese n’y apporte même aucun second degré pouvant laisser place au doute. Si ce n’est de la maladresse, c’est de la connerie. Et c’est en tout cas bien ce qu’est le film : con, très con.

Quand j’y pense, depuis Casino, ce qui est le plus vulgaire chez Scorsese, c’est son casting. Sharon Stone déjà… Ensuite, continuer toute sa filmo avec un pseudo rital de Los Angeles, je le peux encore moins. C’est comme si Spike Lee décidait de supporter du jour au lendemain les Lakers ou Woody Allen mettait en scène un film sur Sunset Boulevard. À chaque fois que je vois Di Caprio, je ne vois pas un adulte, encore moins un dur, encore moins un rital, encore moins un homme. Je vois un bellâtre sorti de Santa Barbara après avoir passé l’âge de jouer les jeunes premiers. (Pas un plan où on peut respirer, c’est gavant.)

Une nouvelle raison de ne pas plus m’aventurer dans ces films merdiques qui non seulement sont incapables d’inventer quoi que ce soit, mais qui en plus ne savent faire qu’une chose, reproduire en vrac les vieilles recettes d’autrefois.


[1] Wall Street

[2] Gilbert Grape

[3] Tueurs nés

Wall Street, Oliver Stone (1987)

Wall Street

Wall StreetAnnée : 1987

Réalisation :

Oliver Stone

7/10  IMDb

Vu en mars 2011

Listes :

MyMovies: A-C+

C’était fort de faire un film aussi rapidement juste après la révolution néolibéralisme de l’ouverture des marchés boursiers dans les 80’s. Preuve qu’on voyait déjà que c’était pas très éthique cette histoire. Aujourd’hui on sait que c’était même pire que ça (même si la crise qu’on a connue découle surtout des nouvelles magouilles nées après l’éclatement de la bulle internet, mais déjà l’accentuation du marché totalement libéralisé, sans contrôle). Pourtant dans le film ça finit bien, la COB découvre le pot aux roses. Ça parait un peu idéaliste aujourd’hui.

Michael Douglas est génial dans ce rôle de pourri extrême. Le libéralisme, c’est la liberté d’assumer qu’on est un gros connard. La morale est facile : on accepte de se faire du blé sur les autres jusqu’à ce qu’on soit à son tour victime des requins… Mieux que rien. Film d’initiation. Le bébé perdu entre la voie du bien et du mal, entre ses deux pères. Facile mais nécessaire. Et surtout monté d’une manière à ce qu’on ne s’ennuie jamais durant le film. Très plaisant.