Tu rêves serein, et tu es — pour toujours.
Le soleil apparaît à l’horizon. Ses rayons empourprés enflamment au loin un bois tremblant. Il grandit dans le ciel. La marche folle du temps suit son cours.
Je ne suis que ce que je vois. Des chemins enlacés. Un parc… Les traces perdues de mes pas oubliés. Je suis comme le vent qui souffle les feuilles dans les arbres, comme une mer reflétant dans la vague nouvelle l’érosion échouée de ses grains déchiquetés.
Le jour revit. À rebours. Le temps a oublié son destin sur une rive du passé. Une lumière continue claque sur la terre. Le néant souverain couronne la mort fraîche et brillante ; il respire l’air condamné qui tourbillonne : ses rayons obliques se propagent, errant paresseusement sur le monde des vivants. Je suis mon chemin en rêvant de ma vie perdue, parcourant telle un fantôme du soir la pente des collines. Le temps est doux. Il y a peu de monde, l’atmosphère est calme.
Voilà un enfant qui remonte en courant vers le parc et qui se pose sur un talus en bordure du chemin. Sa mine est sévère, son expression de mécontentement est encore la preuve de l’injustice malvenue dont il est la victime. Il se renferme dans une rébellion boudeuse ; la moue qui pèse sur sa lèvre et qui remonte en grimaçant, les rayons obliques de fin de journée qui échouent sur lui, produisent sur son menton une ombre qui le fait paraître plus vieux que son âge. Il ne veut pas rentrer à la maison. Pourquoi faudrait-il arrêter de jouer dès la nuit tombée ? Ses parents sont devenus de vieux enfants blasés et cyniques regrettant cet âge perdu de l’éveil ; alors ils se vengent et refusent à leur progéniture les joies des jeux dont ils se privent eux-mêmes.
Mais pour lui, le temps qui passe et l’habitude des années ne corrompront jamais les petits plaisirs de la vie.
C’est du moins la promesse qu’il se fait alors.
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