La rousse et le cinéma vérité

Le cinéma vérité, c’est parfois comme les discussions sur les forums de cinéma

— Je t’avais demandé une blonde. Celle-ci n’est pas blonde, elle est rousse !

— Je t’assure qu’elle est blonde. Elle l’était en tout cas la nuit dernière, je peux te le certifier.

— Je me fous de connaître la couleur de son minou. Je veux une blonde pour mon putain de film !

— Oh, ça va, c’est même pas un film, c’est un TÉLÉfilm… Et techniquement, elle est blonde. On peut la teindre en blonde si tu préfères. Elle sera blonde. Mais je ne voudrais pas que le spectateur se méprenne… Voir qu’elle est teinte en faisant croire que c’est une fausse blonde alors que c’en est une vraie… J’ai vraiment peur que la méprise ne passe pas.

— Je m’en fous ! Teins-la en blonde.

— Mais, elle EST blonde…

— Je veux une blonde !

— Non. Tu veux qu’elle ait les cheveux blonds. Parce que sinon, c’est une blonde qui s’est momentanément égarée et qui se trouve aujourd’hui avoir une chevelure rousse.

— Donc elle est ROUSSE !

— Écoute, je te propose de t’en assurer toi-même. Elle n’est pas difficile.

— Je me fous de son minou, je veux une rousse !… Une blonde, je veux dire !

— D’accord, mais si tu n’acceptes pas mes arguments, alors que je t’assure que c’est, effectivement, naturellement, et pleinement, une blonde…

— On va lui demander…

— … et mes fesses, dis, tu les trouves comment mes fesses…

— Pardon Ingrid, tu ne connais pas encore Jacques, réalisateur. Jacques ne me croit pas quand je lui dis que tu es blonde.

— Ah mais non, je suis rousse. Voyons, Christophe, tu ne sais plus reconnaître une blonde d’une rousse ?

— Non mais Ingrid, en vrai, tu sais…

— Ah… Mais oui. En fait, je suis brune. Une vraie brune !

— Comment ?! mais…

— Oh ça ? Eh bien, je les teins aussi. Je sais ce qu’on dit. On me taxe souvent de blonde. C’est en fait une méprise.

— Très bien, et si je vous demande de vous teindre les cheveux, là maintenant, en blond, vous acceptez ?

— Bien sûr !

— Vendu.

— D’accord, mais en fait c’est une brune…

— Oh, mais voyons Christophe, pour un film, ça importe peu.

Voilà, la réalité, ça importe peu. Vive l’absurde. Au cinéma, ce qui compte, c’est ce qu’on y voit, pas ce qu’on « est ».



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