I Am Mother, Grant Sputore (2019)

Je suis Godot

I Am Mother Année : 2019

6/10 IMDb

Réalisation :

Grant Sputore

Avec :

Hilary Swank

Une entame prometteuse, et puis le film se retrouve pris à son propre piège en soulevant un nombre incalculable de pistes, en suggérant des hors-champs et des environnements au-delà du huis clos de cette capsule de survie post-apocalyptique, parce que comme la plupart des films de SF bon marché se maintenant à flot avec des décors léchés mais restreints, ça finit par manquer de cartouches et de carburant pour satisfaire l’appétit du spectateur.

Ouvrir autant de pistes, ça oblige à en emprunter de temps en temps, histoire de ne pas laisser le spectateur sur sa faim. Presque toujours dans ces cas-là, l’ouverture vers le monde, vers l’extérieur, est un casse-tête décoratif : on change d’un coup d’échelle de plans, les plans d’ensemble apparaissent, et au choix, soit c’est la déception qui est au rendez-vous, soit on trouve ça encore trop minimaliste : trop peu, trop petit, trop cheap. George Lucas avait bien résolu l’affaire : ne montrer l’extérieur qu’à la toute fin du récit (tandis que, de mémoire, L’Âge de cristal, par exemple, de Michael Anderson s’y était cassé les dents).

Alors, si le décoratif restreint pas mal les réponses données au spectateur (qui forcément s’en posent beaucoup), sa frustration ne fait que grimper quand les dialogues peinent à leur tour à éclaircir le beau programme promis en introduction. (En un mot, je n’ai pas tout compris, et n’ai pas beaucoup fait d’efforts pour comprendre.)

Le film souffre aussi des détours multiples entre les genres par lesquels il est obligé de passer pour meubler : thriller SF plutôt psychologique ou plutôt action survivaliste, tout peut se mêler dans l’absolu (les exemples sont nombreux), mais seulement si on arrive à gérer chacune des séquences dans un style défini et à tirer le meilleur de chacune d’entre elles. Or, le plus souvent, on reste dans une sorte de mise en scène qui ne sait trop sur quel pied danser : appliquée, certes, mais incapable de jouer sur les différents accents du récit, un peu comme si tout se valait… (Pour cela c’est vrai aussi, il faut pouvoir étoffer les rapports entre les personnages, les tendre, les rendre plus conflictuels, pour être capable de créer de véritables montées de tensions, puis des moments d’accalmie. Quand on se perd à raconter des détails qui ne font pas véritablement écho au sujet et qui sont autant de fausses ou de mauvaises pistes, ça limite le temps octroyé à ces autres éléments dramaturgiques essentiels pour faire monter la tension entre les personnages. — Par exemple, on nous dit qu’il y aurait d’autres hommes dehors, et puis, en fait, non… On attend Godot).


 

Elysium, Neill Blomkamp (2013)

Elysium

Elysium Année : 2013

6/10 IMDb

Réalisation :

Neill Blomkamp

Avec :

Matt Damon, Jodie Foster, Sharlto Copley

Pamphlet altermondialiste rêvant d’un ascenseur socio-spatial capable de réduire l’écart abyssal entre ultra-riches et les autres.

Problème, le film tombe dans le piège ce qu’il dénonce. Il peut être louable de mettre au cœur de son film les inégalités actuelles, et en particulier ethniques, mais en insistant lourdement sur le racisme à la fois anti-pauvre et anti-hispanique, on prend le risque de perdre de vue les belles intentions de départ en cours de route : les acteurs, les équipes techniques, alors même qu’ils peuvent être eux-mêmes hispaniques (voire pauvres) vont sur-interpréter ce qu’on leur refile et jouer grossièrement le rôle qu’ils sont censés représenter. À ce titre, tous les personnages venant à aider le personnage principal (hispanique lui-même d’ailleurs, mais interprété par Matt Damon – on sent déjà le hiatus) paraissent antipathiques et vulgaires, ce qui anéantit d’un coup tous les efforts de départ pour dénoncer une injustice sociale.

On se retrouve même face à une sorte de paradoxe de la stigmatisation positive quand d’autres personnages (essentiellement des femmes hispaniques) sont au contraire présentés sans nuances comme des saintes ou des martyrs.

Les personnages d’Elysium tombent également dans les clichés : pour représenter la crème de ces super-riches, au lieu d’y représenter un modèle de la Silicon Valley (voire d’un industriel texan), il faut croire qu’il faille toujours malgré tout qu’un méchant identifié vienne d’ailleurs puisque le personnage de Jodie Foster est d’origine française et que le leader de la cité spatiale semble être Indien ou Pakistanais (l’ultra-riche blanc, lui, c’est un entrepreneur si dévoué à la tâche qu’il bosse sur Terre parmi les lépreux, et que dixit Jodie Foster, malgré tout ses efforts son entreprise de robots-tueurs ne décolle pas… l’honnête blanc sera ainsi forcé d’accepter un deal avec la maudite Française…). Les bonnes intentions qui se vautrent… Eh oui, le politiquement correct, c’est tout un art. Si on ne veut pas froisser, autant se garder de parler de ce qui peut fâcher, et se contenter d’assurer le spectacle.

Pour le reste, on est toujours dans l’esthétique de District 9. Sorte de déchetterie high-tech sous un grand ciel bleu. Ce à quoi doit probablement être aujourd’hui déjà certains quartiers de Los Angeles. En s’affinant, il semblerait que le point de vue du réalisateur ce soit quelque peu perdu.


 

Edge of Tomorrow, Doug Liman (2014)

Edge of Tomorrow

Edge of Tomorrow Année : 2014

8/10 iCM  IMDb

Réalisation :

Doug Liman

Avec :

Tom Cruise, Emily Blunt, Bill Paxton

Listes :

MyMovies: A-C+

SF préférés

On a volé les cheat codes de la marmotte… Je ne m’attends pas à ça. Une boucle temporelle à la Un jour sans fin qui marche comme sur des roulettes en donnant au film sa structure répétitive et son rythme, et qui nous oblige à nous maintenir éveillés et attentifs tout du long, histoire de ne pas manquer les avancées ou les incohérences possibles, prendre aussi l’ampleur vertigineuse du morceau (procédé circulaire qui donne l’impression d’un gouffre démesuré en guise de hors-champ). Et même si certains aspects des visiteurs (ces Mimics) me semblent inutilement compliqués, on ne boude pas son plaisir. Un plaisir qui naît réellement bien plus des ressorts narratifs qui nous obligent une attention constante que de l’action ou des jolies images high-tech.

L’histoire d’amour ne prend pas trop le pas sur la ligne principale du récit, comme on peut le craindre à un moment. L’humour léger que rend possible un tel procédé narratif est bien au rendez-vous (Bill Baxton se charge de donner le ton). Le personnage et la performance d’acteur (si, si) de Tom Cruise méritent d’être notés (il faut oser faire de cet officier un lâche : avant que la boucle temporelle ne s’installe, c’est un moteur formidable de l’action – ce qui permet également au film de démarrer de loin pour amener le personnage de Tom Cruise vers une maîtrise toujours plus perfectionnée sur le champ de bataille). Les films de SF sont assez rares, celui-ci rentre direct dans mes préférés.


RoboCop, José Padilha (2014)

RoboCop

RoboCop Année : 2014

2/10 IMDb

Réalisation :

José Padilha

Pas une des propositions de mise à jour du film original ne marche. La première connerie est monstrueuse, parce qu’elle vise à remplacer ce qui marchait très bien chez Paul Verhoeven : faire de Lewis, la coéquipière de Murphy, une femme. Un ancien partenaire féminin à cette nouvelle créature de Frankenstein high-tech qu’est RoboCop, c’était l’assurance d’interroger à chaque seconde de l’intrigue les ressorts émotifs, voire sexuels, du personnage et du spectateur. Comme une version inversée du mythe de La Belle au bois dormant. C’était au centre de l’histoire, une méthode classique de créer du lien entre les personnages principaux. Dans cette nouvelle version, Lewis est un homme, et qui plus est noir, ce qui le relègue selon les codes hollywoodiens au rang de second rôle.

Point de relation interdite entre Murphy et son partenaire, l’axe narratif glisse ainsi vers un autre binôme inattendu. Les deux qui se retrouvent propulsés tête d’affiche, c’est pour ainsi dire Bruce Wayne (alias Michael Keaton) et le comte Dracula (alias Gary Oldman). Belle ironie. Et pour quel profit ? Pas grand-chose. Tout le côté paranoïaque à la Philip K Dick, hérité de la perte de la mémoire de Murphy dans le but de cacher son identité (alors qu’ici on tue tout le mystère en ne la cachant pas), sa perte d’humanité qu’il retrouvera peu à peu en revivant le traumatisme de son assassinat et de sa famille (le personnage féminin essentiel de Lewis dans l’original est comme transféré à sa femme ressuscitée), tout ça est envoyé à la casse pour faire du film, sur fond de transhumanisme sèchement factuel, un simple tire aux pigeons. Murphy ne cherche plus à se reconnecter avec son identité et son passé, ou encore à retrouver sa seule part d’humanité restante à travers la vengeance. Non, Murphy profite de toutes les données numériques de la ville, résout en une seconde plus d’affaires criminelles que n’importe quelle IA entraînée avant lui, et parmi celles-ci, la sienne, suite à quoi il pulvérisera tous les méchants qui lui cassent les couilles (et comme il a deux écrous à la place, il est pas content).

Même quand ils veulent préserver une idée du film original, la mise en scène ne semble pas en comprendre le sens et ça fait plouf. C’était un aspect sur lequel Verhoeven insistait peu mais qui était sa marque : la critique des médias, de la société de consommation, du paraître… Ce qu’on devinait par petites touches chez le cinéaste hollandais à travers des écrans de publicité ou des actualités télévisées. Le film ici est introduit, puis ponctué, par une émission TV écrite pour être comprise au second degré. Sauf que la difficulté, c’est bien de ne pas tomber dans la farce ou dans le démonstratif, parce qu’on le voit souvent, quand on veut dénoncer quelque chose à l’écran, on prend souvent le risque d’être compris de travers ou d’être autrement plus ridicules (jurisprudence Tueurs nés). Une subtilité qui n’apparaît jamais ici : Samuel L Jackson surjoue, on le verrait presque très fort penser qu’il est dans l’outrance pour dénoncer le plus fortement ce qu’il joue… Sauf que pour que ça marche, c’est justement le contraire qu’il faut faire. Un peu comme l’avait fait Verhoeven après RoboCop dans Starship Troopers, l’idée, c’est de jouer délicatement sur le doute, et donc sur la possibilité que ce qui est pris ici trop clairement pour du second degré soit en fait du premier. (Et parfois, la subtilité, c’est à double tranchant : il est difficile de déceler la critique de Verhoeven dans Showgirls — même si vingt ans après, les critiques jurent avoir tout compris.)

Bref. Dracula et Batman ont bien réussi leur exercice de sabotage : grâce à leurs exploits, la franchise RoboCop est tuée dans l’œuf. (Jusqu’à un RebootCop prochain.)


 

Ant-Man, Payton Reed (2015)

Ant-Man, l’homme qui rétrécit les Gilets Jaunes

Ant-Man Année : 2015

7/10 iCM  IMDb

Réalisation :

Payton Reed

Listes :

MyMovies: A-C+

SF préférés

On sent fortement la filiation avec X-Men, Spider-Man et Iron-Man (plus qu’avec Avengers d’ailleurs). Et c’est pas pour me déplaire.

Les entames de séries sont toujours intéressantes quand elles sont réussies, et celle-ci l’est plutôt. Les enjeux dramatiques dans ce genre de compositions n’ont pas grand-intérêt tant ils évoluent quasiment jamais d’un héros à un autre (un psychopathe assoiffé de pouvoir déclare la guerre au genre humain, et c’est là que le héros arrive…), il faut donc se concentrer sur les origines et les fils dramatiques utilisés pour varier (très légèrement à chaque fois) l’identité et les ressorts dramatiques (souvent initiatiques) du nouveau venu parmi la jolie brochette de super-héros affiliés à une peluche customisable. Et dans la veine des héros (tous) imparfaits, celui-ci a un parcours particulièrement réussi (le gendre idéal, papa absent, dévoré par une passion plutôt contraignante : le cambriolage de haut vol). Et comme l’acteur principal est une perle, ça me suffit.

Quand les ingrédients sont bons, il peut arriver qu’on s’en contente. Tout le reste, ultra-formaté, viendra alors rarement me poser problème. Et puis, pour les yeux, les scènes d’action donnent un ballet plutôt réussi. Ce n’est pas toujours le cas.


Okja, Bong Joon-Ho (2017)

Okja

Okja Année : 2017

6/10 IMDb

Réalisation :

Bong Joon-Ho

Avec :

Tilda Swinton, Paul Dano, Jake Gyllenhaal

Veau d’or sous soleil vert…

Il faut noter l’ironie de dénoncer la nourriture industrielle tout en faisant un film foutrement formaté. La cuisine de Bong est par moment indigeste, entre la farce Tex Avery (Jake Gyllenhaal est insupportable), le film émotif à la Disney, l’humour potache et l’action de charcutier. Ça fait trop pour moi.

Si le sujet malgré tout (celui de la satire antispéciste) vaut le coup d’œil, l’ennui l’emporte globalement. J’ai du mal par exemple à comprendre comment on peut s’émouvoir d’une telle relation avec un rythme aussi relevé où les temps-morts sont rares (la séquence la plus lourde est une réunion explicative entre tous les personnages du groupe des Américains : Bong Joon-Ho est trop poli avec ses acteurs et ne contrôle rien). Il y aurait moins d’action, la fillette serait moins contrainte dans ses mouvements (un personnage principal impuissant, c’est chiant), et on aurait utilisé un poulet ou un bœuf à la place de ce machin porcin numérisé et sans charme, je me serais plus régalé… Okja, qu’elle parte à l’abattoir, ça me faisait ni chaud ni froid.

On m’a aussi fait remarquer certaines incohérences dans l’histoire. C’est vrai par exemple qu’il y a un petit côté étrange à voir débarquer le commando antispéciste et la petite, à la fin, dans l’abattoir, avec ses hectares de bétail porcin enfermé dans des enclos à ciel ouvert, et ne pas s’en émouvoir plus que ça (c’est bien là que la réalisation ne prend pas assez son temps pour nous montrer l’étendue du désastre, trop concernée qu’elle est à cet instant pour nous faire participer à une grande cavalcade)


(Me voilà moi aussi lancé dans une longue course, puisque j’entame avec Okja un mois gratuit sur Netflix. Et je compte bien saigner leur catalogue de films récents — il n’y a de toute façon rien à se mettre sous la dent en termes de classiques, c’est même le grand désert.)


 

Icarus XB 1, Jindrich Polák (1963)

Ikarie XB 1

Ikarie XB 1 Année : 1963

6/10 IMDb

Réalisation :

Jindrich Polák

Naissance probable de la SF moderne.

Le high-tech est ce qui vieillit le plus mal (le robot de Planète interdite, la maquette du vaisseau glissant dans l’espace façon jouet d’enfant). On retrouve le Lem de Solaris (folie des passagers ; utilisation du sommeil comme ressort dramatique ; présence des ET sous une forme imperceptible pour l’homme impliquant une forme d’incommunicabilité subit qui n’est pas sans rappeler le rapport spirituel à Dieu, la présence de ces entités mystérieuses se faisant à travers ce qu’en d’autres circonstances on définirait comme des miracles ; voyage sidéral), les couloirs si typiques en forme de nid d’abeilles, et même quelques notes de Jerry Goldsmith (celles du réveil dans Alien si je me rappelle bien, d’ailleurs, une bonne partie d’éléments ressemblent à Alien)…

Au-delà de ces aspects décoratifs donnant le ton aux décennies suivantes, ça reste assez mal maîtrisé. Les défauts de beaucoup de films de l’est de l’époque, à savoir un jeu très guindé et lent. Des décors et des effets, certes impressionnants pour l’époque, mais arrive toujours un élément qui rappelle qu’on est en effet en 1963 et que subsistent quelques éléments d’une science-fiction bientôt révolue : l’arme au rayon laser, les vues de l’espace et des planètes complètement ratées (à des années lumières de ce qui se fera seulement cinq ans après avec on sait quoi). J’avais peur à ce niveau quand arriverait la scène tant attendue de la découverte de la planète blanche, mais ironiquement, le plan de planète est là parfaitement réussie (vue d’une planète forcément en hauteur avec ses canaux comme un mélange de Mars et de Manhattan).

Ce qui est raté en revanche, c’est le contrechamp de la réaction de l’équipage. Dernier aspect qui ne marche pas du tout, celui du film d’équipage justement : dans Alien, Scott et ses copains se recentrent au milieu du film sur Replay, pas seulement faute de mieux, mais bien parce que l’idée géniale de Alien comparée à celui-ci, c’était le principe de film à élimination, donc forcément, on se recentre sur les survivants, et difficile de s’identifier à un équipage dans son ensemble (le thème de la communauté chère à nos amis cocos ne décidément pas le poids face au thème de l’individualisme ; l’héroïsme des foules, personne ne peut y croire). Ici, les deux hurluberlus partis explorés le vaisseau inconnu sont morts, et les deux autres sortis pendant une attaque de l’étoile noire seront gerris par les aliens gentils ; pas le meilleur moyen pour faire grimper l’intensité, à moins de prendre ça pour une grande purge et de se demander, avec beaucoup d’imagination quand on n’a jamais vécu dans un régime totalitaire, si le prochain sur la liste, ce n’est pas justement nous. L’incommunicabilité des peurs, ou simplement des cultures. Aussi.