A Single Man, Tom Ford (2009)

A Single Man

A Single Man

Année : 2009

6/10 iCM TVK IMDb

Vu le : 25 août 2019

Réalisation :

Tom Ford


Avec :

Colin Firth, Julianne Moore, Matthew Goode

Une entrée en matière élégante qui présage le meilleur jusqu’à ce qu’on comprenne ce que nous réserve ce Mr Falconer. Là, ça devient aussi passionnant et gênant que d’écouter les menaces au suicide des grands déprimés.

Les jump cuts (à la Lars von Trier avec des sauts narratifs plus qu’à la JLG), les montages-séquences, tout ça est follement joli, surtout quand c’est couplé, comme au début, à la voix intérieure de ce professeur d’université. Malheureusement, à la longue, quand c’est employé dans des moments plus dramatiques, ça frôle la sensiblerie facile, et c’est déjà moins élégant. Ce Tom Ford semble si attentif aux choses du paraître qu’il faudrait lui dire qu’il y a bien une certaine forme de goût à appuyer certaines séquences difficiles avec de tels effets. Même chose pour la musique, un peu trop directrice à mon sens.

Pour le reste, vu ce qui était proposé au début, une grosse déception. Un Feu follet sans génie ou le récit de la dernière journée (quasiment fantasmée, je vais y revenir) d’un homme n’étant pas parvenu à retrouver le goût de vivre après la mort accidentel de son amoureux. Le problème, c’est que si on suit Mr Falconer tout au long de la journée, on en sait pas beaucoup plus sur lui malgré les divers flashbacks ou discussions plus ou moins profondes qu’il peut tenir avec les rares personnages qui parsèment ces quelques heures. Difficile de s’attacher à lui, ou de comprendre ses (morbides) aspirations. Ce ne sont pas ses rencontres qui le rendront plus sympathiques : sa voisine anglaise et amie de longue date (Julian Moore, insupportable comme d’habitude) lui balance des saloperies sur le couple qu’il formait avec son ami disparu ; il a le temps de s’enticher brièvement d’un bellâtre espagnol semblant droit sorti d’une pub Levis, et d’un éphèbe aux yeux de bébés, qui malgré la place qu’il prend dans sa vie pour les dernières heures de son existence, n’a foncièrement rien à lui dire ou même à lui proposer de bien original (à part une virée sur la plage — l’équivalent pour les films romantiques aux fleurs offertes à l’anniversaire de mamie).

C’est là qu’on voit que les fantasmes des hommes homosexuels ne divergent aucunement des hétéros. Un homme mûr et respecté, sorte de stéréotype vieilli du gendre idéal, ne rêve que de jeunes hommes aux yeux bleus, à la carrure parfaite et au cerveau allégé. Très bien au fond, pourquoi les homos devraient-ils avoir des fantasmes différents des autres ? Ben, peut-être que c’est un film justement, pas un fantasme. Et que ça, ça en rajoute encore au caractère gênant du film. On échappe pourtant au pire, Colin Firth inspirant probablement à chacune de ses apparitions une certaine forme d’empathie chez le spectateur ; un tout autre que lui n’aurait pas autant aidé le film à tendre vers la bonne direction. Imaginons Kevin Spacey à sa place, et ça deviendrait tout de suite autre chose (quoi que, ce serait amusant).

12h08 à l’est de Bucarest, Corneliu Porumboiu (2006)

12h08 à l’est de Bucarest

A fost sau n-a fost?Année : 2006

Vu le : 30 mars 2019

8/10 iCM TVK IMDb

 

Réalisation :

Corneliu Porumboiu


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Une idée lumineuse, une obsession et une représentation face caméra en guise de Guignol moderne. À la fois poétique et drôle.

L’idée lumineuse, c’est celle que les révolutions (en tout cas celle-ci) font en quelque sorte tache d’huile en se répandant presque comme par capillarité d’une ville à une autre, à l’image des réverbères s’allumant un à un dans le crépuscule des villes. C’est la première image du film, et on ne le comprend alors évidemment pas à cet instant. Que l’allégorie soit pertinente ou non, ça importe peu, elle est jolie et illustrée de la meilleure des manières. D’ailleurs, si tout le film repose sur un seul questionnement (y a-t-il eu ou non une révolution dans cette ville « à l’est de Bucarest » ?), rien sur le contexte réel politique pour le moins confus étant à l’origine (en partie) de cette révolution (la manipulation par certains de rumeurs faisant état de massacres dans la ville de Timișoara, rumeurs propageant le chaos et allant s’amplifiant face à un pouvoir à l’agonie et précipitant sa chute dans un finale spectaculaire digne de la fuite de Varennes). Rien sur la manipulation des faits connus donc, mais une interrogation quasi-identique liée aux agissements des uns et des autres localement. Comme le dit un des protagonistes, chacun sa révolution, mais aussi chacun son rapport vis-à-vis de la manipulation de l’information et des faits.

Le tout prend en tout cas un détour franchement hilarant. L’absurde, ou le cynisme, d’un Puiu par exemple, se transformant ici en une farce lors de l’émission de télévision locale dédiée justement à cette question : y a-t-il eu des contestations réprimées dans la ville avant la chute du pouvoir ou la foule n’est-elle sortie sur la place de la mairie que pour fêter la fin du régime… Le procédé est économe (une grosse partie du film consiste à montrer trois hommes assis face caméra) mais follement efficace. Le comique vient ici beaucoup moins des répliques que des situations embarrassantes auxquelles les trois participants à cette émission devront faire face : révélations par les auditeurs, soutien malheureux et maladroit d’un commerçant chinois, références mythologiques vides de sens…

Une petite merveille.

La Mort de Dante Lazarescu, Cristi Puiu (2005)

La Mort de Dante Lazarescu

Moartea domnului LãzãrescuAnnée : 2005

Vu le : 28 mars 2019

9/10 iCM TVK IMDb

 

Réalisation :

Cristi Puiu


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Apparemment le premier film de cette nouvelle vague roumaine apparue au début du siècle. La méthode est quelque peu différente de celle qu’emploiera le réalisateur quand il se mettra lui-même en scène pour Aurora (il y est presque muet), parce que si on suit là encore de bout en bout le même personnage principal, et cela sur une durée très limitée, si les plans-séquences (rarement fixes) sont là encore bien présents, c’est beaucoup plus bavard.

Semble alors se dessiner une technique de direction d’acteurs, tendance naturaliste, et comme seuls probablement des acteurs sont capables de les mettre en œuvre. Je parle d’improvisation dirigée : si certaines répliques (notamment tout le lexique médical) sont probablement écrites à l’avance, une grande part de liberté semble être laissée aux acteurs, du moins lors du travail préparatoire, les laissant proposer un certain nombre de pistes donnant de la chair aux personnages (autrement dit une histoire personnelle, un vécu avec les autres protagonistes). Une fois que tout cela serait mis en place et respecterait la ligne que ce serait fixé Puiu, il peut alors tourner. Je serais curieux de voir sa méthode de travail avec les acteurs.

Le résultat est en tout cas formidable. On suit l’agonie d’un vieil homme irascible, persuadé, lui, que c’est son vieil ulcère qui fait des siennes, et devant, accompagné de l’infirmière l’ayant pris en charge depuis la première heure, subir la répétition quasi-absurde des diagnostics pratiqués des médecins urgentistes déjà débordés et plus accaparés cette nuit-là par des accidentés de la route. La conscience de Dante Lazarescu s’amenuise à mesure que notre empathie grandit pour lui, d’abord lassé, piqué, et pour finir comateux face à ce comique de répétition absurde.

Paï, Niki Caro (2002)

       Paï

5/10 IMDb

Réalisation : Niki Caro

Des grosses ficelles épuisantes. On croit voir une histoire formatée par, ou pour, des recettes toutes prêtes hollywoodiennes. Impossible d’échapper à tous le catalogue de passages obligés. Ce ne serait pas si ennuyeux avec une réalisatrice de talent… (Jane Campion a les mêmes travers, mais elle a réalisé, elle, un chef-d’œuvre).

Au-delà des tours et détours laborieux du récit, surlignés par des dialogues puérils ou une musique tapageuse, l’aspect le plus mal maîtrisé reste le choix des acteurs et la direction d’acteurs. La question de l’opposition entre les générations, entre modernisme et tradition, avec comme ici la question de la place de la femme dans la (petite) société, c’est un sujet fréquemment rabâché dans le cinéma japonais de l’âge d’or par exemple, et ça nous donne une idée des pièges à éviter.

La gamine est certes jolie, mais l’idée d’en faire un garçon manqué casse à mon sens toute la logique « féministe » de la chose. On n’y croit pas une seconde. La seule séquence où l’actrice arrive à me convaincre est celle où, affublée du costume traditionnel, elle récite son discours dédié à son grand-père absent de la salle : pour la première fois non seulement on voit une gamine, touchée, vulnérable, bref, pas seulement une fillette, mais un être humain auquel s’identifier. Le reste du temps, le fait de surjouer le côté garçon manqué, parfaite en tout mais lisse, aurait plus tendance à la rendre insupportable et assez peu crédible.

L’interprétation du grand-père se heurte aux mêmes écueils : ce n’est pas parce que c’est l’opposant principal du récit qu’il faut en faire un homme aussi antipathique.

Aucune nuances auxquelles se rattacher ; deux blocs s’opposent, et comme par magie, toutes ces frictions devraient disparaître lors d’un dénouement forcé dans lequel chacun serait amené à reconnaître la part cachée qu’on refusait à voir jusqu’alors… Ridicule, pour ne pas dire vulgaire.

Oasis, Lee Chang-dong (2002)

Oasiseu

7/10 IMDb

Réalisation : Lee Chang-dong

Le défi ultime d’un cinéaste : arriver à mettre en scène l’amour d’un débile profond et d’une handicapée moteur.

Impossible à jouer avec des acteurs professionnels (un détail de l’intrigue interdit de pouvoir avoir recours à une vraie handicapée). Pourtant, ça marche plutôt bien grâce à une mise en scène retenue : je n’ai pas eu l’impression que Lee Chang-dong tirait sur la musique pour appuyer sur la corde sensible par exemple, et le rythme des séquences, avec des ellipses très efficaces, ne laisse en fait jamais le temps de trouver ça exaspérant. Habile…

Le plus dur avec un tel sujet, c’est de trouver la distance, entre le danger du ton sur ton en s’identifiant totalement à la situation, en appuyant chaque effet à la façon d’un Hope par exemple et pour rester en Corée, et entre une trop grande distance qui rendrait le tout ennuyeux ou grossier (la distance pouvant alors être un prétexte ou un moyen à en montrer toujours plus, plus longtemps). Sans la délicatesse d’un grand cinéaste une telle histoire serait franchement suspecte, le sujet étant malgré tout fort casse-gueule.

C’est peut-être d’ailleurs ce qui est étonnant dans le cinéma de Lee Chang-dong (Poetry ou Secret Sunshine, je mets à part Peppermint Candy, sophistiqué certes, mais moins dans le ton des suivants). Il y a toujours dans ses histoires des détails ou des sujets sordides, mais le traitement qu’il en fait est toujours juste. Il y a un peu de Shôhei Imamura en lui.

The Company, Robert Altman (2003)

Company

4/10 IMDb

Réalisation : Robert Altman

Chronique du vide reprenant le principe (entre autres) de Footlight Parade en en rognant tous les enjeux et l’épice. Dramatiquement pauvre et sans tenue.

Malcom MacDowell a certes un petit côté James Cagney en maître de cérémonie hautain, mais il n’est pas crédible une seconde en chorégraphe tyrannique. Le duo Neve Campbell (productrice et à qui on doit le projet) James Franco ne marche pas plus.

C’est pas donné de s’insérer dans la méthode Altman, et le boss ne semble manifestement pas très impliqué pour forcer un réalisme qui ne cesse de nous échapper tout au long du film.

Les séquences dialoguées sont lentes. Tous les rapports forcés sans la moindre nuance. Les scènes de danse sont longues et chiantes : même quand on aime la danse — ce qui est mon cas —, c’est un supplice : non seulement à force de danser sans lien avec la musique et en ajoutant les bruits des pas, on ne se laisse jamais porter par des gesticulations acrobatiques où la poésie n’est que trop absente (il faudrait manger un peu de Martha Graham pour se laver les yeux) ; et en plus de ça les dialogues qui sont censés illustrer ce qu’on y voit semble là encore forcés, peut-être techniques mais… pas forcément en rapport avec ce qu’on vient de voir et surtout de gros clichés ramassés sans la moindre nuance.

Company, Robert Altman (2003) Sony Pictures Classics, Capitol Films, CP Medien AG

Le problème dans le style Altman, c’est souvent son intérêt pour la composition naturaliste des rapports humains, en particulier dans des milieux à la fois fermés ou bien définis, mais aussi avec de nombreux éléments ou personnages. Une troupe, ça devrait coller effectivement parfaitement avec son style. Sauf qu’à force de diluer la dramatisation dans une forme qu’on ne maîtrise plus, on perd les deux : le sens dramatique (la tension) et la saveur du réalisme. Dès qu’on assiste à un tournant dramatique, là où un Altman en forme se serait attaché à rendre le naturel de la chose sans l’éclipser, ici c’est au fond comme s’il s’en détournait de peur de tomber dans des excès « hollywoodiens ». Il y a un juste milieu entre le refus des conventions « classiques » dans le traitement des événements, et l’attachement à une forme naturaliste. Une forme d’alchimie : quand on croit plus à ce qu’on voit, même en se détournant assez des passages obligés pour augmenter la tension, le spectateur peut encore s’y identifier en adhérant aux enjeux qui sont encore là, rien que par le jeu des acteurs. C’est un peu comme quand on décide de jouer la carte de la distanciation (en opposition toujours à l’identification) : on prend toujours le risque de perdre son public.

Un exemple assez désastreux de rehearsal movie.

Vendredi soir, Claire Denis (2002)

Vendredi soir

Vendredi soirAnnée : 2002

7/10 IMDb

 

Réalisation :

Claire Denis


Avec :

Valérie Lemercier, Vincent Lindon


Vu le : 8 octobre 2017

Les personnages sont toujours aussi antipathiques chez Claire Denis (des types qui draguent à tout-va et des nanas qui baisent les premiers venus la veille de s’installer avec son homme : désolé, je n’aime pas les cons qui ont besoin de baiser pour se prouver qu’ils existent), mais l’exercice de style est parfaitement réussi : poétique, contemplatif. Ça devient moins supportable dès que Vincent Lindon se pointe et que le tout tourne à la vulgarité.

Même Grégoire Colin est formidable : il file un râteau à Valérie Lemercier, et au revoir. Deux heures de présence sur le tournage, cinq secondes à l’écran, et Grégoire fait ses heures pour le chômage des intermittents, meilleur rôle ever (moins on voit Grégoire, meilleur il est).

C’est tout de même mieux quand Claire Denis filme des femmes. Ses personnages masculins sont des verges dures et moisies, c’est difficile à avaler (…, c’est vendredi soir pour tout le monde).