Les Arpenteurs, Michel Soutter (1972)

Conte divers

Les ArpenteursAnnée : 1972

Réalisation :

Michel Soutter

7/10  lien imdb
Cent ans de cinéma Télérama

Avec :

Marie Dubois, Jean-Luc Bideau

Vu le : 2 mars 2017

Sympathique. On dirait du Rohmer joué comme du Bresson torché par du Blier. Autrement dit des histoires de culs amusantes, des dialogues très écrits flirtant avec l’absurde, joués de manière très distante, voire fausse. La distribution est malheureusement inégale, mais Marie Dubois et Jean-Luc Bideau, c’est quelque chose. V’là de l’acteur.

Un petit avant-goût des répliques. Un type demande à Léon (Bideau) à quoi on reconnaît une pute. « Je crois que ma voisine, c’est une pute. Tu pourrais me dire toi, si c’en est une ? – Ah, je crois bien, je suis pas sûr. – Tiens, regarde cette photo, à ton avis, c’est une pute ça ? – Ah… je dirais qu’il y a des chances oui. – C’est ma femme. – Ah, excuse-moi ! »

Du Blier joué comme du Bresson, et ça donne comment Rohmer aurait toujours dû écrire et diriger ses films. Avec l’insolence et la fantaisie qui va avec.

Des jours et des nuits dans la forêt, Satyajit Ray (1970)

Quatre Garçons dans le vent

Aranyer Din Ratri

des-jours-et-des-nuits-dans-la-foret-satyajit-ray-1970Année : 1970

Réalisation :

Satyajit Ray

9/10 lien imdb 8,2 TVK  lien iCM
Listes :

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L’obscurité de Lim

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Lim’s favorite comedies

Avec :

Soumitra Chatterjee
Sharmila Tagore
Simi Garewal
Kaberi Bose
Subhendu Chatterjee
Rabi Ghosh
Vu le : 4 novembre 2016

Chef-d’œuvre plutôt inattendu pour Satyajit Ray. Je ne l’attendais pas sur le terrain de la comédie douce amère.

Comme l’impression que le principe du film (un groupe — uniquement constitué d’hommes ici — venant séjourner quelques jours à la campagne) est un sorte d’archétype dramatique. On le trouve à la fois dans des comédies italiennes, quelques films de l’est, ou dans des classiques hollywoodiens.

C’est merveilleusement bien écrit, c’est drôle, c’est charmant (avec ces petits jeux de séduction attendus), et ça n’oublie de pas de finir avec une note dramatique nous rappelant le fossé entre les personnages décrits tout au long du récit, des nantis, et les “invisibles”, cette majorité silencieuse qui souffre sans se plaindre.

Un film idéal pour mettre en avant le talent de ces acteurs, les habitués des films de Ray.

La ligne narrative se sépare dans le dernier tiers pour se focaliser dans un montage alterné sur chacune des histoires personnelles et amoureuses que ces hommes auront lors de ce court séjour à la campagne.

C’est drôle, charmant, brillant et acide. Autant de qualités ne peuvent que pousser à l’admiration.


(Vu également Enfermé dans des limites, de 1971. Sorte de redite de Charulata mais avec un récit beaucoup plus axé sur le personnage masculin et surtout sur son travail. Loin d’être un naïf, le film montre comment il se laissera corrompre et initiera même une crapulerie pour sauver sa peau et celle de son entreprise. Ray n’oublie pas de prendre un acteur charmant et de le rendre sympathique avant de montrer le processus qui fera de lui un salaud. Seulement tout cet aspect social est un peu ennuyeux, et on ne désire tout du long qu’une chose, revoir les scènes avec sa belle sœur. La corruption est partout. L’hypocrisie aussi.)

They Might Be Giants (Le Rivage oublié), Anthony Harvey (1971)

They Might Be Giants

Le Rivage oubliéthey-might-be-giants-le-rivage-oublie-anthony-harvey-1971Année : 1971

Vu le : 21 avril 2016

Réalisation :

Anthony Harvey

8,5/10  lien imdb

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L’obscurité de Lim

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Les fous au pouvoir !… Qui est fou ? Les doux rêveurs ou la société ?

Quelques moments de « bravoure » d’anthologie, du théâtre filmé, des dingues en pagaille, de cette folie plus proche de la raison que certains hommes sages ne le seront jamais (on est chez Shakespeare, Cervantès ou chez Erasme) et la plus savoureuse entre tous, l’une des comédiennes les plus phénoménales du monde plat, à l’imagination débordante et à la maîtrise totale, au charme unique… Joanne Woodward. Difficile de croire que c’est la même qui l’année suivante tournera De l’influence des rayons gamma… Temps écoulé avant le quasi coup de foudre : 5 minutes. Chaque mimique, chaque geste, chaque moue boudeuse, chaque interrogation, chaque sourire est une caresse. Watson, je vous aime.

Mais il faut aussi voir le film pour George C. Scott, tellement improbable en Sherlock, et donc forcément fascinant et crédible dans ce personnage où malgré les apparences, lui seul fait preuve de finesse, d’intelligence et de sagesse. Jusqu’à ce que lui aussi succombe, à la plus douce des folies, l’amour.

Et puis surtout… « There’s no more westerns!« . L’acte de mort d’un genre qui se déclare dans un film censé être complètement dingue. La vérité sort de la bouche des fous.

Ce qu’on pourrait appeler un vrai film pour cinéphiles. Un éloge des tordus, des battants lutant contre les faux-semblants, et de l’amour. De la douce folie aussi.

Hanzo the Razor 2 : L’Enfer des supplices, Yasuzô Masumura (1973)

Comme un spoil pubien sur la soupe

Goyôkiba: Kamisori Hanzô jigoku zemeHanzo the Razor 2 : L'Enfer des supplices, Yasuzô Masumura (1973)Année : 1973

Vu le : 29 avril 2012

Note : 7

Liens :

lien imdb 7,1 lien iCM

Listes :

Jidai-geki à lame

 

Réalisation :

Yasuzô Masumura

Avec :

Shintarô Katsu
Keiko Aikawa
Kazuko Inano
Kô Nishimura

 

« Inspecteur Hanzo, je vais pardonner ton affreuse grossièreté. Parce que tu as agi par conscience professionnelle. Mais ne t’avise pas de recommencer.— Tu vois, il est gentil ?

— Non. »

→L’insolence.

Hanzo et ses hommes découvrent le corps d’une femme gisant dans sa chambre :

« La fille d’un riche marchand… Mais c’est bizarre, on dirait une pute. Regarde, ses tétons sont tout noirs.

— Qu’est-ce qui a bien pu la tuer ? Pas de trace d’étranglement, aucune blessure…

— Une femme ne révèle rien en surface. Pour savoir ce qui l’a tuée, il faut vérifier là…

Hanzo exerce ses talents de gynéco.

— Elle a avorté. »

→Bizarre, bizarre.

« Je suis l’inspecteur Hanzo. Je vous arrête tous pour avortement ! »

→ Ahah !

« Tu dis la vérité ?

— Vous êtes le très méritant inspecteur Hanzo. Comment pourrais-je mentir ?

— Je te crois. »

→Joyeux dupe.

« Qui es-tu ?

— Moi ? Je suis l’officier de l’enfer. »

→Dirty Hanzo.

« Tu vas connaître la fameuse méthode de torture d’Hanzo. Tu as supporté l’enfer. Maintenant je t’envoie au paradis…

— Tu ne pourras rien. Je suis mariée avec Bouddha ! Jamais je ne trahirai !

Il la viole, et tout en la violant continue l’interrogatoire :

— Qui tire les ficelles de cet odieux trafic ? Parle ! Qui ?

— Non…

— Si tu n’avoues pas, j’arrête !

— Non, ne t’arrête pas ! »

Voilà, tout Hanzo est là. Un Matamore à la hauteur. Peut-être même plus drôle que le personnage de Corneille, parce que Hanzo, s’il est grossier, grandiloquent et vantard, il est aussi bien futé que puissant. Il y a un peu de Don Quichotte également chez lui, mais là encore si tout frôle la démesure, sa puissance n’est pas feinte et ses ennemis bien réels. Et sa grande réussite, c’est que malgré l’apparence d’un être grossier et d’un caractère libidineux pour qui toute logique passe d’abord à travers celle de son sexe, eh ben derrière ça, c’est étrange de le dire, mais il garde une certaine retenue, je n’ose dire pudeur, qui force, oui, le respect. Ailleurs (en Chine par exemple ou vu par Jerry Lewis), un acteur en aurait rajouté et aurait multiplié les mimiques. Le génie de Shintarô Katsu, il est d’en faire un personnage impassible, comme si le haut du corps gardait une certaine noblesse et que le bas, nu et dressé, était près toujours à l’action. C’est ce décalage (et une ambiguïté qui passe également à travers le langage puisque Hanzo paraît toujours désinvolte, contrarié par des pensées bouillantes qu’il parvient toutefois à contenir) qui produit la sympathie et l’hilarité. Comment rire sinon d’une situation où un type viol une femme pour lui faire dire la vérité ?…

Les Joueurs d’échec, Satyajit Ray (1977)

Les Joueurs d’échec

Shatranj Ke Khilari (The Chess Players)Année : 1977

Réalisation :

Satyajit Ray

6/10  lien imdb

Vu en mars 2011

Encore un film de petit bourgeois de Satyajit Ray. Un film de salon. Charulata[1], dans le genre, était plus réussi (ou aurait ma préférence). Là aussi il y a une idée de base qui est intéressante, mais on voudrait sortir un peu de ces salons… et surtout ça manque cruellement d’idylle au champ cette affaire.

Bref, deux amis dans la dernière province indépendante d’Inde au XIXᵉ siècle passent leur temps à jouer aux échecs. Ce sont des hommes de la noblesse, mais ne s’intéressent pas du tout à la politique. On le voit donc chercher à jouer malgré les troubles politiques et les troubles dans leur ménage. C’est presque ironique : jolie  pagaille autour d’eux, tout change, mais eux ne veulent jouer leurs parties et rien d’autre. Ils finissent dans la cambrousse pour être tranquilles pendant que leur roi achève un traité d’allégeance à la reine Victoria… Tout un symbole.


[1] Charulata

Le Magnifique, Philippe De Broca (1973)

Le MagnifiqueLe Magnifique, Philippe De BrocaAnnée : 1973

Réalisation :

Philippe De Broca

9/10  lien imdb
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Films français préférés

Une histoire du cinéma français

Vu le : 7 août 2007

Ça faisait bien vingt ans que je n’avais pas vu le film. Je ne me rappelais pas que c’était aussi con (donc forcément génial).

Tout petit j’étais fan de bebel et de Bruce Lee. J’ai arrêté le karaté après deux séances et j’ai fait dix ans de théâtre après avoir vu Belmondo dans Cyrano. J’avais complètement oublié mes premiers amours !

Dans le genre cabots géniaux. On a eu Bebel en France, Gassman en Italie, Kinski (même si dans un registre plus réaliste : lui était vraiment fou et faisait un peu moins rire), les Anglais ont eu Peter Sellers (mais tous les acteurs anglais sont des cabots et depuis 50 ans, ils ont les meilleurs acteurs du monde), les Américains ont eu Pacino et Deniro mais Clooney est plus dans ce registre comique, et au Japon on a même eu… Cobra (directement inspiré de Bebel).

Aujourd’hui Dujardin tente de reprendre la main, mais malheureusement ça beau être un pitre et un cabot, ce n’est pas un bon acteur (et puis moi il m’est antipathique comme garçon : le cabotinage n’est jamais trop loin de la prétention et on devient prétentieux quand on force le cabotinage, quand on est toujours en représentation et paradoxalement quand il joue les humbles). Et puis malheureusement, il faut de bons scénaristes derrière : le Magnifique, c’est Veber, OSS, j’en sais rien mais le scénar est vide…

Aah Bebel…

Sur le film, j’ai rien à dire.

Un été 42, Robert Mulligan (1971)

À nous la petite anglaise

Summer of 42Un été 42, Robert Mulligan (1971)Année : 1971

Réalisation :

Robert Mulligan

9/10  lien imdb
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L’obscurité de Lim

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Vu le : 29 mars 2007

Pendant une heure le film est faussement nostalgique. La ritournelle de Michel Legrand est usée à fond et Mulligan se sert du premier degré pour mieux rire de la stupidité des ados qui chassent les filles sur la plage. Puis comme dans Du silence et des ombres, un autre film commence dans la dernière demi-heure.

Cette fois Mulligan n’utilise plus la musique de Legrand. Plus besoin, il se souvient (façon de parler) ce que disait Guitry à propos de la musique de Mozart : « Ce qu’il y a de merveilleux dans la musique de Mozart, c’est que le silence qui suit est encore du Mozart. » Legrand n’est pas Mozart, mais il faut avouer qu’on en a bouffé pendant tout le film de cette ritournelle, et quand elle s’arrête, on a encore les oreilles qui chantent. Pendant toute une longue séquence muette (et sans musique donc), qui dure plus de dix minutes, l’émotion est là jusqu’à la fin comme un silence pesant et chantant. Pas besoin de parler, pas besoin de musique : c’est beau, tendre, émouvant, simple et triste.

Et la fin marche, bien sûr, parce que tout ce qui précède tend parfaitement vers ce final. Drôle et touchant, du Mulligan quoi.