Heimat, Edgar Reitz (1984)

Les Mouches

HeimatHeimat, Edgar Reitz (1984)Année : 1984

7,5/10 IMDb iCM

Réalisation :

Edgar Reitz

Listes

MyMovies: A-C+

Il y a quelque chose qui donne le vertige dans Heimat. Un de ces vertiges qui nous font prendre conscience tout à coup que nos existences ne valent rien. On le sait pour avoir entendu tous très tôt des vieux nous dire « tu verras, quand tu seras plus vieux, tu comprendras… ». Et on comprend jamais. Savoir n’est pas comprendre. Le privilège de la jeunesse, c’est bien ne rien comprendre, de se croire important, invincible. Parce qu’on s’agite comme des mouches. Certaines partent au loin pour découvrir le monde, d’autres restent où elles sont nées, mais toutes finissent de la même façon, à s’enfermer dans une pièce et à tourner comme des connes à attendre de tomber. On ne vaut pas mieux qu’elles : on vient, on repart, sans avoir fait le moindre bruit, et ce qui reste de nous, ce ne sont que nos misérables chiures. On peut bien s’échiner à vouloir foutre des plaques commémoratives un peu partout pour qu’on se rappelle de nous, ou finir sous la dernière d’entre elles avec notre nom au milieu de milliers d’autres, les chiures ne parlent pas, ne vivent pas. C’est de la mémoire en carton. On les gratte, et elles aussi disparaissent, comme cette statue inaugurée en grande pompe après la guerre de 14-18 et qu’on déplace sans ménagement cinquante ans après parce qu’elle est vilaine et fait tâche au milieu de la place du village… Des chiures, des chiures, toujours des chiures.

La série met un peu de temps à se mettre en place. Je pense même pouvoir dire que l’ensemble vaut bien mieux que les épisodes pris séparément. C’est qu’au début, tout est anodin. Des amours, des bisbilles, des ambitions, des échecs, et la guerre, partout et nulle part, parce qu’on ne la voit jamais que quand on apprend la nouvelle de la mort d’un membre de la famille, ou un voisin, ou quand un autre revient au village. Et puis, au fil des épisodes, on s’attache à ces trois protagonistes principaux, ces mémoires vivantes, qui enregistrent tout pour eux seuls, ne restituent rien, ou presque (c’est la magie des histoires que nous pouvons, nous, raconter), et qui crèveront au milieu des chiures et des bulles de savon. La plus évidente d’abord, Maria, qui pourtant ne devient le personnage principal qu’à partir du second épisode (voire jamais en fait, c’est juste le personnage le plus récurrent, et pour cause, puisqu’elle seule hantera jusqu’à la mort ces mêmes lieux). Puis le village donc, et plus particulièrement la maison familiale qui ne bougera pas d’un pouce en trois quarts de siècles (c’est que des chiures de mouches, elle en a vus, puisqu’elle a trois siècles, elle ; ça donne le vertige, et pourtant, on n’en voit jamais qu’une petite parcelle… humaine). Et enfin, le voisin célibataire, le mec bizarre, toujours bien accueilli chez les Simon, dont on saura finalement très peu de choses, sinon le principal : né la même année, et que le siècle, que Maria, il mourra finalement peu de temps après elle, tout comme elle, il n’avait jamais, lui, quitté le village, tout comme elle, il aurait pu raconter toutes les histoires de chiures de mouches du village, et c’est bien pour cette raison (une des meilleures idées de la série) qu’il est, lui le solitaire inamovible, le narrateur de ce récit multi-décennal. Pour lui, le dernier épisode, se permettra quelques écarts puisque lui qui assistait toujours aux activités du village (un peu comme le type qui apparaît dans chacun des épisodes du Décalogue de Kikislowski), voilà qu’arrive enfin son triste instant de gloire, à l’image de sa vie : à l’heure de rendre l’âme, il rencontrera tous les habitants qu’on a croisés au cours de sa vie ; et à sa mort, aucun éclat, on dira juste qu’il vaut mieux le mettre à l’écart pour ne pas gâcher la fête du village… Une encyclopédie humaine vient de disparaître, et c’est toute la mémoire du village qu’on écarte de la main comme on le fait avec une mouche. Cachez cette chiure, on vaut mieux quelle… Oui, pour combien de temps ? Maria n’avait eu qu’un peu plus de considération, mais déjà l’histoire était tout à la fois cruelle et juste, puisqu’au moment de la procession, un orage s’abat sur le village, et on abandonne son cercueil au milieu de la route en attendant que ça se passe. Le temps passe, les mouches s’abritent, puis elles s’agiteront à nouveau pour savoir si leurs chiures sont plus belles au printemps… « Dans le vain, la vérité », comme se la pète Otto, un jour, pour séduire sa Maria. Les mouches, quand ça fait pas encore des chiures, on les sent déjà péter.

Et Maria, pourtant, avait déjà tout compris : quand son fils croit lui faire plaisir en lui offrant une télévision couleur, elle n’en veut pas. « C’est pour pas que tu t’ennuies ! » Mais non. Maria, ça fait presque un siècle que son connard de mari l’a quittée pour Detroit, USA, alors elle sait comment se tenir compagnie : en se promenant le soir dans les rues du village et regarder tous ces vieux accrochés à leur télévision comme à une branche avant de tomber pour de bon. Pour elle, elle est là la solitude. Et peut-être même qu’elle se sentirait moins seule si sa belle-sœur ne lui avait pas mis dans la tête, l’idée de vendre sa vache pour se payer un séjour en Floride. Peut-être même qu’elle serait moins seule, si ses mouches à elle ne s’éparpillaient pas aux quatre coin de la brousse après avoir découvert le pet à réaction. Oui, parce que c’est beau le progrès, on se marie même par téléphone !…

À partir de l’avant-dernier épisode, toute la série prend son sens, tragique, cruel, presque philosophique (les mouches toussa), et c’est en effet plutôt déprimant, de faire le compte, comme les petits vieux, de tous ceux qui sont morts. Alors, on regarde les pierres, les murs, les chemins, et on se dit que si les mouches passent, tout cela reste. Et ça fait quelques centaines de millions d’années que ça, ça n’a finalement pas tant changé… Mais les mouches ne peuvent jamais voir que des chiures de mouches. Ces espaces, ces terrains, ces maisons, on les partage avec d’autres mouches, qui elles aussi ont déposé leurs chiures un peu partout, des chiures censées rappeler leur mémoire et que personne ne sait lire. Parce que c’est con les mouches. Et que les chiures, c’est pas éternel. Ah oui, contemplons nos murs, nos chemins, parce que s’ils ne disent rien, ils en savent plus que nous. Et quand on y dépose avec emphase nos chiures préférées, il faut comprendre qu’il n’en restera bientôt rien. Un portrait, une plaque commémorative, une tombe, tout ça fait bien joli, mais on gratte et ça disparaît aussi sec comme une bulle. Les pierres, elles, portent les chiures de la terre, et leur mémoire est plus vivante que la nôtre.

Petite note d’espoir pour finir, tout de même (je ne suis pas une raclure de chiure). S’il ne fallait garder qu’un épisode, ce serait celui dédié à l’amour interdit du jeune Hermann. C’est un peu un film à l’intérieur du film puisque cette histoire aurait pu parfaitement faire l’objet d’un film indépendant.

P’tit Quinquin, Bruno Dumont (2014)

Grimace de l’assassin

P’tit Quinquinbon baoh on y vaAnnée : 2014

Réalisation :

Bruno Dumont

Avec :

Alane Delhaye
Lucy Caron
Bernard Pruvost

8/10 IMDb iCM

Listes :

MyMovies: A-C+

Lim’s favorite comedies

Films français préférés

Absurde et grotesque. Derrière le rire, la nature de l’humanité dévoilée…

L’humour, c’est parfois aussi le grain de sable qui ramène à la réalité du derrière. Celui qui fait tomber les masques, avec la bienveillance ou l’immunité du fou. La caricature dévoile le réel, inverse les rôles, se moque des usages et des positions pour pointer du doigt, avec douceur et subtilité, les petits maux qui nous accablent, nous agacent, nous chagrinent ou nous révoltent.

L’humour a encore un sens. Celui, littéralement, de dédramatiser, de démystifier, le mal, la peur, la haine, peut-être pour nous aider à mieux appréhender ce qui nous tend. Comme c’est étonnant, le rire détend de tout.

P’tit Quinquin, en somme, c’est Tati déconstruit, remâché, vomi par David Lynch. C’est une savonnette qui se fait la malle (le désordre) et qui ne cesse de rebondir, en jonglant de paumes en paumes, sans jamais tomber à terre (l’ordre).

Parce qu’il y a de la grâce dans ces gueules cassées. Une grâce touchante, évidente, simple. Celle des gens simples, celle qui ne s’encombre pas de semblants, celle des enfants qui s’étreignent par amour et un peu par une sagesse que leurs parents ignorent, ou celle encore d’un commandant de gendarmerie tout heureux de réaliser un rêve d’enfant en montant sur le canasson d’un suspect.

La grâce des petits riens, oui. Et un bel hymne à la bêtise — pour ne pas dire à la contemplation de la bêtise. La fin des exigences d’un monde sans humanité. L’humanité, c’est l’empathie à l’égard du prochain, en particulier à l’égard des plus faibles, des plus stupides, des plus incompétents et des plus cons. Oui, on peut être un brin con, incompétent, bizarre, et peut-être même totalement dingue… et alors ? On n’en reste pas moins un homme. Le ou les criminels courront toujours, parce que le mal, c’est un peu celui qui rôde en chacun de nous, celui qui juge, qui exige, qui fraude, qui trompe, qui profite… La menace est là, alors peu importe qu’il y ait un coupable et qu’on trouve une résolution finale à ces histoires. Parce que tuer le mystère ferait en quelque sorte qu’on soit soulagés d’y trouver un coupable, et forcément, à travers sa salle gueule de bon coupable, on l’aurait juré « ça ne pouvait être que lui, le salaud », et on se serait alors détournés de l’empathie que force le film et son humour. Pour faire preuve d’intelligence, il faut parfois se forcer, mais parfois aussi, pour rester simple et un peu con, voire béat, naïf face au monde, c’est tout aussi dur. Le droit à la connerie.

L’adjoint y trouverait la plus simple et la plus évidente des philosophies. Une sorte de contemplation béate, et vide, de l’instant qui passe… ou du criminel qui fuit. Comme une forme de renonciation molle de comprendre l’inexplicable, l’inexcusable. L’esprit français en somme, l’autre côté résigné du Français qui s’égosille de tout. La traduction absurde du mono no aware japonais, comme le cérémonial qui tout à coup se détraque, comme un chat serein qui pète, comme une bouilloire qui siffle… et qui tout à coup bégaie et se tait. Dumont parle de tragique-comique, je préfère y voir la beauté, la fausse cruauté, la dérision poétique du théâtre de l’absurde.

Alors, tout n’est pas parfait. La maîtrise d’un genre que Dumont découvre déraille elle aussi. Si une grande part de la réussite du film, du ton et de son humour, tient de son casting, certains personnages, féminins notamment, peinent à convaincre. Ce sont les moins grotesques qui sont les moins bien lotis. Si les personnages grimaçants opèrent une transformation bénéfique, comme ceux de la commedia dell’arte avec leurs masques, les plus normaux se retrouvent ironiquement mis à nu dans un délire grotesque qui n’est pas le leur et, tout à coup, c’est eux les intrus, les monstres avec leur masque de quasi-normalité. Si avec des acteurs pros, ou avec une plus grande maîtrise dans l’art de la comédie, on n’y aurait peut-être pas vu tant de décalage, on y voit surtout ici des acteurs mal à l’aise dans une sorte d’entre-deux, entre grotesque et réalité, qui sonne faux. Le tragique-comique dont se réclame Dumont, c’est sans doute une alternance entre l’un et l’autre, et ça marche essentiellement parce qu’il ose. Or la chef majorette ou la journaliste par exemple, voire le maire et le procureur, s’ils ne sont que des faire-valoir, leur normalité sonne tout à coup bizarrement dans ce monde. Dumont a peut-être jugé bon d’offrir un contraste normatif à ses gueules cassées, ou peut-être n’a-t-il pas trouvé le ton ou les acteurs pour cela, quoi qu’il en soit, leurs apparitions font à chaque fois un peu flancher la tonalité générale du film. (Dans la comédie italienne, on retrouve parfois ces personnages “normaux”, pour contraster, avec Cabiria par exemple, ou le Fanfaron de Gassman, mais le plus souvent ce sont des bourgeois, et c’est presque alors toujours l’occasion de tirer vers la satire ; sans compter que la postsynchronisation offrira la possibilité de glisser à nouveau vers un étrange qu’on ne trouvera jamais avec des acteurs amateurs jouant comme ils le feraient dans un film fait maison.)

Il a été beaucoup question de caricature pour définir le film, comme si c’était un défaut. Oui, on n’est pas dans le réalisme, c’est de la bouffonnerie, du burlesque, et tout ça, c’est de la caricature. En quoi est-ce que ça devrait être un problème ? Parce que le film caricature les gens du Nord, les pauvres, les cons, les fous, les handicapés, les racistes ? Ça pourrait être détestable, c’est vrai, si des acteurs pros et des dialoguistes parisiens étaient venus y fourrer leur nez. Mais ici, on a affaire à des acteurs qui se moquent d’eux-mêmes. Ils ne cherchent pas à moquer l’autre, ils se moquent de leur propre bêtise, de leurs excès, ou en tout cas, de ce qu’ils peuvent avoir en eux de caricatural. Ce qui est détestable (et encore), c’est de moquer l’autre, surtout quand il est “petit” ou “faible”. Or, tout ce qu’on retient ici de cette capacité de certains à se moquer d’eux-mêmes quitte à chercher en eux des excès qui pourraient être les leurs, pas ceux des autres, c’est qu’ils sont beaux et sympathiques, aimables et attachants dans leurs bassesses. La caricature sert à faire tomber les masques, mais d’abord ceux qu’on porte soi-même. Se caricaturer soi-même, c’est se mettre à nu, dire à celui qui nous regarde : « Je sais que c’est ainsi que vous me percevez, je ne suis pas dupe, mais vous, êtes-vous bien certains de pouvoir voir au-delà de ce masque ? » Les plus grotesques dans le film, ce sont aussi les plus attachants ; et dans un monde où une bonne part du mépris porté à l’autre tient à la peur ou de la méconnaissance qu’on a de lui, eh bien cet humour ne peut avoir qu’un effet bénéfique.

Maintenant qu’il semble acquis que Dumont nous propose une autre saison, et vu que l’aspect raciste a plutôt été évoqué de manière tragique (et juste), osera-t-il caricaturer les migrants, voire les passeurs, les activistes ou de vrais (pas un mirage) criminels… ? P’tit Quinquin et ses amis, par exemple, sont clairement racistes, et ça n’empêche en rien, pourtant, de les trouver sympathiques. L’humour démystifie, et certains pourraient y voir un danger. Alors, est-ce qu’on trouverait de bon goût de caricaturer migrants, passeurs, activistes et criminels ?… Est-ce qu’on aurait ri si P’tit Quinquin était grand et bastonnait un Noir ? On peut se poser la question, au moins : on juge peut-être à tort qu’un « p’tit nègre » se faisant lyncher comme n’importe quel gosse de son âge, ce n’est pas si grave… On minore facilement les conséquences de ces “chamailleries”, or fort justement, le film nous rappelle que cette cruauté, ce mépris de l’autre, n’est pas moins indolore pour un gosse. Il serait intéressant de voir si la caricature est acceptée dans l’autre sens. On accepte l’incompétence des gendarmes parce que l’assassin reste un mirage (la non élucidation de l’intrigue était très juste) et que les morts s’enchaînent comme dans un jeu absurde et sans conséquences, comme Michel Serrault se regardant se vider, impassible, dans les couloirs du métro dans Buffet froid, un couteau dans le ventre.

Jongler entre rire et drame, chercher à donner un sens au rire, c’est un exercice plutôt périlleux, et je serais en tout cas curieux de voir si Dumont parvient à renouveler ce petit miracle.

Quand homo sapiens peupla la planète, Nicolas Brown Nigel Walk Tim Lambert (2015)

Quand homo sapiens peupla la planète

Quand homo sapiens peupla la planète

Chasseurs-cueilleurs nomades

Année : 2015

8/10

 

Réalisation :

Nicolas Brown Nigel Walk Tim Lambert

Excellente série documentaire faisant le compte des dernières hypothèses en matière d’évolution humaine. La série n’oublie pas d’énumérer les différentes hypothèses ayant eu cours ces dernières décennies riches en découvertes et en controverses. Une manière d’insister toujours plus sur les incertitudes liées à ce domaine. La génétique depuis quelques années par exemple vient bousculer pas mal de certitudes et oblige les anthropologues à imaginer des hypothèses nouvelles. Les incertitudes étant nombreuses, la série traduit bien l’idée qu’à chaque découverte c’est potentiellement tout un ensemble de connaissances qui pourrait être remis en cause. On en est plus à chercher un hypothétique chaînon manquant puisque l’état actuel des connaissances va jusqu’à remettre de plus en plus en question (ou mettre en garde contre les facilités) les traditionnelles catégories. Quand longtemps il était pratique de penser que l’homme moderne et homo sapiens, c’était la même chose, que l’homme de Neandertal était un cousin archaïque, la génétique vient y mettre son grain de sel en soulignant qu’il y a un peu de lui en nous. Aucune des précédentes hypothèses expliquant alors la disparition de notre cousin n’avait pu convaincre (la plus convaincante étant probablement celle rappelant le caractère plutôt endémique d’une “espèce” dont le territoire ne cessa de diminuer face à l’inexorable avancée des populations “migrantes” d’homo sapiens — l’hypothèse n’est d’ailleurs pas totalement contradictoire avec l’hypothèse actuelle, et d’autres « espèces d’hommes », en Asie, ont subi le même sort). La série illustre donc l’hypothèse selon laquelle, la réussite d’homo sapiens, et son exclusivité, est surtout due à une hybridation. L’homme moderne serait donc le résultat d’un “phagocytage” des diversités humaines au profit d’une seule espèce (c’est amusant d’ailleurs de constater que dans d’autres domaines cette idée fait son chemin, ainsi en immunologie où il est admis que les mitochondries ont une origine exogène ; faites la symbiose pas la guerre…).

Reste une question de pur vocabulaire à laquelle on ne peut résister en voyant la série. En principe, les hybrides sont stériles. Si donc on considère l’homo sapiens et Neandertal comme deux espèces distinctes appartenant au même genre homo, et qu’on accepte l’idée qu’une hybridation soit possible, le résultat de leur union devrait rester en principe stérile. Cela ne fait qu’embrouiller les lignes entre espèces, sous-espèces, hybrides et… races. Parce que s’il n’est plus question depuis longtemps de parler que d’une seule race humaine actuelle (non pas par souci du politiquement correct, mais parce que l’idée de race appliquée à notre espèce ne tient sur aucune base scientifique), on pourrait se poser la question de la pertinence de parler cette fois de races pour certains groupes humains plus ou moins archaïques dont Neandertal. La série préfère toujours le terme d’hybridation au lieu de celui de métissage (utilisé qu’une ou deux fois il me semble) et la question aurait au moins dû être relevée. Au final, on a l’impression qu’on évite de se mouiller dans un débat certes très actuel mais auquel la science ne peut pas s’exclure. Au risque de laisser traîner de fausses vérités, il n’est jamais vain d’exprimer des incertitudes, au moins pour mettre en garde contre la facilité des jugements. La série illustre bien que tout dans ce domaine n’est question que d’hypothèses, et que celles-ci évoluent au fil des connaissances, impliquant de fait l’idée, et la précaution, que le principal est encore à découvrir. Il n’aurait pas été inutile alors, de souligner comme c’était fait pour le reste, la difficulté à traduire en termes forcément réducteurs une réalité toujours plus ambiguë et difficilement appréciable.

Pour le reste, chaque épisode s’attarde sur la migration des “hommes” continent par continent. Le premier épisode effrite un peu l’image d’une “genèse” toute faite avec un berceau africain unique. Viennent ensuite les rencontres probables entre sapiens et ses “cousins” (Denisova, Neandertal) avec l’idée toujours pas très bien mis en scène (le problème des docu-fictions) de rencontres à la fois anciennes, relativement proches du « berceau africain » (l’exemple du site israélien). Les reconstitutions sur ce point me laissent souvent très perplexes : on y voit des groupes censés appartenir à des groupes différents se rencontrer comme sur une autoroute, or c’est mettre ainsi des événements particuliers, rares et grossiers qui donnent une mauvaise idée d’un contexte. Quand les rencontres se font sur plusieurs générations, cela se fait sans doute plus pas à pas sans “rencontres” « bonjour je suis la Eve sapiens » « bonjour, je suis l’Adan Neandertal »… Plus probable que des “tribus” cohabitent en voisin, apprennent à commercer ensemble, puis à se mélanger (l’idée de conflits tournant en lutte de “clans” ou « d’espèces » est toujours possible, mais on pense qu’on en aurait alors des traces — inexistantes en l’état des connaissances actuelles, ce qui pourrait de toute façon être difficile à prouver par exemple si les “hommes” pratiquaient une forme jusquauboutiste d’anthropophagie : « Eve, finis ton bol veux-tu ? il te reste un peu de poudre d’os de crâne ! Honore les dieux qui ont aidé ton père a le tué ! Finis ! »). Il aurait été plus significatif à mon avis de montrer les deux groupes dans leurs habitudes relationnelles quotidiennes sans avoir conscience d’être des “espèces” distinctes, mais des tribus ou des clans différents. Dans le dernier épisode par exemple, cette idée est bien mieux illustrée quand il a été question d’évoquer les différences comportementales entre sapiens archaïques et Neandertal, le manque de « curiosité sociale » pouvant expliquer pour ce dernier qu’il soit vite supplanté dans son territoire par des “hommes” bien plus sociaux qui allaient bientôt inventer la sédentarité, les villes, l’agriculture et le reste… Hier comme aujourd’hui, c’est la qualité du réseau qui importe.

Les épisodes dédiés à l’Australie et à l’Amérique sont particulièrement intéressants. Le cas de l’Australie symbolisant presque à lui seul à la fois les deux enjeux extrêmes tracés sur une autoroute à deux voies dans la destiné humaine : la menace de sa propre extinction (des cataclysmes non évoqués ici auraient plusieurs fois fait peser sur notre espèce la menace d’une telle extinction) et celle des espèces évoluant alors dans son environnement. Homo sapiens après s’être aventuré en Australie aurait vite prospéré grâce à un environnement favorable mais serait passé à rien de l’extinction lors d’un changement climatique ; lui survivra, ce qui est loin d’être le cas de la mégafaune qui peuplait avant cela le continent. Et le cas américain est plus délicat parce que comme pour Neandertal, plusieurs hypothèses contradictoires s’opposent sur la manière dont les hommes auraient d’abord conquis le continent. L’illustration un peu longuette et inutile du conflit à propos de « l’Ancien » à part, l’épisode se regarde comme une enquête, notamment quand il est question de déterminer l’origine d’une flèche dont la pointe était restée nichée dans un os de mastodonte. Étrangement une troisième hypothèse, évoquée il y a quelques années dans un autre documentaire, n’est pas mentionnée ici. Celle du passage par le Groenland : les hommes seraient partis d’Aquitaine et auraient remonté les glaciers toujours plus loin jusqu’à rejoindre l’Amérique. La vérité, comme dit l’autre, est souvent ailleurs, entre tout ça. Et j’aurais plutôt tendance à penser que là encore un “grand” métissage a eu lieu. Imaginer une “rencontre” entre des sapiens européens et des sapiens asiatiques n’est pas moins étourdissant qu’une “rencontre” entre sapiens et Neandertal au Moyen-Orient…

Beaucoup de questions qui restent en suspens, une remise en question permanente des connaissances, c’est surtout ça la science, et c’est ce que traduit très bien cette série. À l’image de la série de Carl Sagan, *Cosmos*, la spécificité du genre, c’est d’être vite dépassé. Et paradoxalement, c’est bien ce qui en fait la force. Parce qu’au lieu de donner un savoir qu’on devrait avaler tout cru, ces films nous rappellent au contraire la nécessité de nous tenir au courant sans cesse des nouvelles “découvertes”.

SensCritique l’émission (2015)

Bienvenue à La Bite-aux-Culs, éminent petit quartier culturel

 

Premier lâché :

Franchement pas au point. Mais c’est une première, c’est donc plus facile de partir de très bas… À l’équipe de ne pas se dire « ah c’est franchement mauvais, on arrête ». Ce serait le contraire qu’il faudrait faire à mon sens. SC a fait quoi en fait ici à part donner son aval, foutre son logo sur le bidule et relayer le bousin ? Pas grand-chose. Ça part sans doute du désir de laisser la liberté à plug de faire son truc. Et maintenant, on sait. On sait qu’il ne suffit pas d’être lu pour x raison sur SC pour être digne de confiance. Suffirait pourtant de peu de chose. On le sent tout à fait capable d’organiser des débats. Pas forcé d’être un spécialiste, il faut (juste) travailler un minimum. Là, il a préparé quoi avec les invités ? il leur a filé la liste des nominés et basta. Y a moyen de structurer un peu mieux tout ça sans pour autant en faire quelque chose de pro et y passer toute sa journée.

Quelques propositions donc :

– Oublier l’idée des intervenants distants. Ce n’est pas qu’une question de technologie. Il y a tout un langage du corps qui ne passe pas en visio, comme le fait de préciser à un intervenant qu’il prendra la parole, faire signe à celui qui cause (et qui boit, fume, éructe, johnfordise…) d’en finir. Ça provoque aussi souvent des cafouillages avec des intervenants qui parlent en même temps ou qui se coupent mais c’est moins problématique qu’un truc faussement technologique qui vaut pas un kopek.

– SC a ses bureaux à Paris ? Eh bien il serait utile de les utiliser justement pour aménager entre la machine à café et le bureau de Jean-Marc un petit studio avec trois ou quatre webcams, une table et quelques verres en plastique. Ce sera toujours mieux (sachant que si nécessaire, il y a toujours moyen de prendre un intervenant extérieur.. voire interroger des intervenants spécifiques, des “spécialistes” concernant le sujet du soir, prévenus à l’avance, et qui pourraient intervenir via un chat interne ; la richesse de la communauté SC, c’est là qu’elle peut intervenir – encore faut-il prévoir le coup).

– Tout en gardant le bousin totalement amateur, il serait fort possible de trouver du monde pour aider plug à préparer ses émissions. Mais ça, c’est encore à lui d’en prendre conscience et que même amateur, une émission ça se prépare. Et c’est plus facile quand on sait s’entourer. Ça vaut aussi pour le choix des intervenants. Inviter Torpenn pour parler des Oscars, ça n’a pas beaucoup de sens. C’est la grande difficulté d’une telle émission : il y a les “stars” qui sont lues, déposent des critiques, et d’autres qui lisent et connaissent qui est spécialiste de quoi sur le site. S’il est question seulement de faire intervenir des membres qui sont actifs et lus pour de bonnes ou mauvaises raisons, et parfois n’étant pas spécialistes du sujet en question, le bouche à oreilles va pas aller loin. On ne fait qu’exposer les « membres influents » du site, le laisser se faire lyncher comme c’est pas possible parce que rien n’est préparé ou qu’ils ont des difficultés à exprimer ce qu’ils auraient à dire.

– Multiplier les émissions. Si c’est pour ne rien préparer, il peut y en avoir tous les soirs… Je ne sais pas quel est le rythme prévu, mais plus on en fait, plus on apprend. Et vu le niveau actuel, ça ne peut que progresser (si on a le désir de proposer autre chose).

Ce serait intéressant que l’émission ne se cantonne pas seulement aux œuvres. Il serait utile parfois de faire une spéciale “feedback”. Ne pas en faire une émission dans laquelle les membres de l’équipe viendrait s’auto-congratuler comme un blog d’entreprise, mais en répondant sérieusement à des questions revenant souvent dans le feedback, répondant aux questions qui fâchent (l’équipe est déjà rodée pour répondre à l’écrit, ça ne devrait pas poser trop de problème de le faire à l’oral). D’où l’intérêt de préparer ses émissions : quand on sait de quoi on va parler, on peut alors dire « ça, on n’en parle pas » (mais je doute qu’il y ait tant que ça de questions taboues).

La démarche est malgré tout louable et a potentiellement de l’avenir. Avec le développement des nouvelles technologies, cela devrait être toujours plus facile. Seulement, il ne faut pas oublier que le plus simple est aussi souvent le plus efficace. Avant de passer directement à une émission “vidéo”, il y a les rendez-vous chats qui existent sur certains médias, qui sont techniquement moins problématiques. Ils permettent de créer des événements, de réunir une communauté, et tout ça à petits frais et risques… Plusieurs possibilités : soit un chat fermé composé d’un ou deux maîtres de cérémonie, une dizaine d’invités capables de répondre sur le sujet et une équipe autour pour recueillir des commentaires ou questions apparaissant sur un chat parallèle où les membres sans distinctions pourraient intervenir ; soit comme ça se fait en général, avec quelques invités et une équipe menée par un mdc chargée de sélectionner des commentaires ou questions venant du chat. La première est moins “démocratique” mais sans doute meilleure parce qu’elle se situerait à cheval entre un rendez-vous chat et une émission radio par exemple.

Bon courage…

(envoyé initialement aux intéressés)

Deuxième lâché :

Du mieux dans la technique. Reste les problèmes de sons à régler. L’idée du plateau évite de devoir passer par skype, plutôt une bonne chose, même s’il ne faudrait pas s’interdire quelques interventions de ce genre avec des intervenants habitant les lointaines villes à tirets. Peux pas juger du contenu, j’ai rien entendu. Passer par un service vidéo fiable serait le minimum (ça plante chez tout le monde et nos connexions sont parfaites). À souligner le gros plus au montage même si je doute que ce qui est possible avec des jeux le soit avec des films, des séries ou de la musique (avec des livres ça doit faire joli remarque). Si l’idée du plateau est maintenue, faudrait donc penser aux micros cravates et à une caméra pour les gros plans (la distanciation avec le présentateur qui papote en arrière scène ça le fait pas, on n’écoute pas – même avec un son parfait).

Il y aura sans doute du mieux dans les prochaines émissions, mais je crains aussi que l’intérêt, ou la curiosité, s’essouffle. Je peine à comprendre le but de ce machin tel qu’il semble avoir été conçu pour ces deux premières émissions. La technique, c’est une chose, une fois que ce sera réglé, il faudra bien regarder le contenu. L’idée du site, c’est, on l’a compris, partager des centres d’intérêt et donc suivre le mouvement, et donc suivre les leaders de foule… Le twitter culturel, ok… C’est presque un oxymore. La culture, en tout cas ma vision de la culture, ce n’est pas le bouche à oreille. I don’t follow your ass, me manque le flagelle de la compétition, je me sens donc assez peu concerné par tous ces tas de bites filant le grand amour dans la sphère Internet. La culture se savoure d’abord en solitaire, parce que les œuvres ne sont pas des memes qu’on se refile de bouches à oreilles comme des microbes. La culture virale non merci. C’est donc assez désolant de voir qu’un site qui se prétend culturel ose mêler ça à des comportements primaires et honteusement nocifs pour la société (culturelle ou non). Qu’il y ait des impératifs publicitaires, ça peut se concevoir, mais l’attrait permanent vers « le truc à la mode », ce n’est pas de la culture. La culture tabloïd, le buzz, l’actualité de ce qui marche, c’est le contraire la culture de l’éphémère. Une œuvre n’est pas faite pour être appréciée, digérée, discutée, voire découverte, éclairée, elle est faite pour être consommée par le plus grand nombre. Seules les œuvres obéissant aux standards de la consommation de masse, de l’éphémère ont droit de cité dans le monde magique de SC où seule la crème bien sucrée nourrie ses habitants. Je le redis, je conçois assez mal qu’on puisse légitimer une telle approche. J’ai déjà en horreur les usages de likes ou d’éclaireurs qui pourrissent toutes les activités des membres sur le site, et même si on peut tout à fait utiliser SC uniquement comme un outil pour tenir à jour un journal de vision et de lecture, on doit pouvoir espérer autre chose pour échanger que de devoir passer systématiquement par « ce qui marche », « ce qui fait le buzz ». Y a-t-il au moins des membres, de véritables éclaireurs, des connaisseurs, des lecteurs-dénicheurs, capables de mettre en avant des critiques intéressantes de membres obscurs, des œuvres de qualité qui n’apparaissent dans aucun de ces tops qui finissent par donner la nausée ? Qui sont ces éclaireurs, ces connaisseurs ? Ils éclairent quoi à part leur gros derche pour qu’on y découvre finalement qu’il n’y a rien à l’intérieur que du gras et du vent ? Est-ce que la culture, c’est aller voir le dernier navet à la mode ? participer au lynchage “culturel” ?… Que le site doive un peu passer par ça pour faire sa propre tambouille, je peux le comprendre. Mais qu’on puisse mettre, aussi, à disposition de ceux qui ont un minimum d’exigence (et les gens sont moins cons qu’on voudrait le faire croire en ne faisant d’eux que des culs prêts à recevoir la dernière bouillie prémâchée par le dernier gland à la mode) quelques outils simples pour partager autre chose que… des memes vites remplacés par d’autres, et encore d’autres ? Cette émission était l’occasion de prouver que SC pouvait, aussi, aller vers cette direction-là. Occasion (pour l’instant) manquée. Parce que se faire le relais de ce qui marche et donc pratiquer le savoureux bouche à oreille tant vanté par le site, on en tire quel mérite si on ne tient compte, au dernier niveau, que des derniers… memes ? On ne recycle sans cesse que la même merde. Tout le monde sait que c’est de la merde et pourtant parce que ce tout le monde fait la différence, c’est de cette merde qu’il faut parler ? Est-ce que le site se fait le relais d’autre chose que ce qui circule déjà ailleurs ? est-ce que le site et ses membres ont participé déjà à mieux faire connaître une œuvre ? Il est là le principe du bouche à oreille. Mettre en avant des œuvres bonnes à défendre, et qui ensuite pourraient profiter de la force de frappe d’un tel site pour passer au niveau supérieur. Quelles sont ces œuvres dont “on” aurait cherché à déclencher un tel engouement ? Probablement aucune. Parce qu’on ne like pas dans ce sens, on ne monte pas une émission en ce sens. Il y a pour mettre en avant des critiques avec peu de likes le système des « critiques découvertes ». Je ne sais pas comment c’est foutu, je doute qu’il y ait autre chose qu’un robot derrière pour décider de quelles critiques obscures mettre tout à coup en avant parmi les habituelles lampadaires de nos chères autoroutes, mais le principe mérite d’exister. Il serait bon d’inventer un outil similaire pour les œuvres ou pour les “éclaireurs”. Beaucoup de membres ont des listes personnelles d’œuvres obscures à conseiller ; le plus souvent ces listes ne servent qu’à remplir le panse de l’inutile. Mieux vaut une ou deux œuvres régulièrement mise en valeur pour que tous puissent en même temps profiter de la découverte, lancer un buzz légitime, des discussions curieuses et enrichissantes, qu’un vaste boxon où les gagnants seraient toujours les mêmes/memes.

L’ascenseur culturel est en panne. Et ce n’est manifestement pas SC ou cette émission qui y changera quoi que ce soit. Bouche à oreille… c’est pas vraiment à l’oreille que j’y vois mettre la langue…

Bon courage, donc.

(Désolé ne pas me relire, je fais pas dans le culturel – moines n’ont plus – mais dans la diarrhée sans tâche. Je vous aime.)

The Century of the Self, série documentaire de Adam Curtis (2002)

A century of progress

The Century of the Self

the-century-of-the-self-serie-documentaire-de-adam-curtis-2002

Année : 2002

Réalisation :

Adam Curtis

5/10 IMDb  iCM

Si l’idée de départ est louable (montrer l’influence des thèses psychanalytiques de Freud dans la naissance du marketing — ou service de relations publiques — puis son évolution au cours du XXᵉ siècle et notamment comment les entreprises et les politiciens ont usé de ces méthodes pour manipuler les « masses ») le documentaire souffre malheureusement d’un grave défaut. Si l’influence ne fait aucun doute, jamais il n’est pris suffisamment de recul pour faire la critique de telles méthodes dont l’efficacité est contestée. Du coup, on n’échappe pas à une forme de vaste théorie du complot dans laquelle les masses seraient manipulées par de savants manipulateurs travaillant au service des entreprises ou des partis. La critique est moins portée comme elle le devrait sur les capacités réelles de telles pratiques, que sur leur moralité. Du « Ça marche pas mais c’est bien problématique que tout un monde fonctionne à travers des niaiseries » on arrive à « C’est pas bien que l’on se fasse manipuler par des savants fous ! ».

Le documentaire retrace donc chronologiquement l’histoire de ces techniques, suppose que par leur influence elles n’ont cessé de faire évoluer le monde, et prétend que l’idée d’un consommateur au cœur de la société est le résultat direct de cette volonté des compagnies d’exercer sur lui un contrôle presque machiavélique. L’histoire est belle, et si elle est belle, forcément vraie : le grand pape de cette pseudoscience est Edward Bernays, neveu de Sigmund Freud. Il serait à la fois celui ayant participé à développer les thèses du gourou de la psychanalyse en Amérique et celui qui s’en inspirant aurait donc développé l’idée d’une propagande faite par les entreprises dont les techniques seraient directement issues des thèses du bon vieux tonton Freud. La belle histoire continuera quand à la mort de Freud, ce sera sa fille Anna qui reprendra le flambeau et finira d’évangéliser l’Amérique à travers la bonne parole expiatoire de son père. L’idée qu’un génie ou qu’un savoir secret, mystérieux, puissent n’être détenu que par les membres d’une même famille laisse déjà à désirer, pourtant dans la logique du documentaire, ça semble être la chose la plus naturelle du monde. Aucune remarque ou critique vis-à-vis de cet étrange et grossier biais ayant fait de la psychanalyse une pseudoscience aussi séduisante, si prisée des entrepreneurs, des politiques et des artistes…

Il n’apparaît jamais possible ou probable, à travers les quatre épisodes de la série, que la prédominance de la psychanalyse dans les méthodes de vente et le contrôle supposé des masses puisse être aussi crédible que de voir un graphologue décrire la personnalité d’une personne à travers son écriture, un astrologue prévoir les résultats du loto, un futurologue être capable de prédire l’avenir, ou encore un économiste éviter les crashs. Non, l’efficacité des méthodes est supposée réelle. Ce serait même étonnant de se poser la question tend la réponse semble être évidente. Semble. Or, tout ça tient essentiellement à de la croyance. Bien sûr, les méthodes ont leurs résultats. Mais l’astrologue peut aussi prédire sans se tromper. La voyante peut également viser juste avec un peu de bon sens et de la… « psychologie ». Cela ne veut pas dire qu’il faut attribuer ce succès aux méthodes qui sont censées comme par magie influencer le comportement « des masses », et du « consommateur ». La psychanalyse, et donc sa petite fille, la méthode de vente, érigent en système des principes qui, soit sont totalement irrationnels, soit ne font rien d’autre que de faire appel au bon sens. Mais en réalité leur réussite, et l’avènement du consommateur roi au XXᵉ siècle, tiennent à des facteurs historiques étrangers à la psychologie, et affreusement banaux : le développement croissant de l’industrialisation et donc de la société de consommation. Une société ne tourne jamais aussi bien que quand il y a un consommateur pour faire tourner les machines. Dire que la psychanalyse a une telle influence sur le consommateur, c’est en gros prétendre que tout le développement et les progrès propres au XXᵉ siècle sont les résultats de la psychanalyse… L’orgueil de Freud vous remercie ; les ingénieurs, les innovateurs et les scientifiques rient jaune.

Le documentaire, lui, s’il est inspiré par quelque chose, c’est bien des thèses conspirationnistes. Chaque commentaire laisse planer un doute, suggère une menace invisible que l’analyse méticuleuse de son œil-caméra serait capable de dénoncer… « Nous allons vous montrer l’histoire véritable du XXᵉ siècle, l’histoire de la manipulation de masse, ou comment vous, consommateurs, avez été trompés par les marques que vous achetez et par les politiciens que vous élisez. Car en vérité je vous le dis : il y a une volonté nauséabonde des puissants à manipuler les masses ! » Ah merci, grande découverte. Les puissants chercheraient à manipuler les moins puissants. Mais mieux, l’histoire est encore plus belle à raconter, car non seulement ces puissants ont toujours eu des intentions malsaines à notre égard, mais surtout ils sont parvenus à leurs fins ! Oui, citoyen, tu es manipulé, sache-le !

Ce n’est pas une grande découverte. De là à dire que le développement du dernier siècle est la preuve que ces méthodes… « marchent », c’est un peu grossier. En fait la volonté des puissants à manipuler la population ne date pas de la psychanalyse. C’est une idée qui existait déjà à la naissance de la démocratie moderne. Qui de fait, a toujours été une forme de conspiration contre le peuple. Une forme. Parce que la démocratie moderne n’a jamais été faite que par la bourgeoisie, pour la bourgeoisie. Aux États-Unis comme en France et partout ailleurs, la démocratie n’a rien de la démocratie directe d’Athènes ; c’est au contraire une forme d’oligarchie contrôlée par les bourgeois pour s’assurer la pérennité de leurs affaires, de leurs acquis et de leurs biens. On retrouve factuellement toujours la même organisation dans les institutions démocratiques. Ce sont déjà les puissants qui œuvrent au profit des puissants. Et qui sont ces puissants bourgeois ? Ceux-là mêmes qui deviendront les entrepreneurs du XIXᵉ siècle et qui accéléreront encore plus le progrès, l’industrialisation, et malgré tout, propageront une idée de la liberté. Cette idée d’émancipation, illusoire ou non, cette manipulation prétendue de l’individu, précède la psychanalyse. Et elle est bien le résultat de la révolution industrielle, technique et scientifique des siècles précédents. Pour contrôler les masses, nul besoin d’élaborer de savantes méthodes psychologiques pour prétendre pénétrer leur inconscient : l’idée du bonheur émancipateur, était déjà là, dans les institutions. Et c’était déjà les mêmes qui en profitaient. C’est une croyance sans fondement que de penser qu’une quelconque science puisse manipuler les masses à travers des systèmes sophistiqués ou des connaissances mystérieuses connues des seuls spécialistes. Bien sûr que comprendre le fonctionnement intérieur des individus aide à améliorer les techniques de vente, mais est-ce que la psychanalyse, ou une quelconque science dédiée à l’étude de la consommation, peut, systématiquement, mieux faire qu’un vulgaire vendeur de voiture d’occasion utilisant son instinct ou son bon-sens pour augmenter ses profits ?

Penser ou présenter la psychanalyse comme le règne de la rationalité (comme c’est souvent rappelé dans le film) est d’une grande bêtise. Les idées de Freud n’ont rien de rationnelles. C’est au contraire le pape de l’irrationnel. C’est un peu comme s’émouvoir devant la beauté faussement logique de l’astrologie, devant ses calculs savants dont la complexité semble donner une image du monde prévisible et contrôlable, donc rationnelle, mais qui tient sur du vent et rien d’autre. Que les puissants aient été influencés et croient à ces balivernes ne fait aucun doute ; encore une fois, il faut voir à quel point les spécialistes de la communication polluent aujourd’hui la « conscience » des politiques. Mais les plus crédules, ce sont bien ceux qui croient en l’efficacité de telles méthodes. Des méthodes difficiles à évaluer dans un cadre historique. Alors les astrologues du marketing, devant répondre d’un échec, iront étudier les causes de cet échec et y trouveront, forcément, des signes, des « raisons » imprévues, mal interprétées, qui les ont amenés à se tromper. Après coup, on a toujours raison. Futurologues, prévisionnistes, ou économistes peuvent de la même manière revoir leurs prévisions… fausses, et affirmer comprendre pourquoi ils ont eu tort. De l’astrologie, rien de plus. Et le « ce qui marche », même avec des techniques plus ou moins évolués, se limite à du bon sens ou à de la chance.

L’exemple de la cigarette que le vendeur de tabac voulait imposer aux femmes est intéressant. On juge et on interprète a posteriori de l’histoire d’une réussite. Mais c’est sans compter toutes les fois où le « marketing », cette propagande qui ne veut pas dire son nom, s’est plantée. On nous explique donc que pour la psychanalyse, la cigarette est un pénis ; les femmes étant dépourvues de pénis (à ce qu’il paraît), il fallait donc créer cette envie d’indépendance… Arrivent donc les suffragettes, et hop, on récupère l’image de la femme active, indépendante, et le tour est joué. De là à nous expliquer que les cigarettiers sont à la base de la révolution des droits de la femme dans nos sociétés, on n’en est pas loin. Il y a une différence entre suivre le mouvement et l’initier. Encore heureux que des entreprises arrivent à accompagner le développement des sociétés, mais croire qu’elles puissent influencer ainsi les foules est du délire le plus complet, tout simplement parce que ça implique trop de facteurs, et que la volonté des marchants à voir un produit se développer plus qu’un autre n’est qu’un facteur parmi tant d’autres. On parlera alors de tous les exemples qui ont marché, censé prouver l’efficacité d’une méthode, quand on oublie sciemment ou non toutes les fois où la méthode s’est planté.

C’est certain, quand on met en place un service de relations publiques, on tend à améliorer ses chiffres. Comme c’est étrange… Rien de bien surprenant en fait, quand on cherche à convaincre, on a sans doute plus de chance de le faire en y mettant les moyens plutôt qu’en se tournant les pouces… Faire de la publicité va de toute façon aider un produit à se vendre, qu’importe la méthode. Faire de la communication à travers l’entreprise à l’attention des employés va améliorer les conditions de travail, qu’importe la méthode, et quand on fait du lobby on s’en tire certes toujours mieux que quand on n’en fait pas… Merci pour ces évidences.

Le documentaire procède lui-même à travers une méthode simple pour nous convaincre de la force et de l’importance dans l’histoire de ces techniques. Les intervenants sont toujours les mêmes, souvent des proches tout acquis à la cause défendue par le doc (à savoir la capacité de manipulation des puissants sur les non-puissants), et on ne cesse de les voir rabâcher que ces « spécialistes » (papa, tonton Freud) étaient capables de manipuler les masses. Bien sûr, répéter cent fois la même chose aide à convaincre. Plus c’est gros, plus on aura tendance à y croire parce que tout paraît plus simple. On y croira d’avantage si aucune contradiction n’est apportée, puisque c’est présenté comme un fait entendu, une manipulation réussie, presque machiavélique, sans faille. Et on y croira donc encore d’avantage, si ce sont les propres membres de la famille de Freud ou de Edward Bernays, d’éminents psychanalystes, qui soutiennent cette idée (assez peu flatteuse mais pourquoi pas) d’une capacité des PR à manipuler les masses autant que nécessaire. Règne toujours, donc, cette atmosphère de complot dont on sait le spectateur friand ; ici, ce serait un peu comme voir des criminels nazis se vanter de leur crime, il y a comme un plaisir et un intérêt malsain à voir s’exprimer des proches juger eux-mêmes ces méthodes peu recommandables (parce qu’ils croient surtout en leur efficacité – il faudrait psychanalyser tout ça, il y a comme un plaisir pervers à s’attribuer un tel pouvoir de manipulation). Bref, ce n’est pas parce qu’on martèle cent fois la même connerie qu’elle en devient vraie. On est dans le domaine de la croyance pure, pas de l’étude rationnelle. Il aurait été donc intéressant au moins d’apporter un regard plus critique, plus contradictoire à ces hurluberlus.

Car c’est en fait la pire des manières de faire de l’histoire. Opter pour un angle, une version, et s’attacher à démontrer cette version en rejetant systématiquement ce qui pourrait s’y opposer. Aucune modération des propos, aucun espace laissé à la contradiction. Chaque intervention doit rabâcher sans cesse la même chose : l’évidence de l’implication et de l’influence de ces techniques dans l’histoire. C’est de la sélection d’informations, on capture tout ce qui va dans le sens de notre version, et on juge comme fausse toutes celles qui iraient dans un sens contraire. Imaginons par exemple qu’au sein d’une organisation, un dirigeant influant ait produit un rapport concluant à la nécessité d’employer telle ou telle méthode ou procédure, pour atteindre un but précis, mais que l’ensemble de sa hiérarchie, tout en ayant lu ce rapport en rejette les conclusions. Eh bien un historien qui serait amené à chercher des preuves allant dans le sens que ces méthodes et procédures étaient effectivement utilisées, et tombant sur ce rapport, en conclurait que, compte tenu de l’autorité dont bénéficiait son auteur au sein de son organisation, l’ensemble de l’organisation qu’il représente en a accepté les conclusions. Le rapport, sans avoir eu aucun impact puisque rejeté, serait utilisé comme preuve. Dans un film, l’effet sur le spectateur serait évident, et la méthode pour le convaincre tout aussi simple et prédictible qu’un génie du marketing pourrait l’imaginer : on produirait le rapport en montrant dans le film un ou deux extraits particulièrement significatifs et édifiants, et voilà, preuve est donnée que l’organisation en question utilisait ces méthodes… En réalité, qui manipule qui ? ceux qui sont censés manipuler les masses, ou ceux qui prétendent qu’il y a un vaste complot de conspirateurs aidés d’un petit manuel d’interprétation des rêves de Freud manipulant les masses à travers leurs désirs refoulés ?

La seule opposition livrée au spectateur en fait vient ironiquement de Wilhelm Reich (dont je n’ai pas lu précisément les travaux mais dont il ressort qu’il était encore plus timbré que les psychanalystes). Et quand il est question des contestations des années 60, il est rapporté qu’elles ne venaient pas contredire l’idée de l’efficacité de telles méthodes, de leur irrationalité ; au contraire, on nous les présente comme des « masses » se révoltant contre la volonté de ces « marques » ou entreprises à vouloir diriger leur vie, donc à les manipuler, donc d’user de rationalité, d’user de sciences du comportement pour les manipuler… L’idée hautement crédible d’un brainwashing en somme (idée ô combien populaire dans les populations soutenant les thèses conspirationnistes). Ça ne fait toujours qu’aller dans le sens de la « méthode », la présentant toujours comme « rationnelle », et donc apporter du crédit à ces balivernes, et finalement conforter l’idée d’une vaste conspiration secrète des puissants contre les non-puissants… Mieux, le film nous montre comment les entreprises, les politiques et tous ceux censés vouloir contrôler les masses à travers la psychanalyse vont répliquer aux mouvements de contestations des années 60 et produire une sorte de contre-réforme du capitalisme. Encore et toujours la théorie du complot : les puissantes entreprises ou politiciens connaissant les arcanes de l’esprit humain d’un côté, et de l’autre, les pauvres consommateurs qui ont tout à coup pris conscience qu’ils étaient manipulés et qu’il fallait se révolter… C’est pas de l’histoire, c’est du mythe. On est dans Metropolis. Du délire.

En fait, dire que c’est la psychanalyse qui a permis le développement économique à travers le développement du moi, de la satisfaction permanente des désirs, de la création de nouveaux besoins, est un contresens, et on oublie sciemment la marche logique du monde poussée par le progrès technique, scientifique et industriel, qui est pourtant pour la grande part responsable d’un monde presque exclusivement tourné vers la consommation et le culte du moi. Ce serait un peu comme prétendre aujourd’hui qu’une nouvelle forme de prise de conscience est en train de prendre forme en réaction à toutes ces idées du XXᵉ siècle alors qu’elles ne font que se développer à cause justement d’une crise prenant ses sources dans un ensemble de facteurs extérieurs, et en particulier à cause des crises énergiques et environnementales dont on doit faire face. Aucune prise de conscience différente, seulement, à cause ou grâce à l’environnement bien différent (ou qu’on perçoit différemment), ces idées tendent à se généraliser. En fait, la vision du documentaire place l’évolution du monde comme le résultat d’une lutte permanente entre puissants et consommateurs, sans intégrer le concept d’environnement (au sens large) dans cette « étude ». Je ne parle pas seulement de la crise environnementale mais bien de tout un tas de facteurs extérieurs mal identifiables jouant un rôle dans la marche du monde. Mais un rôle qui sera toujours plus grand que ces méthodes prétendument révolutionnaires, et bien moindre que les progrès techniques et scientifiques.

La démonstration aurait un sens si elle ne s’appliquait qu’à illustrer les grandes lignes du culte de l’individualisme aux XXᵉ siècle, mais l’idée de suggérer que ce culte ait été volontairement pensé par une méthode, utilisée par le capitalisme, pour faire des citoyens des consommateurs, et qu’en fonction des évolutions du siècle, ce capitalisme (autant dire les instigateurs d’un complot) ait dû revoir sa copie pour s’adapter aux critiques des « masses » et ainsi à nouveau les asservir à leur volonté, c’est une position difficilement tenable car impossible à prouver. Croyance, volonté de croire, idée du complot… tout y est.

Par exemple, dans son dernier épisode, le documentaire a l’idée de montrer, à la même époque en Grande-Bretagne et aux États-Unis, l’émergence d’une même nécessité, celle d’un parti capable de répondre à l’appel du peuple, à son aspiration à plus d’individualisme… Bel exemple de sélection d’informations. On sous-entend ainsi que cette émergence, puisque vaguement apparue au même moment dans deux pays du monde, était comme inéluctable, prévisible, bref, un peu comme si l’histoire avait une finalité et répondait toujours aux mêmes codes, et que ceux capables de les décrypter seraient en mesure d’accéder au pouvoir. C’est une idée qui ne peut plus tenir quand on élargit sa vision. En France par exemple, c’est tout le contraire qui s’est passé ; quand Thatcher et Reagan tenaient les rênes du pouvoir, c’est Mitterrand qui l’était en France. Ça n’a donc pas beaucoup de sens, et ça n’en aura pas plus en comparant la gauche de Blair et celle de Clinton censées arriver au pouvoir grâce à l’utilisation de ces mêmes méthodes autrefois utilisées par la droite…

Le documentaire met donc la place des publicitaires et des communicants à une place qui est certes la leur depuis bientôt un siècle (une place importante dans la vie publique), mais sans jamais critiquer l’irrationalité de leurs méthodes, au contraire, et paradoxalement en en faisant la victoire de la rationalité, celles des prétendus spécialistes du comportement humain et du subconscient, sur le développement du monde. En réalité le succès qui leur est attribué, et les intentions qu’on leur prête, rappellent la place de l’astrologie chez les souverains jusqu’au Moyen-âge. Astrologues contre astrologues, on en trouvera forcément un bien sûr dont les méthodes et les prédictions se révéleront gagnantes… jusqu’à ce qu’ils soient remplacés par un « meilleur » astrologue. Bref, l’idée que les méthodes de marketing par exemple puissent évoluer pour s’adapter à une époque tient surtout plus de la supercherie que de la manipulation de masse. Ces méthodes quand elles marchent font appel au bon sens, de la chance, profitent des circonstances, et ont probablement autant d’efficacité qu’un placebo livré à une autruche souffrant de constipation.

Qui pourrait juger de l’efficience de ces méthodes ? Personne en fait. Impossible à évaluer. Pour autant, dire que ces astrologues des temps modernes n’ont aucune emprise sur le monde, sur les compagnies ou les politiques, seraient tout autant idiot que de croire en un vaste complot de ces puissants contre le pauvre peuple consommateur. Mais leur pouvoir tient surtout à la place qu’ils ont tenue et qu’ils tiennent encore, plutôt que par la détention d’un savoir sophistiqué capable de manipuler Pierre, Paul et Jacques. Dans une défaite politique ou le désastre économique d’un produit, on préférera alors chercher une cause imprévisible que les experts auraient mal évaluée. Après coup, on a toujours raison. Contrairement à ce que prétend donc le documentaire, leur pouvoir tient surtout à l’irrationalité de leurs méthodes. Et leur génie tient plus à convaincre leurs clients, politiciens et compagnies, à les embaucher en dépit du bon sens qu’à manipuler efficacement les masses.

Les entreprises peuvent certes inventer de nouveaux besoins, mais ceux-ci évoluent en fonction de l’évolution des techniques, des usages, et de modes qui sont, contrairement à ce qu’ils prétendent, hautement imprévisibles et très liés aux évolutions technologiques ; il sera toujours impossible de créer un « produit » répondant seul à un besoin qui ne préexistait pas chez le consommateur.

Les compagnies dépenseront des ressources, du temps, et de l’argent pour définir et atteindre un cœur de cible, promouvoir un produit, et elles trouveront n’importe quelle excuse extérieure (ou intérieure, car psychanalytique) pour trouver une raison à l’échec de ce produit au lieu de se demander s’il répondait à un besoin réel. Et les politiques de leur côté sont pourris par leurs conseillers en communication au point que leur discours n’a plus aucun sens et que les votants n’ont plus que leurs lassitudes à exprimer.

Quand le monde connaît un vaste développement, il est facile d’attribuer les mérites de cette réussite à des génies de la communication ou aux grands savants astrologues. L’énergie perdue à forger des méthodes plus ou moins efficaces est vite engloutie dans l’enthousiasme général d’une prospérité qu’on croit éternelle. Et on attribue tout le mérite à ces méthodes participant ainsi à leur développement. En cas de crise, si on est tenté de multiplier ses efforts sur des méthodes irrationnelles, on ne fait qu’accentuer l’inertie qui nous empêche déjà de remonter la pente : au lieu de booster le moteur, on s’applique à vouloir avancer à coup de pensée magique… On pourrait alors penser que le rationnel devienne la norme et que ceux qui réussissent sont justement ceux qui n’utilisaient pas ces méthodes ; sauf que si tout le monde les applique, il y aura toujours des gagnants se trimbalant avec ces casseroles au cul et continuant à penser que ce sont elles qui les font avancer.

Alors oui, l’influence de ces forces (magiques) est puissante, mais ce sont en réalité des forces contraires foutrement handicapantes pour la société. Tandis que le souverain a les yeux tournés vers le ciel et que son astrologue lui en révèle les secrets, le souverain n’a que faire des réalités pratiques de son royaume. Il en est de même pour les politiques de notre siècle. L’obstination des partis ne devient plus (même si elle l’a sans doute toujours été) que de gagner le pouvoir ; s’ils le font à travers des méthodes fallacieuses, en manipulant sciemment ceux pour qui ils sont élus, cela fini par se voir et l’incrédulité des populations face aux politiques ne fait qu’augmenter. Et si la part de l’influence des compagnies n’a cessé au contraire de s’accroître au détriment des politiques, ce n’est pas parce qu’ils avaient de meilleures méthodes, c’est que dans une certaine mesure les politiques les ont laissé prendre le pouvoir et que personne n’a jamais été capable ou désireux de retourner le rapport de force qui tournait toujours plus en faveur des entreprises. Cette prise du pouvoir des entreprises dans la société est sans doute plus le résultat des facteurs conjugués liées à l’industrialisation et la mondialisation, qu’à des méthodes de propagandes héritées de la psychanalyse… Il est tout de même assez frappant de voir dans ce documentaire que jamais le progrès technique n’est cité comme facteur de développement et d’évolution sociétal ; c’en est pourtant le principal moteur. C’est donner bien trop de crédit à l’idée d’une capacité de certains hommes à manipuler d’autres hommes. Quand on rend capable le transport des produits d’un bout à l’autre de la planète, quand les besoins évoluent en fonction des développements technologiques et en fonction des capacités de production, quand on vit avec l’idée d’une prospérité sans fin passant par la consommation des produits nouveaux, inutile d’user de publicité ou de propagande pour voir émerger des nouvelles envies et voir la société évoluer, poussée par ces progrès sur lesquels les secrets de la psychologie humaine a finalement assez peu d’impact. Donner du crédit à ces méthodes, c’est croire qu’une science de la prédiction puisse persuader le hasard à changer de camp, comme un astrologue auquel on demanderait quelle impulsion donner à sa pièce pour qu’elle retombe toujours du même côté. C’est aussi une croyance pernicieuse parce qu’elle corrompt ce pourquoi les politiques sont élus et révèle en fait la nature de ce que sont en réalité les partis : des machines à gagner, à prendre le pouvoir, non à répondre aux besoins, bien réels, des populations. Un pari risqué, car les populations sont dans une très large majorité conscientes de se faire manipuler ; oh non, pas à la manière que les astrologues de la psychanalyse le prétendraient, mais simplement parce que les politiques sont coupés de la réalité ; c’est d’ailleurs un reproche qui leur est très largement fait et auquel ils tendent bien souvent de répondre à travers la communication… Un non-sens dangereux.

La merveilleuse idée en fait que le documentaire défend et illustre, c’est la croyance selon laquelle la manipulation de masse puisse être une science, et donc être rationalisée. Belle usurpation. Comme l’astrologie, cette pseudoscience a toute l’apparence de la rationalité, mais le marketing, la manipulation de masse, le conseil en communication, tout ça c’est tout le contraire de la rationalité. Le film nous rappelle sans cesse que Freud, ce « docteur » comme ironise son neveu, croyait que les hommes étaient essentiellement poussés par des pulsions irrationnelles… « Croyait » oui, c’est là tout le problème. Freud était hanté par ses propres croyances et aimait faire de sa propre analyse une généralité appliquée « à tous les hommes ». Son neveu doit surtout sa réussite à son opportunisme, à son habilité, à son bon sens, comme n’importe quel astrologue, gourou ou voyant. Cette réussite ne prouve en rien que les techniques misent en place marchent, parce qu’elles marchent avant tout dans un monde plongé dans une course à la modernité. L’être humain n’est ni irrationnel ni rationnel, il est les deux à la fois ; et il appartient à chacun de s’adresser à la part rationnelle qui est en chacun de nous dans un souci de réelle efficacité, voire d’honnêteté. Les usurpateurs et les pseudosciences ont, certes, encore de beaux jours devant eux.

Cosmos, Carl Sagan (1980)

Étalon cosmique

Cosmos

Cosmos (1980) Carl SaganAnnée : 1980

Réalisation :

Carl Sagan

10/10 IMDb   iCM

 

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Carl Sagan est un célèbre astronome, exobiologiste, ufologue sceptique, romancier (dont est tiré le film Contact) et donc créateur de cette série qui fera date dans l’histoire de la vulgarisation scientifique, sa méthode, son style tenant lieu de référence absolue dans le genre du documentaire scientifique.

Sagan nous invite dans son vaisseau spatial et treize heures durant nous conte les beautés de l’univers, nous fait partager son goût pour la physique et pour l’histoire des sciences. Il sait se montrer émerveillé devant la nature, les mystères de la vie ou de l’univers, tout en nous mettant en garde contre l’obscurantisme, en nous expliquant comment des mythes peuvent naître de mauvaises interprétations, de la perte des savoirs. Il ne se borne pas à présenter la vision scientifique sur le monde. Une fois qu’il en dévoile les secrets ou les mystères (sans jamais prétendre que la science a réponse à tout, au contraire), il va plus loin et cherche à comprendre ce que cela implique (ou ce que cela a impliqué dans l’histoire) pour les sociétés. Il prend de la hauteur et aborde des thèmes comme l’opposition entre rationalité et mysticisme, les enjeux de l’humanité, les probabilités de l’existence d’une vie intelligente, d’une rencontre avec civilisation extraterrestre. De nombreux concepts sont expliqués pour donner les clés à un public non initié de comprendre la méthode scientifique, son rôle, ses exigences, tout en ne cachant rien de ses erreurs ou de ses dérives. Parce que Sagan est avant tout un humaniste : il voit la science comme un instrument de l’homme pour apprivoiser et comprendre le monde.

Le documentaire est si vieux (1980), et l’évolution des connaissances scientifiques si rapides à la fin du XXᵉ siècle, que Sagan l’a retouché une première fois pour faire part au spectateur de nombreuses avancées dans les thèmes abordés à chaque épisode. Après sa mort, la série a été une nouvelle fois remise à jour… Certains sujets abordés sont encore d’actualité, d’autres ont évolué de manière inattendue. En trente ans, le chemin parcouru est ainsi à peine croyable. Les thèmes abordés sont tellement vastes, et au cœur souvent des recherches actuelles, que c’est tous les mois qu’il faudrait faire des mises à jour.

Reste l’essentiel : son charme humble et discret, son ton pédagogique, sa poésie, son enthousiasme, son sourire, et sa précision, tout ce qui vous fait presque regretter de ne pas vous être plus souvent intéressé à l’école à ces intellos binoclards cloués au premier rang. Maladroits, renfermés, prêtant peu d’importance à tout ce qui gravite à cet âge en général autour des autres adolescents, ceux-là avaient peut-être un petit quelque chose de Carl Sagan. La même passion du savoir à faire partager, le même amour pour les hommes et leur histoire.

Carl Sagan est mort seulement à 62 ans. Son regard sur le monde, sa sagesse, manquent assurément.

John Adams, Tom Hooper (2008)

La série racontée en trois lignes

John Adamsjohn-adams-2008Année : 2008

8/10

IMDb iCM

 

Réalisation :

Tom Hooper

Avec :

Paul Giamatti
Laura Linney

L’histoire : La vie, l’œuvre, les poux, de John Adams, second président des États-Unis.

Après le premier épisode :

Ça semble prometteur. On reconnaît le savoir faire et le style HBO…

J’espère que la série retracera fidèlement l’histoire du second président d’Amérique. Je ne sais pas du tout s’ils ne vont traiter que l’époque qui précède la guerre d’indépendance ou après ou je ne sais quoi…

C’est l’occasion de voir le Berléand américain, souvent abonné au second rôle à cause de sa tête de petit joufflu et qui avait enfin accédé à la gloire (si on peut dire) avec l’excellent Sideways.

Puis au final :

Mini-série de dix heures sur la naissance de la nation américaine.

Dans le premier épisode, l’avocat John Adams défend des militaires anglais accusés d’avoir tiré sur la foule. Il s’efforce de démontrer qu’ils y ont été forcé par des indépendantistes… Après cette histoire, l’un de ses amis lui dit que grâce à cette affaire (qui montre son intégrité) il ferait le candidat parfait pour représenter Boston au congrès secret qui se réunit à Philly… Adams n’est pas chaud pour la politique. Ce n’est pas un grand orateur et après cette affaire, il ne s’est pas fait que des amis (sauf au près du roi d’Angleterre qui lui propose un poste…). Il décide finalement de se lier aux Patriots.

 

John Adams | HBO Films High Noon Productions Playtone Mid Atlantic Films

Le second épisode (le plus passionnant sans doute sur le plan historique) est presque entièrement dédié à ce congrès (le film narre aussi la vie personnelle du futur président, en montrant l’importance qu’avait sa femme dans ses choix). On est au début de cette guerre qui n’a pas encore de nom et dont on ne verra que peu d’images (tout se passe dans les salles de réunion). On voit les divergences entre ceux qui désirent simplement montrer leur désaccord avec les taxes imposées sur les Colonies et ceux comme Adams qui comprennent qu’il n’y a plus la place pour la négociation et qu’il est temps de proclamer son indépendance. Et là tout se joue un jeu subtil non seulement où il faut arriver à convaincre les représentants des autres colonies, mais aussi déterminer quand sera la meilleure période pour déclarer cette indépendance.

On découvre alors les personnages récurrents de la série (et de l’Histoire) : Franklin, qui a l’expérience de la politique à Londres et qui prodigue des conseils à Adams ; Jefferson, l’âme de la révolution, l’idéaliste et le poète ; le général Washington, représentant peu bavard de Virginie, une gloire militaire, et que Franklin et Adams choisissent pour diriger l’armée des Patriots uniquement parce qu’il a beaucoup de prestance (il est immense… ça tue le mythe).

Adams arrive à persuader tout le monde qu’il faut une déclaration d’indépendance. Et une fois qu’il l’a, il demande à celui qui semble le plus doué pour une telle tâche de s’exécuter : Jefferson. C’est là que Jefferson en fait plus qu’une déclaration d’indépendance mais un texte sur l’égalité des hommes, etc. Seulement, c’est un peu trop osé pour Franklin et celui-ci décide d’y enlever les passages traitant de l’esclavage pour ne pas froisser les États du Sud… Dont est originaire pourtant Jefferson… Quand on sait qu’ils auraient pu là éviter une future guerre civile qui viendra un peu moins d’un siècle plus tard…

Dans l’épisode 3, John Adams se rend à contre cœur en France pour y demander l’aide du Roi ; sa femme insiste pour qu’il ne parte au moins pas seul : il embarque avec son fils (lui aussi futur président).

Il découvre la vie de la cour à Versailles. Alors que Franklin, lui, est tout à fait à l’aise au milieu des orgies et des dorures, Adams se demande un peu ce qu’il fout là et n’a pas la diplomatie de son ami pour arriver à ses fins. Il passe même pour un imbécile devant le roi de France, un extraterrestre, parce qu’il ne parle pas français (les Français sont présentés comme les Américains d’aujourd’hui : ils sont le centre du monde, l’Amérique est toute petite, et la langue de la diplomatie ─ et le restera jusqu’à la seconde guerre mondiale ─ est le français). Adams n’appréciant pas d’être traité comme un provincial et de devoir sucer la queue de « sa majesté de France », il rejoint le Royaume de Hollande, également ennemi de l’Angleterre, mais y tombe malade. Il devra envoyer son fils accompagné un autre émissaire américain à Saint-Pétersbourg pour rencontrer la Grande Catherine… parce qu’on y parle le français et que le petit Adams a eu le temps de l’apprendre à Paris.

Dans cet épisode, la cour française est vraiment montrée comme un truc complètement à côté de la plaque. Le contexte est sans doute bien retraduit, parce qu’on comprend bien qu’une telle société ne peut pas durer…

Dans l’épisode suivant, Adams toujours à Paris fait venir sa femme (à vue de nez, il est déjà parti depuis quatre ou cinq ans ! ─ un autre temps… on est loin du Concorde). Jefferson aussi le rejoint. Les Adams (leur enfants sont restés aux États-Unis, ils sont grands maintenant) profitent des manoirs français, des opéras, des jardins… la vie parisienne quoi… Jusqu’à ce qu’Adams reçoive une lettre lui demandant d’aller en Angleterre, pour être le premier ambassadeur à la cour du roi. Juste avant ça, il y a une scène assez hallucinante ou trois des grands hommes qui sont à l’origine de la Déclaration d’indépendance (Franklin, Jefferson et Adams) se retrouvent coincés dans des jardins à Paris alors qu’on est en train de rédiger la Constitution aux États-Unis.

Adams part donc pour l’Angleterre et la scène avec le Roi George III est un vrai régal. D’un côté l’Américain qui rechigne à faire les courbettes d’usage et de l’autre le souverain qui tire la tronche face à bonhomme qui a décidé en somme de ne plus être son copain…

Très vite, les Adams se lassent de Londres où ils ne sont pas les bienvenues (ils sont loin les palais français…). Et Adams demande à ce qu’il soit remplacé. Ce qui sera finalement accepté. Et à sa grande surprise, il est accueilli comme un héros à son retour. Il retrouve également ses enfants, qu’il n’avait pas vu depuis… bien dix, quinze ans !

Il arrive juste à temps en fait pour les premières élections (ah, ah peut-être que Londres c’était pas si mal que ça). Il se présente et est battu par… Washington, le grand gaillard, qui est incapable d’aligner deux mots. Son investiture est presque comique : personne ne l’entend (grande carcasse, petite voix). Adams devient vice-président.

Épisode 5 : Là, on entre dans la politique. Je n’avais pas de sous-titres, donc je n’ai pas tout compris… Bref, en gros, il y a lutte de pouvoir entre tous ces bonshommes. Washington veut affirmer et assumer ses idées, Adams est frustré de son rôle (nul) de vice-président. Jefferson vante les mérite de la révolution française, pour lui c’est dans l’ordre des choses. On apprend même que c’est lui qui est à l’origine de la Déclaration des droits de l’homme… Et tout le monde se bagarre pour la position à adopter face à cette révolution qui les embarrasse au plus haut point. Il y a un risque d’expansion dans toute l’Europe et la guerre avec l’Angleterre risque de s’intensifier. Or, les Français ont aidé les Américains dans leur indépendance. Ils devraient tout naturellement les aider en cas de souci. Seulement, les Américains ne peuvent s’engager… et Washington (qui n’apprécie pas les Français) décide contre l’avis du peuple (très pro français ─ c’est un peu le monde à l’envers aujourd’hui), contre l’avis de Jefferson, de signer un traité de non-agression avec l’Angleterre. Une excuse toute trouvée pour le premier président : « Hé oh, on a passé un accord avec Louis XVI, pas avec la République… et vous lui avez coupé la tête ! » Bref, le joli coup de pute. Bienvenue en politique…

Le double mandat de Washington s’achève et un peu à la surprise générale (alors qu’entre temps on a appris aussi que la première élection avait été bidouillée ─ c’est donc une vieille habitude), Adams se fait élire Président. Jefferson jouera les « inutilités » au poste de vice-président.

Épisodes 6 : après des agressions de certains vaisseaux français dans les caraïbes (donc le fait qu’on ait jamais été en guerre, c’est du flanc, pas de guerre déclarée, mais des bateaux coulés de part et d’autre : « Hé, je croyais que t’étais mon copain, mais tu t’es bien défilé quand j’ai eu besoin de toi ! Tiens prends ça dans la gueule ! ─ E4, touché coulé ! »), les Américains se voient dans l’obligation de se créer une armée sur les cendres de l’ancienne armée continentale. On désigne Washington pour la forme mais en réalité c’est son second, le premier faucon déjà on pourrait dire, parce que l’ancien président est HS… Ce second (dont j’ai oublié le nom) se plaît à jouer au petit soldat d’abord en s’amusant à créer la garde-robe de son armée (« des jolies rayures jaunes sur le côté, ça ferait classe !), mais le bonhomme est un peu trop belliqueux au goût d’Adams… Faut dire qu’il voulait s’emparer de la Floride, de la Louisiane et de la Californie. Et là Admas qui sort la phrase de Chirac : « Il n’y a pas de guerre propre… La guerre est toujours la plus mauvaise des solutions ».

Pendant ce temps, Adams rejoint la nouvelle capitale (un peu à l’image de la Chine médiévale, un nouvel empire crée une ville nouvelle…)… Washington. Et là, c’est très symbolique encore, parce que la Maison blanche est à peine achevée. Elle est perdue au milieu d’un immense champ de boue, au milieu de nul part, bâtie par des esclaves noirs… Finalement Adams perd la nouvelle élection et Jefferson s’installe à la Maison-Blanche (« Non, non pas la peine de t’essuyer les pieds partout Thomas… C’est aussi propre à l’intérieur qu’à l’extérieur… c’est pas encore vraiment le palais des glaces »).

Le dernier épisode est presque exclusivement dédié au rapport avec sa famille, sa vieillesse (il s’était un peu brouillé avec son grand copain Jefferson à cause de cette histoire d’accord avec l’Angleterre. Ils renouent contact et finiront tous les deux par mourir le même jour… L’ironie, le 4 juillet, cinquante ans après leur déclaration d’indépendance.