Ai-je fermé les yeux, autrefois, comme le font les illuminés pour concentrer leur attention sur les plaisirs de la contemplation ?
Le rivage. Sa vue me réconforte, sa fraîcheur m’apaise. Il est pour mon âme endormie le repère incertain qui frémit.
Je reconnais ce pays, c’est le mien… Et ces deux êtres frêles qui s’attendrissent à l’abri d’un bosquet de la rive d’en face, êtes-vous les témoins de mon errance ?
Le vent fait naître une houle dans le houppier des arbres, les nuages chassent lourdement le ciel. Dans le silence, l’éternité se dévoile. Des rayons obliques percent la nuée et s’enfoncent dans des brèches miraculeuses. L’atmosphère s’enrichit un peu plus de lumière. Et au milieu de tout cela, je vous vois, vous, phare ultime d’un monde perdu au milieu des rêves, enlacés l’un dans l’autre, semblant dormir dans le lit de la vie.
L’enfant tient entre ses mains ta tête éteinte. Vous vous examinez. Tu sembles déjà amère de le perdre ; et lui demeure impassible.
Un gouffre, noyé dans une lumière ardente, s’est creusé en moi. La lumière est partie, le gouffre est resté. Mais il faut laisser l’indicible mouvement de la vie se remettre en marche. Son reflet brisé ondule sur le lac qui sait ; une quête sous-jacente commence.
Je dois apaiser le feu de mes interrogations : il y a là un songe qui vient à l’improviste et qui sollicite un peu de vice pour ranimer la flamme de son désir perdu. C’est le rêve de la conscience. Il est perdu mais il réapparaîtra : laissons-le bouillir dans son orgueil, ignorons-le.
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