Notes de visionnage 2020

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Janvier – avril 2020

Portier de nuit, Liliana Cavani (1974)

Bluffé pendant une bonne partie du film. Si le scénario n’est pas sans défauts, la mise en scène est souvent remarquable. On sent malgré tout une grosse (voire trop grosse) influence de Visconti (Mort à Venise notamment avec des zooms, une caméra mobile sur axe, des séquences qui semblent même chercher à reproduire certaines ambiances), et des détails, des choix, qui sépare les metteurs en scène de talent et les génies. J’étais tout à fait près à m’en satisfaire, malgré un sujet plutôt glauque, mais bien amené, une sorte de Salo qui ne donne pas envie d’aller vomir. Une vraie opposition, une fascination allant crescendo en comprenant ce qui lie les personnages et ce qu’ils sont prêts à accepter l’un de l’autre. Et puis la longue séquestration occupant pour ainsi dire tout le troisième acte, mais qui est trop répétitif, attendu, sans plus aucune révélation qui jusque-là nourrissait notre attention… tout ça fait que ce finale est raté et gâche le reste. Mais ça reste brillant, avec des acteurs au-dessus de tout : Dirk Bogarde, comme à son habitude (ce n’est pas un acteur qui vous plonge dans une sympathie folle pour lui, il peut parfois proposer des expressions inutiles — il commente ce qu’il fait, ce qu’il pense —, mais il est précis, juste et donne pas mal à voir), et Charlotte Rampling est époustouflante dans un rôle très difficile qui se met à nu et qui se donne à un niveau auquel peu d’actrices pourraient s’élever (et pourtant, elle non plus n’inspire pas la plus grande des sympathies).

The Maze, William Cameron Menzies (1953)

Expérience plutôt désagréable en 3D (restauré). Je ne comprends toujours pas l’attrait de ce procédé. L’histoire est mauvaise, les acteurs sans vie, les effets spéciaux ridicules. Et je me suis fait outrageusement draguer par une fille un peu folle (nouvelle entrée sur la page dédiée au relou aux yeux de velours de la cinémathèque).

Donnez-moi ma chance, Léonide Moguy (1957)

Moguy parle peut-être plus de notre époque que de la sienne, et bien plus que nombre de films actuels. Des hommes malhonnêtes avec du pouvoir qui profitent des actrices pleines de rêves et d’espoir… Comme un air familier. Michelle Mercier est adorable en petite brune potelée, et Nadine de (future) Rothschild moitié nue et déjà bien comme il faut, pour ceux qui rêvent de voir ce que ça ferait de se retrouver propulsés deux générations avant la sienne pour voir ses ancêtres quand ils avaient pas vingt ans…

Le Coppie, De Sica, Monicelli et Sordi (1970)

Le début de la fin de la comédie à l’italienne. Le Réfrigérateur (Monicelli), premier sketch, est navrant dans sa manière de dépeindre des pauvres outrageusement niais.

Action in Arabia / Sabotage à Damas, Léonide Moguy (1944)

Ça pourrait être du Hitchcock ou du Spielberg, mais la faute à quelques coupes étranges sur des acteurs aux réactions semblant presque poussés à jouer n’importe comment, on rate le divertissement parfait. Sans compter qu’avant que l’aventure folle prenne forme dans le désert, les intrigues politiques à l’hôtel international patinent un peu.

Et puis, George Sanders est toujours parfait… dans des seconds rôles, mais je l’imagine mal dans un rôle à la James Bond (journaliste, son personnage aurait plutôt l’habilité d’un agent des services secrets). Toujours le mot qu’il faut, la petite astuce pleine de flegme lui servant à se sortir de la catastrophe, mais on peut difficilement trouver un acteur avec aussi peu le sens de l’urgence. C’est un acteur de salon, pas Cary Grant, capable de sauter du salon, au jardin et dans un avion, le tout avec le peignoir de sa femme sur le dos s’il le faut. Bref, Sanders, c’est James Bond, sans Martini et sans permis de tuer. Qu’il puisse se tirer de situations aussi périlleuses peut laisser sceptique.

Moguy, malgré ces quelques écarts de montage, et avec un budget sans conteste bien ridicule, s’en sort comme il peut.

Un monde nouveau, Vittorio De Sica (1966)

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Conflit, Léonide Moguy (1938)

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Les Grands Magasins, Mario Camerini (1939)

Comme beaucoup de comédies de Camerini des années 30 avec les mêmes acteurs (De Sica et Assia Noris en têtes d’affiche), une forte influence de la comédie romantique américaine. Beaucoup moins slapstick et plus romantique, à quoi s’ajoute ici une intrigue criminelle sur fond de vol organisé. C’est parfois un peu baroque, mais Camerini a un vrai sens du rythme et un parfait savoir-faire en matière de cadrage et de mise en place de ses acteurs. Nul doute que De Sica en n’a pas perdu une miette ; il sera toujours tout aussi efficace et transparent dans sa mise en scène.

Monsieur Max, Mario Camerini (1937)

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Scénario du film Passion, Jean-Luc Godard (1983)

Godard aurait mieux fait toute sa carrière de “montrer” ses scénarios plutôt que de les tourner. Cette sorte de making off d’un film raté se révèle bien plus intéressant que le film même. Comme souvent, Godard est bien meilleur personnage/acteur que réalisateur/monteur d’images qui s’intéresse assez peu à l’histoire et qui n’aime rien de mieux que de perdre son public, s’il ne se perd lui-même. Il parle de métaphores d’ailleurs quand je parle d’aphorismes filmiques, et toute mon incompréhension de son cinéma se situe dans cette différence : j’adore l’écouter parler, parce que c’est un poète qui dit souvent n’importe quoi, mais ce n’importe quoi révèle une recherche constante d’un idéal. Il cherche comme Picasso cherche, et rate, dans le film de Clouzot ; et un artiste qui rate, c’est beau. Le problème, c’est que traduire ses mots, en aphorismes d’images, ça complique déjà la chose, parce que le télescopage des idées est moins évident ; alors quand il dit lui-même comme pour me répondre qu’il use de métaphore, ça explique en quoi je suis si hermétique à son approche. D’ailleurs, tout dans sa méthode de travail avec les acteurs, son sujet, son histoire me rebute. Il n’y a que la technique où il apporte quelque chose, au montage surtout. Mais c’est un peu comme écouter de la poésie russe sans rien y comprendre, ou de la philosophie allemande (quoi que, au moins, je prête bien sûr plus à la philosophie allemande une capacité à dire quelque chose de juste sur le monde, alors que Godard, c’est Godard qui est séduisant à voir dans ses recherches permanentes et vaines).

Les Séquestrés d’Altona, Vittorio De Sica (1962)

D’un côté, il me semble qu’on peut se féliciter de voir une des rares tentatives réussies de ce qu’on peut définir comme une tragédie. D’un autre côté, il faut avouer que l’univers de Jean-Paul Sartre est très particulier, une sorte de mélange étrange entre l’histoire et la fiction avec des implications dramatiques rarement vues ailleurs (à la fois philosophiques, politiques peut-être et historiques), et Vittorio De Sica rend le propos (déjà bien lourd) extrêmement suffoquant. De là d’ailleurs l’impression de voir une sorte de tragédie moderne au cinéma, mais aussi celle de voir un objet hybride inabouti.

À noter quelques jolis mouvements de caméra : cadrage sur une tête sur un côté qui prend de la distance de biais et qui, de ce fait, recadre la tête en son centre, puis un gros plan cadré avec un mouvement centrifuge en cercle autour du visage…

Et, une fois n’est pas coutume, je trouve les acteurs masculins, en dehors de Frederic March, assez agaçant. (Sophia Loren est parfaite.)

Étonnante cette diversité proposée tout au long de leur carrière par le duo De Sica / Zavattini.

Maddalena… zero in condotta, De Sica (1940)

Il y a dans cette Italie d’avant-guerre dépeinte par De Sica une telle absence de la pauvreté qu’on en comprend mieux la nécessité future de trouver un air nouveau. La rue est quasi absente. Pourtant, on navigue ici entre Lubitsch et Decoin, et la maîtrise de De Sica est déjà impressionnante. Toujours d’inspiration vaudeville, voire des films de pension (Claudine à l’école, Jeunes Filles en uniforme).

Le quiproquo s’étale magistralement dans le dernier acte, les deux Viennois croyant se disputer la même fille, et la jeune fille en question faisant les tourner en bourrique dans le secret espoir de voir son professeur tomber dans les bras de son prince…

À noter une tentative assez réussie du passage, au moins pour une scène, à un son direct (bel exploit quand on connaît l’appétence des productions italiennes pour la post-synchronisation). (Une tentative semble-t-il réussie puisque d’autres films du début des années 40 seront tournés en son direct.)

Rose scarlatte, Amato & De Sica (1940)

Vaudeville galant sur fond de quiproquo conjugal. Très bien ficelé, un peu entendu mais plaisant. Excellente Renée Saint-Cyr dans un rôle difficile. Un Jean Davy au doublage. Et des téléphones… noirs.

1917, Sam Mendes (2019)

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Le Signe de Vénus, Dino Risi (1955)

Des hommes irrémédiablement goujats et trompeurs ; des femmes honnêtes et victimes. Voit-on des comédies aussi féministes aujourd’hui ?… La distribution est folle. Sophia Loren, Vittorio De Sica, Alberto Sordi, Peppino De Filippo, Raf Vallone…

Il boom, De Sica (1962)

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Due cuori felici, Baldassarre Negroni (1932)

Le deuxième film du jeune Vittorio De Sica. Bien moins convaincant que le premier (voir plus bas), pourtant De Sica joue un personnage qu’on pourrait penser correspondre plus à son emploi. Problème, s’il est un garçon de bonne famille, bien éduqué, forcément charmant, il joue surtout un Américain venant rendre visite à des employés à Milan. À lui, on ne lui a pas demandé de jouer les bègues, mais à prendre un accent anglais ridicule et à chercher ses mots en italien. Pour le reste, un vaudeville bourgeois romantique très poussif, le quiproquo de départ étant tiré par les cheveux et faisant du super-place. On est pas loin de sentir déjà dans ce genre de petits films bourgeois l’embryon de ce qui deviendra les « téléphones blancs » (seconde moitié de la décennie).

Passion, Jean-Luc Godard (1982)

Si Sauve qui peut (la vie) pouvait séduire parce qu’il y avait un semblant d’histoire, celui-ci, le suivant chronologiquement patine à ce niveau et ne cherche même pas à faire semblant. Godard n’a rien à raconter, donc il nous dit « merde, je sais qu’il n’y a rien dans ce film, d’ailleurs, je vais juste en faire une mise en abîme ».

Pour le reste, parmi les cauchemars des acteurs, on trouve : tourner à poil, tourner dans une autre langue que la sienne, jouer un bègue. Eh bien, Godard arrive à tout mettre dans le même film. Le plus effrayant, c’est de voir ce qu’il fait d’une des meilleures actrices de sa génération, Isabelle Huppert. On sent à chaque seconde le malaise d’une actrice qui voudrait être ailleurs et qui sait à quel point ce qu’on lui demande est non seulement ridicule mais la rend mauvaise. Aucun acteur ne peut être crédible en bègue. Et si on n’y arrive pas, si on a au moins encore un peu de respect pour lui et le spectateur, on accepte le fait de s’être trompé et on arrête de lui infliger ce calvaire.

Les hommes, quels mufles !, Mario Camerini (1932)

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Scandale, Jay Roach (2019)

Dilemme pour les frêles cervelles de ces Miss America biotoxées de Fox News : crier au loup après l’avoir lu ou s’asseoir sur leur dignité.

Consternant : Jay Roach semble expliquer qu’il a filmé la séquence du relevage de jupe avec plusieurs caméras pour éviter à l’actrice de rejouer la scène. Au-delà de l’inutilité de disposer de plusieurs plans, faut déjà se demander si montrer une telle scène a un sens… Cette séquence est peut-être pour moi une des scènes de cinéma les plus vulgaires et les plus inutiles depuis… beaucoup d’autres du Loup de Wall Street (on reste dans les loups et avec cette pauvre Margot Robbie).

Impossible d’adhérer aux déboires de tels personnages. Ces femmes sont antipathiques à un point que j’en ai presque la nausée. Pour paraphraser le titre d’un film où apparaissait également il y a bien longtemps Nicole Kidman : de telles femmes Prête(s) à tout que ça leur retombe sur la figure, j’aurais du mal à pleurer leurs malheurs. Victimes assurément, d’abord de leur épouvantable vénalité qui les rabaisse plus bas que terre : elles tirent bénéfices des sévices et humiliations dont elles sont victimes, aussi et surtout, pour accéder à des postes que des plus honnêtes et des plus professionnelles auraient décroché si la première d’entre elles avait bien fait comprendre à ces porcs qu’il n’était pas question d’accepter leurs propositions ou leurs remarques déplacées. Et quand on en vient à accéder à des postes par simple promotion canapé est-ce qu’on peut encore parler de harcèlement ? Si certains des cas rapportés (et réels) à la fin du film relève du harcèlement, ceux présentés dans le film, s’apparente parfois plus à de la corruption. Même si c’est un supérieur, ton patron, ou la pape qui te demande de baisser ta culotte contre promotion, tu peux encore claquer la porte, ça s’appelle de l’honnêteté et de la dignité. C’est aussi une question de morale : si tu acceptes, ça veut dire que dix derrière toi subiront le même sort.

Et on se retrouve même avec le summum de la vénalité pour des personnages qui n’ont que le fric en vue, à la fin, quand l’une d’elle empoche le chèque contre son silence (elle n’a en plus pas d’honneur puisqu’elle fait bien comprendre qu’elle prend le fric mais ne respectera pas l’accord). Les prostituées aussi sont des victimes. Et je ne vois pas grand-chose d’autre ici.

Il y a en retour, trois secondes de rédemption possible pour le personnage (fictif) de Margot Robbie, quand elle décide de faire ce que la première et toutes auraient dû faire à la première allusion graveleuse : se barrer. À une époque où il est beaucoup question de consentement, il faut être clair : un enfant n’est pas disposé à exprimer de « consentement » face à un adulte prédateur. Un adulte contre adulte ? À des degrés divers, le corrupteur et le corrompu sont fautifs. Si le seul préjudice est porté par la victime, elle porte également une responsabilité morale qui porte atteinte à son honneur quand elle accepte des avances présentées comme un deal. Il n’est pas question d’attouchements par surprise, mais bien de deals. Qu’elles disent non et perdent leur job et elles ont tout mon respect ; qu’elles cèdent aux avances et accèdent à des postes qu’elles n’auraient pas eu autrement, no way. Tout n’est pas noir et blanc, les gros porcs d’un côté, les fragiles victimes de l’autre. Le regard réellement féministe dans cette histoire, on nous le propose jamais : celui des femmes qui n’ont jamais ce genre de promotion, voire de proposition, parce qu’elles ont dit non, ou parce qu’on ne s’imagine pas qu’elles puissent dire non. Il y a une différence par exemple quand on est une femme à décider de venir en jupe au travail, et de se l’imposer parce que c’est le patron qui le demande. Suffit de dire non. Ce genre de filles a-t-il déjà après à dire non ? Non.

Affligeant.

One + One / Sympathie for the Devil, JLG (1968)

Un imbécile est témoin du génie en pleine création, et il regarde ailleurs.

Agence matrimoniale, Jean-Paul Le Chanois (1952)

Il n’y a qu’au cinéma où on voit une agence matrimoniale hériter d’un patron honnête. Bernard Tinder Blier est magistral en algorithme sensible et d’antan.

Exemple parfait des petites comédies de divertissement passant totalement sous le radar des critiques et cinéphiles d’aujourd’hui. Les limites de la politique des auteurs, toujours. Parce que évidemment, c’est théâtral, mais des comédies si bien écrites, si bienveillantes à l’attention des petites gens rongées par la solitude des grandes villes (et pas seulement), qui ne font pas rire aux éclats mais qui vous font sourire tout du long, on en redemande. Il y a des comédies qui ne font pas pouffer mais qui vous rendent tout bonnement heureux, ou béat, le temps du visionnage. On me répondra qu’il n’y a aucun génie là-dedans, et je répondrais toujours alors que parfois le savoir-faire vaut bien le génie. Certains de ces films « sans génie » vous rendent heureux et vous offrent plus de plaisir que vous pourrez en rencontrer en plusieurs semaines d’existence. Et ça, c’est peut-être mieux que de reconnaître le génie d’un auteur. Et puis, pourquoi est-ce que ce ne serait pas être, aussi ça, le génie ? Non pas celui d’un auteur, mais d’une œuvre. Certains chef-d’œuvre naissent de rien et vous touchent au cœur sans chercher à faire autre chose.

À croiser avec Ils étaient neuf célibataires de Guitry.

Le Cap de l’espérance, Raymond Bernard (1951)

Polar guindé, mélodramatique, presque assommant à multiplier les séquences statiques, et surtout coupable d’une post-synchro épouvantable (distribution cosmopolite, ça devait être beau sur le plateau). On appelle ça par chez nous des polars, mais à l’international, on commence à parler de plus en plus de French noirs. Pourquoi pas. Celui-ci est pourtant bien anecdotique. Je doute que ce type de cinéma théâtral soit la tasse de thé de Bernard. Feuillère y est même plutôt ennuyeuse, et son avocat manipulateur est interprété par un grand mollasson qui peine à nous convaincre que deux femmes puissent l’aimer en même temps. (J’avais en permanence la voix française d’Anne Baxter dans Les Dix Commandements dès que la jeunette faisait son apparition… Insupportable.)

Roseland, James Ivory (1977)

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Le Gai Savoir, Jean-Luc Godard (1969)

C’est parfois plus amusant de voir les réactions outrées de certains spectateurs que de regarder certains films de Godard. Parce que celui-ci est franchement insupportable. Godard surfe sur la vague contestataire de la fin des années 60, et ce n’est plus beaucoup de cinéma, et plutôt du militantisme. Godard s’essaie déjà à ces habituels jeux de “mots” dignes d’un cruciverbiste amateur ou d’un crypto-psychanaliste. Un peu de prétention, beaucoup de bêtise en barres. Y a peut-être pas plus idiot qu’un garçon jouant de collages et venant prétendre que ces « collages des attractions » ont un sens. Heureusement, le film est parsemé de quelques fulgurances d’autodérision ou de simples fantaisies. Mais c’est peut-être ça le problème de Godard, c’est qu’il prend bien trop au sérieux ses collages enfantins.

Shakespeare Wallah et The Householder, James Ivory

Ces deux premiers films de James Ivory me laissent sans voix. Je ne m’attendais pas à ça. De Ivory, je ne connaissais que le cinéma très à la mode dans les années 80 et les années 90 (peut-être un peu oublié aujourd’hui). Pourtant, il a commencé par deux films étranges tournés au Bengale avec une équipe qui lui restera longtemps fidèle (et qui seront donc responsables en partie des films plus connus de son âge d’or). The Householder est clairement un film tourné à la Satyajit Ray, mais c’est fait avec quasiment le même génie. C’est terriblement conservateur, la morale du film pouvant être « tout finit toujours par s’arranger dans un mariage arrangé », mais voilà, c’est beau, et ça, aucune idéologie ne peut y résister. 

Shakespeare Wallah s’ancre peut-être plus dans ce qui deviendra la marque des films futurs de James Ivory : une jeune actrice anglaise officiant avec ses parents acteurs depuis toujours en Inde qui s’éprend d’un Don Juan local. Comme pour le premier, c’est dans les détails de la mise en scène que Ivory se montre particulièrement doué. Ce n’est pas seulement dans la construction des plans, mais dans la gestion des temps forts. On devine un excellent directeur d’acteurs. Avec pour paradoxe, un phénomène que j’ai rarement rencontré, mais qui peut arriver avec des acteurs faits essentiellement pour la scène : chez certains acteurs, si tout le jeu facial, émotionnel ou de corps est savamment étudié et signifiant (chaque geste semble être pensé pour caractérisé son personnage), la diction n’est pas toujours très juste. L’ironie par exemple, c’est que l’actrice jouant une célébrité de Boolywood, jouant par conséquent des scènes ridicules dans ses propres films, joue admirablement bien les séquences « naturelles ». Et cela alors même que son rôle est à la fois ingrat et difficile à jouer (rôle de femme jalouse, vulgaire et possessive). Celle qui lui fait face, la jeune Felicity Kendal, me paraît beaucoup moins juste dans ses intonations, mais est toujours parfaite dans ses expressions… Le sujet semble d’ailleurs inspiré par ses acteurs, vus que les trois acteurs « européens » de la troupe sont parents dans la vie. Les histoires les plus curieuses prennent parfois leur origine de la réalité…

Merveilleux.

Céline et Julie vont en bateau, Jacques Rivette (1973)

Quand je dis qu’un directeur d’acteurs doit éviter de laisser trop de liberté à ses acteurs, il y a une exception : quand c’est pour laisser tout loisir à leur imagination et à leur fantaisie.

C’est tout de même assez allumé comme film. D’une construction  la limite de l’expérimental, parfois certes ennuyeux, mais la créativité est là. Amusant aussi. Un bijou pour des acteurs qui peuvent s’en donner à cœur joie dans tous les registres.

Judex, Feuillade (1916)

De ce que je me rappelle des précédents serials, celui-ci est mieux maîtrisé dans son découpage, encore qu’on est souvent étonné dans ce domaine. Si l’histoire est pour le moins rocambolesque, avec une flopée de coïncidences heureuses qui ne passeraient plus aujourd’hui (ou pour le Judex hommage de Franju), l’intérêt est à trouver moins dans les personnages de Judex (ou de son frère, particulièrement transparent), que dans le personnage opposant de Musidora, peut-être plus présente encore que dans Les Vampires, et surtout l’incarnation typique (et fantasmé) du mal féminin. La vamp. Les deux personnages humoristiques de la série ne sont pas en reste : Cocantin et môme Réglisse sont d’autres atouts merveilleux pour le film.

Génération perdue, Joel Schumacher (1987)

En dehors du Dracula de Coppola, je dois avouer que c’est probablement mon film de vampires préféré. Un film de ma génération que j’ai pourtant raté lors de ses (probablement multiples) diffusions à la télévision. J’avais été très impressionné (si, si), par son film suivant, L’Expérience interdite. Ici, le film est drôle sans être lourd, et typique des films de teenagers dont le ton avait été imposé par Spielberg. Un genre de films avec de vrais ados qui semble avoir laissé place à des Marvel et compagnies dans lesquels on ne voit plus que des acteurs bodybuildés. Chaque génération perdue a sa croix. Moi c’était les coupes de cheveux relevées façon brushing ou les vêtements trop larges et colorés…

Une vie cachée, Terrence Malick (2019)

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Cuban Network, Olivier Assayas (2019)

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Judex, Georges Franju (1963)

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Les Mains sales, Fernand Rivers et Simone Berriau (1951)
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