Le Point de non-retour, John Boorman (1967)

Redoublement post-bac

Note : 5 sur 5.

Le Point de non-retour

Titre original : Point Blank

Année : 1967

Réalisation : John Boorman

Avec : Lee Marvin, Angie Dickinson, Keenan Wynn, Carroll O’Connor, Lloyd Bochner, John Vernon

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Mystère, je double la note. Peut-être que l’amorce lancée par John Boorman avant le film pour l’ouverture de sa rétrospective a fait tilt, un peu comme une introduction loupée et nécessaire qui m’aurait manqué au premier visionnage : « Lee Marvin a été traumatisé par son expérience de la guerre dans le Pacifique, ce film, c’est une allégorie de ce qu’il y a vécu. » Il y a tout un côté “métaphysique”, cynique, désabusé et absurde, voire parfois franchement hilare tellement le type qu’interprète Lee Marvin est buté à ne plus voir sa vie qu’à travers les 93 000 dollars après lesquels il court.

La construction en puzzle est adroite. Possible qu’en amoureux du classicisme de La Forêt d’émeraude, j’avais trouvé Le Point de non-retour trop « nouvelle vague » (ce serait pas loin d’initier plutôt le nouvel Hollywood : on retrouve de tels procédés dans Conversation secrète).

Vu une première fois en 2005. J’en avais tellement un mauvais souvenir que j’avais pas prévu de retourner le voir. De mémoire je voyais ça comme un polar qui décollait jamais, avec un rythme lent et bizarre ; je pense aussi que je ne comprenais pas les motivations du personnage et que son comportement était trop incohérent (pour le coup, fort possible que le côté « le type revient de la guerre » ait fait tilt pour lancer l’ambiance, mais ça, c’est peut-être aussi parce que le début du film est trop confus ; on comprend mal la situation de départ avec ses va-et-vient charcutant le récit introductif entre passé et présent. Il y a un côté Comte de Monte-Cristo, avec l’île, la trahison, la vengeance, qui ne marche pas).

John Vernon est un des meilleurs acteurs quand il est question de se faufiler dans la peau d’un méchant… jusqu’à ce que Boorman lui enlève son slip. Ça doit être l’effet Troisième Homme : les films noirs revus par l’humour imperceptible et subtil des Britanniques.

Et Angie Dickinson est parfaite. Sa première scène est compliquée, et elle aurait pu se rétamer en beauté ; elle joue à la perfection la fille qu’on oblige à se réveiller et encore sous l’emprise des somnifères… Son personnage sert de contrepoint au mutisme et à l’obsession folle de Lee Marvin, qui, lui, tel le héros classique et frigide du western, ne jettera jamais un regard sur une des plus belles femmes du monde. Il faut des aidants dans toutes les histoires (sauf peut-être dans Le Samouraï ; et encore, il doit y en avoir, j’ai en tête que certaines scènes fameuses). Si on y croit, c’est qu’elle aussi a été chahutée par la vie : elle suit Marvin ni par intérêt ni par amour absurde ; elle se rattache à quelque chose de son passé qui lui semble rassurant et familier. Rencontre de deux solitaires que tout oppose.


Le Point de non-retour, John Boorman 1967 Point Blank | Metro-Goldwyn-Mayer (MGM), Winkler Films



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La mort frappe trois fois (Dead Ringer), Paul Henreid (1964)

Note : 3.5 sur 5.

La mort frappe trois fois

Titre original : Dead Ringer

Année : 1964

Réalisation : Paul Henreid

Avec : Bette Davis, Karl Malden, Peter Lawford

Belle surprise. Présenté comme un bis, le film l’est sans doute un peu une bonne partie du film “grâce” à la grosse ficelle censée nous empaqueter le morceau d’une traite (en clair, le point de départ du film, celui de voir la jumelle prendre la place de sa sœur, est très vite expédié).

Pourtant, plus on avance dans le film, plus on oublie ce point de départ grotesque. Bette Davis se révèle très sobre dans son interprétation, il faut dire qu’elle est particulièrement bien entourée (Karl Malden, pour ne citer que lui, qu’on pourrait difficilement faire passer pour un acteur de série B). Surtout, les détours par lesquels on va nous faire passer sont très bien menés. L’astuce tient sans doute ici au fait que ces révélations sont liées à des événements passés et aux rapports troubles qu’entretenait la jumelle avec son mari (et avec d’autres). L’arroseur arrosé. L’arrivée dans le dernier tiers du gigolo de service, joué magistralement par Peter Lawford, est une joyeuse boîte de Pandore qui relance parfaitement le film. Les interrogations et choix à la fin auxquels certains personnages doivent faire face n’ont aussi rien à voir avec un film de série B. On reste bien dans la continuité de nombreux thrillers psychologiques des meilleures années de Hollywood.

Je ne répéterai jamais assez combien il n’y a jamais mieux qu’un acteur pour mettre en scène d’autres acteurs. En voilà une nouvelle preuve ici. Paul Henreid, parmi d’autres talents, était acteur, avait tourné notamment dans Casablanca et avait été le partenaire de Bette Davis dans Now, Voyager tourné vingt ans plus tôt. Comme beaucoup d’artiste austro-hongrois de l’entre deux-guerres, il a travaillé un temps avec Max Reinhardt.


(Je cite Paul Henreid dans mon billet consacré au Hollywood Rush.)



La mort frappe trois fois (Dead Ringer), Paul Henreid 1964 | Warner Bros.

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La Meurtrière diabolique, William Castle (1964)

Slash ménopause

Note : 2.5 sur 5.

La Meurtrière diabolique

Titre original : Strait Jacket

aka : La Coupeuse de tête

Année : 1964

Réalisation : William Castle

Avec : Joan Crawford, Diane Baker, Leif Erickson

Sobrement titré Strait Jacket (camisole de force, en gaulois transposé), cette curiosité révèle quelques moments d’anthologie grotesques. Le plus souvent, il faut bien le dire, on se demande si tous ces excès (ou le ridicule croissant qui en découle) sont volontaires, ou juste le signe d’une déviance tarabiscotée propre à ces années 60 que la cinémathèque dans sa rétro qualifie de “décadentes”.

Si le revirement attendu est tout ce qu’il y a de plus conventionnel (dans le genre « thriller psychologique », à quelques années de Psychose), les excès se cachent dans les détails. Il faut voir Joan Crawford dans la scène où elle drague le fiancé de sa fille… Difficile de croire que toutes ces œillades grotesques ne soient pas volontaires. Autre grand moment d’excellessence programmée, quand la même Crawford peine à faire craquer une allumette face à son psychiatre lui faisant une petite visite “amicale”, et qui ne trouve rien de mieux que de l’allumer en la craquant sur un disque microsillon en pleine vocifération (oui, il y a une forme de génie, dans les excès du grotesque). Les réflexions du père du fiancé face à sa mégère de femme sont aussi splendides (le brave bonhomme, comme les autres, verra sa tête tranchée à la hache comme dans tout bon slasher qui se respecte).

C’est vilain, c’est grotesque, on ose même plus faire des films comme ça aujourd’hui (on ferait plus des séries Z avec le sérieux d’une série A, alors qu’ici c’est une série A se prenant autant au sérieux que les pires séries Z des années 30 ou 40). Mais ça se regarde avec plaisir parce que ça ne se prend jamais au sérieux.


La Meurtrière diabolique, William Castle 1964 Strait-Jacket | William Castle Productions


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Black Line (Kurosen chitai), Teruo Ishii (1960)

Black Line

Kurosen chitai black-line-kurosen-chitai-teruo-ishii-1960Année : 1960

Réalisation :

Teruo Ishii

6/10  IMDb

Film noir avec de fines tendances loufoques. Beaucoup de très bonnes idées, des acteurs impeccables, mais une impression bizarre d’inachevé (le film est relativement court, mais pas que). C’est que l’enquête n’a rien de bien passionnante. Le traquenard était pourtant plein de belles promesses, mais le ficelage est incompréhensible et manque de tension (l’humour détend, forcément).

C’est le second opus d’une série semble-t-il (White Line ou Shirosen himitsu chitai, Yellow Line ou Ôsen chitai, et Sexy Line ou Sekushî chitai). On exploite les filons dès les années 60 au Japon.

Teruo Ishii a réalisé le serial Gang avec Ken Takakura et Tetsurô Tanba, et son humour particulier (ou ses excès) a pu s’exprimer parfaitement en plein période “exploitation” dix ans plus tard avec Female Yakuza Tale.

Du Pinku violent à découvrir… Black Cat’s Revenge fait méchamment saliver (autre film en watchlist, Les Huit Vertus bafouées).

Black Line (Kurosen chitai), Teruo Ishii 1960 | Shintoho


Charley Varrick, Don Siegel (1973)

La Proie, l’Appât et les Truands

Note : 4.5 sur 5.

Tuez Charley Varrick !

Titre original : Charley Varrick

Année : 1973

Réalisation : Don Siegel

Avec : Walter Matthau, Joe Don Baker, Felicia Farr, John Vernon, Sheree North, Norman Fell

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Don Siegel avait tout de même l’art dans les années 70 de proposer des films, et un ton surtout, comme on en n’aura jamais vu par ailleurs ni avant ni après. Mise à part Dirty Harry qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, je suis un inconditionnel des Proies et de Sierra Torride. Et si on parle d’auteur, il y a là bien une marque siegelienne à laquelle cet opus peut se rattacher, faite d’humour, de nonchalance, de nihilisme, de faux masochisme, et synonyme aussi de grand spectacle avec mouvements de fuite, musique tout aussi nonchalante (signée du génial Lalo Schifrin) et images flamboyantes.

Le début du film, le casse d’une banque de l’Amérique d’en bas, est un modèle de thriller et de suspense, mais aussi de montage alterné. Belle gageure, la séquence étant un véritable archétype du genre… Possible par exemple que, si le film est un hommage à La Mort aux trousses surtout sur la fin, que cette séquence soit, elle, un hommage détourné à Gun Crazy où on retrouve la même configuration qu’ici : un même coin paumé, une femme au volant (cette fois, c’est elle qui est déguisée, ou qui porte son habit de scène, comme plus tard Varrick portera le sien), qui attend son homme (ici Walter Matthau et deux autres acolytes). Différence notable, c’est que ce film de Joseph H. Lewis sorti en 1950 est surtout connu pour cette scène tournée… en plan-séquence (on trouve la scène sur Youtube) et qu’ici Don Siegel opte pour un choix totalement opposé en multipliant les sujets, les points de vue, pour former une géniale séquence en montage alterné.

L’histoire est tirée d’un roman écrit par un inconnu (et dont le titre original me semblait bien meilleur que Charley Varrrick : The Looters, Les Pilleurs), mais c’en est pas moins un modèle. Le film noir est mort, le polar siegelien débarque. La brutalité n’est plus celle des méchants de l’ombre, mais bien celle du héros principal. De vrais mauvais garçons, et pire que tout, des malfrats sympathiques. Après quelques décennies de code Hays, il faut réinventer le genre qui s’était à peine dessiné en « crime films » au début des années 30. Fini les grandes villes, bonjour l’Amérique profonde, voire parfois la banlieue de Los Angeles, autrefois trop claire pour servir le film noir (c’est une généralité, voire un archétype imaginé a posteriori sur une poignée de films, Fallen Angel de Otto Preminger est un exemple de film noir tourné en Californie). Adieu les femmes fatales, bonjour les femmes-objets dans une société où c’est l’objet qui nous domine (sorte de mix étrange entre pseudo-féminisme et critique du matérialisme de la société de consommation).

Charley Varrick, c’est l’alliance improbable du western qui se meurt dans son crépuscule et le film noir qui s’est déjà mouru dans l’ombre plus d’une décennie plus tôt. Le polar à la sauce 70 vient trotter sur les pas de Hud (Martin Ritt, 1963) ou de Seuls sont les indomptés (David Miller, 1962) : la mort du western où les grands espaces ne sont plus que des terrains vagues ; chapeaux et santiags sont là pour faire jolis, les chevaux ronflent maintenant sous les capots d’étranges chars métalliques, et la place des duels du village est remplacée par une piste d’atterrissage improvisée au milieu des épaves automobiles… Les ombres du film noir ont disparu, la tonalité est la même ; l’ombre au tableau, identique, on l’éclaire désormais d’une lumière criarde et de paillettes. Le folklore pour mieux cacher les désillusions d’un monde à l’agonie ; l’humour et le cynisme comme seuls moyens de subsistance ; le nouvel Hollywood, qui recueille les lumières expirantes des fars inaccessibles des boulevards aux étoiles entre deux sorties d’autoroute, entre deux mégapoles, à la frontière du désert qui maintenant n’est plus rien sinon un dépotoir et une zone morte depuis que le Pacifique n’est plus un rêve, un but, mais un mirage ne reflétant plus que les lumières fardées et autocentrées de l’usine rêve : Hollywood.

Charley Varrick dévalise une banque, cela pourrait tout aussi bien être un hangar, un studio de cinéma. Il y aurait trouvé le même argent sali par l’orgueil, les fausses illusions, les mêmes connivences troubles, les mêmes mensonges. Varrick y perd sa femme, c’est un homme maintenant libéré de toute contrainte qui va pouvoir savamment, patiemment, froidement, tout faire valser. Dirty Varrick. Seul contre tous, d’abord contre son embarrassant complice, puis la police, et enfin la mafia. Les armes du cygne ? Un peu de dynamite pour tout faire exploser et de jugeote pour s’extirper d’un piège dans lequel il est tombé, s’en extirper comme on prépare le grand casse du siècle. Un magicien de la piste notre Varrick : il cite Hitchcock, mais c’est bien avec surprise qu’il nous appâte aussi et finit par nous tromper. Un tour est un tour, quoi qu’en dise Alfred : on devrait s’attendre à être trompés, mais le stratagème est trop bien ficelé pour ne pas nous éblouir quand il nous pète à la figure.

Pour garder une longueur d’avance (Varrick l’avait déjà en comprenant qu’il était tombé dans un piège qui n’était pas tendu pour lui, ni pour personne), ce franc-tireur, solitaire intégriste, impose le terrain à son adversaire, impose ses propres apparences et son expertise (le choix de l’arme). Les gros poissons se laissent toujours tenter par les plus gros appâts, même si ça les ferait sortir une seconde de leur élément. Et l’ancien Hollywood, avec ses complices de la société de surconsommation, ces mafieux qui ont troqué depuis longtemps les flingues pour les sourires hypocrites, tout ça peut alors se faire voir dans un dernier bûcher. Varrick y cédera la part misérable qu’on lui prêtait pour le casse, et se joue ainsi des apparences d’un monde qui l’avait dépossédé de tout.

Voler les escrocs par l’escroquerie.

La misère matérialiste, quand elle sait travailler avec sa tête, peut se révolter et tout faire péter dans ce monde d’escrocs. Avec la seule idéologie qui vaille alors : le nihilisme. Un coup de pied dans la fourmilière et au revoir. Aucun message, aucune morale. No future. Quand ça vient d’un flic, c’est réactionnaire ; quand c’est un ange vengeur, tout lui est permis. Choisis ton côté de la barrière.


À croiser avec Le Point de non-retour.


Charley Varrick, Don Siegel (1973) | Universal


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La Vie d’un tatoué, Seijun Suzuki (1965)

Puzzle spatial

Note : 4.5 sur 5.

La Vie d’un tatoué

Titre original : Irezumi ichidai

Année : 1965

Réalisation : Seijun Suzuki

Avec : Hideki Takahashi, Masako Izumi, Akira Yamauchi
Yûji Odaka

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On trouvera toujours quelque chose de surprenant dans cette dernière décennie de l’âge d’or du cinéma japonais… Le film souffre de quelques excès tout à fait charmant qui frise la parodie (ce que Le Lézard noir, vu récemment, était incapable de faire), mais La Vie d’un tatoué est probablement un de ces films étranges où tout s’accorde par hasard pour en faire, parfois, un chef-d’œuvre.

Il y a bien sûr la présence de Seijun Suzuki à la réalisation, qui fait notamment preuve de son extravaguent talent visuel dans la dernière séquence, un affrontement « un contre tous », avec notamment une contre-plongée presque sidérante prise sous le tatami et une plongée en plan-séquence sur le ballet des duels au katana (façon Old Boy).

Pourtant ce sont deux autres aspects qui m’ont fasciné dans ce Irezumi ichidai : l’histoire et le lieu où les personnages évoluent. Les deux sont liés, et si on a affaire à un film de yakuza, on y retrouve l’aspect serial de certains films de l’époque (Zatoichi, La Pivoine rouge — et des Ninkyo eiga qui me restent inconnus) ou même de certains films de samouraïs où on retourne à la campagne pour croiser ces populations autochtones comme dans les vieux contes, ces auberges tantôt accueillantes tantôt inquiétantes, toujours d’étranges lieux de passage et de rencontres. On pourrait presque être chez Dumas ou dans Miyamoto Musashi.

Seijun Suzuki (1965)

L’histoire est simple, d’un grand classicisme, mais c’est l’alliance de ses éléments qui forment une sorte d’alchimie efficace. Un yakuza et son frère se sont faits truander par leur propre clan et échappent de peu à la mort. Ils entreprennent alors de rejoindre la région qui apparaît comme la terre promise, l’Eldorado d’alors : la Mandchourie. Faute d’argent, à nouveau truandés, ils se voient obligés de travailler dans une mine. D’abord mal vus, ils parviennent à gagner la sympathie des mineurs et l’intérêt de la fille du propriétaire. La suite est merveilleusement prévisible, bien huilée comme une symphonie au phrasé déjà connu, jamais dissonant. Et il y a donc dans cet univers, une gestion de l’espace qui rappelle certains westerns ou épopées : chaque scène propose presque un nouveau décor tout en restant souvent dans un lieu reconnaissable, si bien qu’on finit par nous reconstituer mentalement la représentation de l’espace qui crée une forme de jouissance imaginative qu’on retrouve dans assez peu d’autres films. Pour ça, il faut aussi retrouver certains espaces mythiques voire archétypaux (la rivière et ses chutes, l’intérieur de la mine, la cellule de prison, la maison du propriétaire, et les ruelles avec leurs nombreuses échoppes…).

Certains événements sont tellement traités avec désinvolture ou excès qu’on est à la limite de la dérision (c’est trop bien mené pour croire à une véritable série B). Par exemple quand le héros vient à s’évader, ou à sortir plutôt, de sa cellule, ou la manière dont est traitée l’histoire d’amour, le jeu de séduction, on peine à croire en toutes ces circonstances heureuses, mais c’est si bien fait que ça n’apparaît plus que comme un jeu.

Grand plaisir.


La Vie d’un tatoué, Seijun Suzuki 1965 Irezumi ichidai | Nikkatsu


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Le Lézard noir, Kinji Fukasaku (1968)

Le Lézard noir

Kuro tokagele-lezard-noir-kuro-tokage-kinji-fukasaku-1968Année : 1968

6/10 IMDb iCM

Réalisation :

Kinji Fukasaku

Avec :

Akihiro Miwa, Isao Kimura, Kikko Matsuoka, Yûsuke Kawazu, Kô Nishimura

On peut difficilement imaginer film plus baroque (voire kitsch), et c’était probablement l’ambition affichée… mais de qui ? Est-ce un film de Rampo Edogawa (l’auteur de l’histoire) ? de Kinji Fukazaku (le réalisateur) ? de Yukio Mishima (qui a assuré ici l’adaptation “théâtrale” et qui s’amuse en y jouant une “poupée”) ? J’aurais tendance à penser vu la réputation dont peut jouir l’auteur du Pavillon d’or qu’on irait sans problème mettre toutes les qualités supposées (mais aussi parfois réelles, bien que très très rares) du film à son crédit. Sauf que tout ce que touche Mishima n’est pas d’or, non. Sans compter que le problème majeur du film, c’est bien qu’on n’a aucune idée de qui tient la barre. Ç’a son charme, à la Casino Royale, reste que si on juge le film dans sa cohérence, ça n’a ni queue ni tête. Quant au plaisir, il se limite surtout au format…

Le début du film est plein de promesses, et cela on le doit principalement à Fukazaku qui semble se faire la main pour ses prochains effets de Combat sans code d’honneur (zooms, gros plans, panos rapides et montage syncopé, parfois même comme ici avec un rythme lent). Le jeu de regards (encore et toujours) est très réussi. Malheureusement la suite part complètement en vrille, volontairement souvent, mais c’est rarement drôle. Reste, c’est vrai, quelques fulgurances dans les dialogues. Et surtout une image comme on en fait plus aujourd’hui.


(Vu également quelques jours plus tard, le Nain, de Seiichiro Uchikawa (1955), adapté du même Rampo Edogawa… et c’était une catastrophe — Seiichiro Uchikawa réalisera presque dix ans plus tard Dojo yaburi.)

Le Lézard noir, Kinji Fukasaku 1968 Kuro tokage | Shochiku